La honte de l'Europe

Comment le rouge (sang) de la honte ne monterait-il pas au front ? Nous sommes à Melilla, cette enclave espagnole en terre marocaine. Des hommes, des migrants, viennent de parvenir à enjamber la "valla", ce haut mur de fer qui sépare les deux pays, après des pérégrinations hallucinantes. Ils attendent là le moment opportun où ils pourront sauter en terre promise.

Comment le rouge (sang) de la honte ne monterait-il pas au front ? Nous sommes à Melilla, cette enclave espagnole en terre marocaine. Des hommes, des migrants, viennent de parvenir à enjamber la "valla", ce haut mur de fer qui sépare les deux pays, après des pérégrinations hallucinantes. Ils attendent là le moment opportun où ils pourront sauter en terre promise.

La première image qu’ils perçoivent de cette Europe dont ils ont tant rêvé est ce terrain de golf sur lequel des femmes et des hommes, s’ils ne sont  pas totalement absorbés par leur jeu, jettent sans doute un coup d’œil distrait sinon agacé à la palissade.

Cette honte ce devrait être la nôtre car, figurez-vous que cette pelouse de 14, 5 hectares a été financée, à hauteur de 1,4million d’euros par… l’Europe, c’est-à-dire par chacune et chacun d’entre nous.

La photo a été prise par José Polazón, président de la "Asociación pro derechos de la infancia" (PRODEIN) et a provoqué une question de Marina Albiol, Députée européenne de "Izquierda Unida", (gauche unie) ainsi formulée :

La décision de réaliser un terrain de golf dans cette enclave apparaît comme une inexcusable absence de jugement pour le moins et un inexcusable manque de respect car il est répugnant de constater comment il est possible que depuis un lieu de luxe et d’opulence on puisse observer des migrants jouant leur vie en escaladant la palissade qui marque la frontière.

La députée s’est ainsi indignée que l’argent du Fond Européen de développement régional (FEDER) destiné à corriger les principaux déséquilibres de l’UE finance ce genre d’installations.

Ce à quoi la Commission européenne ne manqua pas de répondre que le financement du "club de golf ciuda de Melilla" entre parfaitement dans le cadre de la politique régionale de l’UE qui " soutien les investissements  favorables à la croissance, à l’emploi et à l’amélioration de la qualité de vie des citoyens grâce à des infrastructures sportives". En outre, affirme la Commission, "cette installation améliore la gestion des déchets urbains car elle est construite sur une décharge sauvage".

Tout commentaire me semble superflu. Le cynisme suffit à sa propre horreur.

(d'après Publico.es, 10/12/14)

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