Elle et ils étaient là bien sages derrière leur pupitre, immobiles, crispés comme des potaches attendant le début des épreuves. Ils avaient veillé à leur tenue (sauf Bennahmias soyons juste), à ce qu’elle soit aussi présidentielle qu’ils imaginent que doit être la tenue présidentielle.
Ce qui n’est pas un détail, je crois en effet, comme l’ont montré les députés de Podemos en Espagne siégeant au parlement vêtus comme les gens ordinaires (au grand émoi de certains députés du PP comme du PSOE), l’une d’elle Carolina Bescansa tenant son bébé dans les bras, que tout cela était fait pour désigner le monde qu’ils combattent et celui auquel ils aspirent (ou aspiraient à ce moment-là ?). Je vais revenir à l’exemple de Podemos.
Les voici donc répondant non aux questions mais aux injonctions de ces trois journalistes qui eux et elle jouent aux impertinents, coupant la parole sans la moindre vergogne, exigeant des réponses par oui ou par non car telle est la nécessité du spectacle qu’ils sont chargés d’animer car c’est bien d’un spectacle qu’il s’agit et non d’un débat. Et les candidats comme les bons élèves qu’ils ont sans doute été acceptant tout ou presque comme on accepte de se plier aux règles de la dissertation pour être le premier à l’Agrég.
Comment les croire ? Comment les croire quand on sait, parce qu’ils le racontent volontiers eux-mêmes, que toute leur déjà longue vie politique n’a consisté qu’en manigances pour parvenir à cela, à ce pouvoir suprême pour lequel ils vont jusqu’à accepter les rebuffades des animateurs, des Monsieur Loyal du spectacle.
Comment les croire quand ils ont vécu dans un parti qui est le parti du mensonge (il n’est pas le seul je sais mais il est celui qui a gouverné) ? Parti du mensonge en effet, celui de Blum protestant de sa solidarité avec la République espagnole en Juillet 1936 et proposant aussitôt le « Pacte de non-intervention » qui condamnait évidemment cette même République.
Passons sur la SFIO, les guerres coloniales et les répressions de grévistes, et souvenons-nous de Mitterrand à Epinay hurlant que « celui qui n’accepte pas la rupture avec l’ordre capitaliste, il ne peut pas être un des membres du PS », puis parvenu au pouvoir, s’y installant comme un coq en pâte, faisant écouter les journalistes gênants, etc., et continuant d’être adulé par les candidats de ce temps (Mélenchon compris, quel beau chapeau… !).
Parti du mensonge que celui de l’actuel président vitupérant la finance et, comble du mépris, suivant un régime alimentaire d’enfer comme candidat de manière à être « présentable » puis parvenu au pouvoir se remettant à « bouffer » (pardon) comme un sénateur radical-socialiste de « ma terre du Quercy ».
Parti du mensonge car il ne peut en être autrement quand la caractérisation même du parti en tant que « social-démocrate » est schizophrénique tiraillée entre la « rupture » comme disait l’ancien, « l’ennemi c’est la finance » comme disait l’autre et le « moi j’aime l’entreprise » comme dit le petit dernier, tiraillée entre rupture et intégration au libéralisme dominant.
De sorte que je ne participerai pas à cette triste comédie et puisque j’ai cité Podemos, je me dis que je voterais volontiers à la présidentielle pour celle ou celui qui s’engagerait comme l’ont fait ces élus de « tras el Pirineo » à ne pas se gaver de salaires mirobolants mais à se contenter de celui, moyen, de madame et monsieur tout le monde (pour celles et ceux qui ont la chance d’avoir un salaire). Car ainsi en va-t-il, par exemple, pour Ada Colau (Barcelone), Manuela Carmena (Madrid), Kitchi (Cadix), Pablo Iglesias, ĺñigo Errejón et tous(tes) les autres.
Oui, décidemment je voterais volontiers pour celle-là ou celui-là.