Espagne : un nouveau « Frente Popular » ?

Le 16 février 1936, les élection générales donnaient la victoire à la coalition de gauche dite Frente Popular. Le mardi 7 janvier 2020 la coalition de gauche formée essentiellement du PSOE et de Podemos parvenait au pouvoir avec la désignation de Pedro Sanchez comme président du gouvernement, escorté de Pablo Iglesias en tant que premier vice-président.

 

Iglesias  Garzon Iglesias Garzon

Le 16 février 1936, les élection générales donnaient la victoire à la coalition de gauche dite Frente Popular. Le mardi 7 janvier 2020 la coalition de gauche formée essentiellement du PSOE et de Podemos parvenait au pouvoir avec la désignation de Pedro Sanchez comme président du gouvernement, escorté de Pablo Iglesias en tant que premier vice-président.

La comparaison entre ces deux événements que 84 ans d’histoire séparent est évidemment périlleuse. Pourtant il semble bien que l’on puisse dégager quelques similitudes en évitant tout anachronisme. Ainsi convient-il par exemple de se défier des chiffres. La désignation de Sanchez a été obtenue « por los pelos », (tirée par les cheveux) par 167 voix contre 165 pour la droite et l’extrême droite alors que le Frente popular de 1936 obtenait une importante majorité de députés, (263 contre un peu plus de 200 pour la droite les et le centre). Cependant il ne faut pas se fier à ces chiffres car ils sont le résultat de lois électorales très différentes.

En effet si l’on regarde le nombre de voix obtenues, les deux « blocs » sont très proches l’un de l’autre aussi bien en 1936 qu’en 2020. Autrement dit « las dos Españas » d’ Antonio Machado sont toujours là, face à face, ce qui n’est pas simplement une façon de parler.

Si en 1936 le chef de la droite José María Gil Robles, qui avait évolué vers un catholicisme intégriste teinté de fascisme, se faisait acclamer aux cris de « Jefe ! Jefef ! Jefe ! » quand il promettait de construire une Espagne « grande », en 2020 le chef de l’extrême droite fasciste Vox, Santiago Abascal, reprenait le thème, traînant dans son sillage la droite supposée modérée de Pablo Casado.

Si en 1936 la droite prédisait la catastrophe en cas de victoire de la gauche sous la forme d’une dictature du prolétariat à la soviétique tandis que l’église prédisait une lutte à mort entre le bien et le mal, entre la cité de Dieu et celle de Satan, en 2020 la droite dans son ensemble, de VOX jusqu’aux résidus de Ciudadanos ramassés par l’ineffable Inés Arrimadas, n’est pas en reste de catastrophisme. L’Espagne allait verser dans le communisme si l’indépendantisme et le féminisme ne la détruisaiten pas avant. On a même pu entendre un vague député régional en appeler à l’intervention de l’armée pour éviter le désastre.

Similitudes également en ce qui concerne la modération des projets politiques portés par les deux coalitions de gauche à 80 ans de distance avec en arrière plan le radicalisme refoulé de Largo Cabballero en 36 et celui de Iglesias en 2020. Mais bien entendu les différences entre les deux époques sont abyssales, l’Espagne est devenue un pays « moderne » comme on dit, aussi européen que n’importe quel autre et souffrant des mêmes maux produits par un « libéralisme » indifférent aux inégalités et au saccage de la planète.

Cependant les deux Espagne sont toujours là comme le montre la violence des injures proférées par la droite fascisante. Et les fascistes sont toujours là, à visage découvert, n’hésitant pas à tendre le bras, main ouverte devant le drapeau et à entonner le phalangiste « Cara al sol ».

La « Revolución ética » des indignés du 15-M est bien loin. Pablo Iglesias et Alberto Garzón (Izquierda Unida) viennent de prendre possession de leur ministère en jurant respect à la Constitution et loyauté au Roi. Pour l’occasion ils avaient revêtu un costume sombre de ministre (col ouvert il est vrai) à la boutonnière duquel ils avaient épinglé, en signe d’anti-fascisme, le triangle rouge qui distinguait les déportés politiques dans les camps de concentration nazis. Je ne suis pas sûr que ce soit suffisant pour « asaltar a los cielos » (prendre d’assaut le ciel) comme disait Iglesias (après Marx tout de même) quand il portait un « vaquero » (un jean).

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