Lettre ouverte à Fernando Costa

Fernando Costa est artiste, sculpteur, soudeur. Il ramasse de vieux panneaux de signalisation partout en France et ailleurs. Il les découpe, les triture et les soude pour en faire des oeuvres d'art remarquables de force et de poésie. Mais nul n'est parfait. Il soutient, en effet, le déplorable projet de la "Cité de la mode et du luxe" de Souillac. D'où cette amicale lettre ouverte.

 

Fernando Costa Fernando Costa

Cher Fernando

 Je dis « cher » car j'ai l'impression de vous connaître depuis longtemps. Depuis votre « Arbre de Gignac » précisément. En outre, nos histoires présentent quelques affinités. Je viens, en effet, de prendre connaissance de la vidéo que vous avez donnée, début mars, à « Souillac espérance ». J'ai ainsi appris comment votre famille, fuyant la dictature de Salazar, est parvenue à Sarlat. Permettez-moi un mot sur ma propre histoire.

Mes parents, eux, ont fui la dictature de Franco. Ma mère, mon grand-père âgé de 70ans tenant par la main mon cousin de 8 ans et ma tante, enceinte, ont marché depuis l'Aragon pour passer la frontière en février 1939, pataugeant dans la neige, tandis que mon père bataillait encore pour retarder l'avance des franquistes et permettre ainsi à près de cinq cent mille réfugiés de passer en France.

Après nombre de péripéties ma famille trouva refuge à Meyraguet, commune de Lacave dont le maire, Monsieur Léonard, un vieux républicain comme il y en avait tant dans cette région, leur trouva un abri dans une vieille ferme en bordure de la route de Rocamadour. Et comme vos parents, ils se mirent au travail, ma mère faisant le ménage au château de la Treyne, mon père le bûcheron au flanc des coteaux alentour.

Puis nous avons rejoint Souillac où j'ai passé mon enfance et où je suis revenu et reviens régulièrement dans notre petite maison des « Archers ». Vous nous racontez avec ferveur le Souillac des années de votre jeunesse et je pourrais vous raconter celui de ma propre jeunesse dans les années 1950, ce que je ferai volontiers de vive voix si nous avons un jour le bonheur de nous rencontrer.

                                                                                                                                                                                                       

Le Guernica de Costa Le Guernica de Costa

Comme les vôtres mes parents ont trimé pour ménager un futur à leurs enfants et c'est ainsi que mon frère, Docteur en physique, a fait carrière dans l'Université et que je suis devenu professeur de Lettres. Et ils nous ont aussi fait partager des valeurs comme vous dites, c'est à dire une morale qui n'est authentique que dans la mesure où elle n'attend aucune récompense que ce soit de la Terre ou du Ciel.

Vous devez vous demander où je veux en venir. Eh bien, à ceci. Je ne peux partager votre enthousiasme quant à la « Cité de la mode et des arts créatifs ». Figurez-vous que ma petite maison se trouve à proximité de l'espace dans lequel est prévu ce « super-marché de la mode et du luxe », car c'est bien de cela qu'il s'agit, et figurez-vous que ce projet prévoit l'expropriation de mes voisins les plus proches qui, comme moi, ont choisi de vivre dans un environnement encore préservé et n'ont nulle envie d'en être chassés.

Mais mon opposition a aussi d'autres raisons car il s'agit tout simplement d'un projet économiquement incohérent et moralement indéfendable qui ne pourrait en aucun cas être un exemple car il est lui-même la copie de réalisations du même ordre qui partout en France et depuis des années ont toutes été un échec.

J'ai déjà été bien long et je voudrais conclure en constatant que vous et moi avons eu beaucoup de chance de naître dans ces familles-là et que, par les temps que nous vivons, les enfants qui n'ont pas cette chance ont moins besoin de mode et de luxe que de dispositifs sociaux leur permettant d'accéder à l'Art sous toutes ses formes et de construire leur vie avec dignité. C'est la raison pour laquelle nous avons créé une Association de défense de notre petit coin de terre qui a déjà beaucoup travaillé et est en mesure de présenter des projets alternatifs respectueux des personnes et de la terre sur laquelle nous vivons.

Comme je vous l'ai dit, je serais heureux, ainsi que la Présidente de notre Association, Élodie Rouziès et les membres du Bureau, de pouvoir converser avec vous de toutes ces questions qui nous tiennent à cœur.

https://fr-fr.facebook.com/pages/category/Nonprofit-Organization/Association-de-D%C3%A9fense-Quartier-du-Viaduc-Timbergues-Aubugues-de-Souillac-284743782422547/

Dans cette attente permettez-moi de vous assurer de toute mon amicale considération.

                                                                                                              

Fernando Costa Fernando Costa

 

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