Souillac : espérance ou desespérance?

Le projet de création d' une « Cité de la mode et des produits de luxe » vient de se convertir en « Cité de la mode et des Arts créatifs » si l’on en croit le tract de l’association nouvellement créée pour soutenir ce dessein, « Souillac Espérance » . Exit le mot luxe donc. Serait-ce là une première satisfaction pour les opposant(e)s qui elles et eux préfèrent les coquelicots au luxe ?

Le tract se présente ainsi : « Nous voulons y croire » ce qui ne manque pas de susciter une première interrogation. Faut-il « vouloir » y croire comme ces grands enfants qui veulent encore croire au Père Noël alors même qu’ils savent que celui-ci n’existe pas ? Mais ce n’est là que le titre du premier paragraphe. Poursuivons :

Un rayon de soleil vient d’apparaître sous la forme d’un grand projet pour la ville. Un projet qui dans sa dimension, dans sa complexité (c’est le moins que l’on puisse dire, N.D.R.), dans ses répercussions humaines et environnementales peut légitimement faire naître des interrogations.

On ne saurait mieux dire. Formulons donc quelques-unes de ces interrogations naissantes et commençons par celle-ci : combien de riverains sont-ils menacés d’expropriation ? Ceci en tenant compte non seulement des maisons vouées à la destruction pour faire place à la Cité de la mode mais aussi de celles que les résidents devront quitter, desquelles, de fait, ils seront expulsés. Car, en effet, quand on a choisi de vivre en un lieu loin des fureurs urbaines, sur une terre et dans un paysage encore peu outragé on n’a nulle envie, pour se rendre chez soi, de s’inclure dans le flot des trois mille voitures quotidiennes prévues par le projet (sans compter les camions) et de traverser un super-marché fût-il du luxe et des Arts. On est donc obligé de partir, on est donc bel et bien expulsé.

La question suivante vient d’elle-même : il ne fait pas de doute, puisqu’il s’agit d’un projet sérieux, que la prévision de ces trois mille voitures quotidiennes s’accompagne de la prévision de la quantité de C02 rejetée par cette intense circulation. Des chiffres à cet égard seraient les bienvenus.

On sait, en effet, que l’objectif fixé par la COP21 (Accords de Paris de 2015) consiste à maintenir l’élévation de la température au-dessous de 2°C, idéalement à 1,5°C par rapport l’ère pré-industrielle. Et l’on sait aussi que cet objectif ne peut être atteint qu’en réduisant massivement l’émission des gaz à effet de serre. En cas de doute sur ces savoirs on consultera avec profit les rapports du GIEC ici et par exemple. 

Question donc : les promoteurs et leurs soutiens sont-ils conscients que ce projet avec ses trois mille voitures quotidiennes (sans compter les camions), leur immense parking et la multitude de boutiques tourne le dos aux préconisations du GIEC et de la COP21 et contribuent ainsi au réchauffement climatique c’est-à-dire au saccage de la planète qui deviendra de la sorte invivable pour leurs petits-enfants et arrière-petits- enfants ?

 Question suivante : qu’en serait-il de la biodiversité si ce projet aboutissait ? Je ne doute pas que les associés de « Souillac Espérance » auront étudié la question et nous instruiront de leurs réflexions. Cependant il n’est sans doute pas inutile, à tout hasard, de consulter attentivement le site de l’IPBES (équivalent du GIEC pour la biodiversité) dont la septième session plénière s’est tenue à Paris du 29 avril au 4 mai derniers. On y lira ce titre qui fait frémir :

Le dangereux déclin de la nature : Un taux d’extinction des espèces sans précédent et qui s’accélère. La réponse mondiale actuelle est insuffisante. Des changements transformateurs sont nécessaires pour restaurer et protéger la nature.

Les intérêts particuliers doivent être dépassés pour le bien de tous.

1.000.000 d’espèces menacées d’extinction : c’est l’évaluation la plus exhaustive de ce type.

Et si l’on a la curiosité de se plonger dans le corps du rapport on y apprendra que la cause essentielle de la catastrophe qui s’annonce est l’activité humaine et plus particulièrement des sols.

Question donc : les promoteurs de ce projet ont-ils bien évalué les conséquences de leur action pour ce qui est de l’avenir de nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ? Là encore des chiffres seraient les bienvenus.

renoncules

Retournons un instant, avant de conclure provisoirement, au tract de « Souillac Espérance ». Notons en passant que la référence à « La rivière Espérance » du lotois Christian Signol est un clin d’œil quelque peu appuyé quand on sait que la Dordogne aujourd’hui réceptacle de nitrates et de phosphates dont les renoncules qui la tapissent et s’en gavent sont le signe le plus visible, serait plutôt aujourd’hui une rivière désespérante.

L’objectif de cette association, nous dit-on encore dans ce tract, est de mieux savoir pour pouvoir y croire et par là de rassurer la population sur ses inquiétudes et donc, qu’elle ait des réponses à ses questions.

Nous attendons avec impatience les réponses à nos questions auxquelles j’ajouterai celle-ci pour conclure : puisqu’il s’agit d’un projet très sérieux nul doute que les promoteurs pourront nous dire avec précision combien de créations d’emplois sont prévues, quels types d’emplois, et rétribués de quelle sorte ? Il me semble que des réponses précises seraient de nature à rassurer (ou à inquiéter?) la population. Merci.

En attendant on peut écouter du jazz à Souillac du 13 au 2O juillet, ici.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.