Violences...

La violence, pourtant inhérente à la vie, est une atteinte à l’humaine raison. Il est cependant bien des formes de violence...

La violence, pourtant inhérente à la vie, est une atteinte à l’humaine raison. Il est cependant bien des formes de violence : violence inaugurale, donc, car nul n’a jamais demandé à naître et plus encore à naître en un lieu de misère quand d’autres naissent dans un nid tapissé de duvet ou simplement dans un cocon vivable, protégé, quoique modeste.

Violence scolaire quand l’école n’a d’autre mission que de produire des « ressources humaines » et non de contribuer à l’émancipation de chacun…

Violence faite à ces enfants qui partent à l’école le ventre vide et, parfois, très tôt, la rage au cœur.

Violence du labeur quotidien quand il n’est pas œuvre mais tourment auquel la multitude est condamnée alors que d’autres…

Violence du salaire, de l’allocation de misère qui enferme la pauvreté dans un habitat inhumain, dans un ghetto, et qui vous met la rage au cœur quand elle n’y est déjà.

Violence de ces avenues rutilantes qui offrent aux regards des enfants et des adolescents du ghetto des rêves qu’ils ne réaliseront jamais, pas même aux jours d’émeutes.

Violence de ces hôtels somptueusement étoilés à la porte desquels des larbins en casquette règlent le ballet des limousines indécentes sous le regard ébahi de jeunes gens venus là pour voir, pour se rendre compte avant de regagner leur ghetto les yeux baignés d’étoiles et de larmes.

Violence de ces restaurants éblouissants à quelques mètres desquels, sur le trottoir, des hommes, des femmes et des enfants, hagards, tendent la main.

Violences aussi, on n’en finirait pas de les énumérer, de ces millions de voitures ne transportant que leur chauffeur et crachant leur poison carbonique, de ces monstrueux camions s’aventurant jusque dans le cœur des villes pour y livrer des cerises au mois de décembre.

Violence de ces centrales nucléaires qui un jour nous sauterons au visage et dont les déchets, en attendant, empoisonnent lentement la terre.

Violence enfin de ces éloges de la productivité, de la compétition, de la croissance et de la méritocratie, discours insensés et mortifères qui n’ont d’autre objet que de justifier l’injustice.

Violences qui, à mes yeux d’indéfectible non-violent, ne justifient pas, certes, quelques voitures brûlées, quelques vitrines défoncées, quelques inscriptions sur un monument qui ruisselle du sang des innocents mais qui exigent l’avènement d’un autre monde, d’un monde sans violence, autant que faire se peut.

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