Tolerme : les margoulins en action (suite)

Un peu partout en France et, je crois bien, dans le monde, des femmes et des hommes se lèvent pour s'opposer aux margoulins de toutes sortes. Ce que font les membres de "Tolerme nature", dans le Nord du Lot pour protéger un lieu d'une beauté inestimable.

Comment les nommer autrement que "margoulins", disais-je dans unprécédent billet, ces êtres qui n'ont cure de la beauté du monde, qui ne lèvent pas les yeux de leur porte-monnaie et qui, ce faisant, si nous n'y prenons garde, nous conduiront à l'abîme?

Fort heureusement des femmes et des hommes se dressent pour s'opposer au projet fou de faire de ce lieu magnifique et paisible une horreur touristique de luxe. Ci-dessous le texte fort pertinent de "Tolerme nature" :

Le lac Le lac

LETTRE OUVERTE AUX ELUS ET AUX HABITANTS DU TERRITOIRE

15 SEPTEMBRE 2021

Rédigé par Tolerme Nature et publié depuis Overblog

                                        « Soyons très vigilants »

 

  La réunion d'information publique sur le projet d'implantation d'un centre de plein air sur les rives du lac du Tolerme, le 1er septembre dernier, n'a malheureusement pas permis de dissiper les inquiétudes légitimes des usagers du lac, ni de répondre précisément aux multiples questions qui se posent quant au réel impact d'un tel projet. 

La présentation par le groupe Sandaya, était peu claire et le projet encore susceptible de modifications. Nous avons néanmoins appris à cette occasion que :

- « Y a d’la flotte ! » dixit M. F. Georges actionnaire-PDG de Sandaya. Merci pour cette révélation ressentie comme assez méprisante par beaucoup d’auditeurs de tous bords.

Rappelons que la ressource en eau est un enjeu majeur dans le contexte du réchauffement climatique et que l'eau du Tolerme est un bien commun à préserver pour tout le bassin de vie. 

 

- « Quatre hectares au total seraient artificialisés », c'est-à-dire construits, dont une bonne partie en terrain public pourtant classé inconstructible par la loi, puisque situés en rive de lac de montagne.

 

« Les espaces publics resteraient publics » mais les accès au parc aqualudique et au restaurant seront fortement réduits en haute saison car réservés prioritairement aux clients de Sandaya, sans compter le triplement du prix d’accès aux toboggans (15€ au Sandaya de La Ribeyre) pour les presque 30 000 usagers actuels. En outre, M. F. Georges nous informe que le tarif piscine serait différent selon qu’on habite le Nord-Est Grand Figeac, le reste du Grand Figeac, ou ailleurs.

 

- « L’accès à la plage restera libre » mais les transats (payants) de Sandaya en recouvriront une bonne partie et un îlot artificiel (à vocation mercantile ou cadeau de Sandaya ?) pourrait être créé en face de la plage.

Les espaces pique-nique/barbecues seraient également réaménagés par Sandaya et des bungalows apparaissent sur la pelouse située juste en dessous.

 

- « On ne touchera pas aux zones humides »

Mais sept bungalows les-pieds-dans-l’eau sont prévus dans la petite crique de la zone humide située entre le chemin pédestre et le toboggan. D’autres aménagements en rive sont annoncés, avec une base voile et un bureau d’informations touristiques côté Base Aviron, qui serait alors déplacée.

 

« Seront créés 10 CDI ou CDD et 70 emplois saisonniers ».

 Que feront ces 10 CDI-CDD pendant les 7-8 mois de fermeture de Sandaya (chômage ?) ? Peut-on raisonnablement imaginer que les saisonniers, étudiants logés sur place à 70%, employés également pour la plupart d’entre eux pendant 2 mois maximum (cf. les offres d’emploi sur le site général de Sandaya), vont permettre d’installer des familles à Latronquière et ainsi de revitaliser les écoles locales comme nos élus l’espèrent ?

 

- « Sandaya ouvrira de début avril à fin octobre ».  M. Georges est confiant dans le taux de remplissage, même en début et en fin de saison !

Mais alors pourquoi le camping Sandaya de Murol près du Mont-Dore, racheté au printemps dernier, réduit-il déjà sa période d’ouverture de 15 jours pour la prochaine saison et ne sera-t-il ouvert que du 20 mai au 25 septembre 2022 ? La température annuelle moyenne à Murol (12,5°) est pourtant de 2 degrés supérieure à celle de Sénaillac (10,7°). Idem pour le prestigieux Sandaya des Alicourts (en Val de Loire) que nos élus ont visité, qui ne sera pas ouvert plus longtemps, soit 4 mois.

 

« La consommation d’eau sera équivalente à celle de 200 foyers par an ». On n'ose imaginer le coût de l'électricité consommée pour le chauffage des mobil-homes et du parc aquatique. Force est de constater que M. Georges et les partisans de son projet ne se soucient guère des recommandations alarmantes du GIEC.

 

  • « Le coût d'entretien du site poserait problème », selon Mr Proenca, vice-président du Département du Lot. Alors, pourquoi ne pas avoir lancé un appel à projet, avec cahier des charges établi en concertation avec les acteurs du territoire, pour obtenir d’autres propositions d'investissements que celle de Sandaya ? Et puis, de quel coût parle-t-on ? Quid de celui du curage du lac, de l’entretien du barrage qui resteront à la charge de la collectivité ? Quid des infrastructures nécessaires à l'installation de Sandaya (routes, raccordement eau-électricité ...) ? Les élus n’ont d’ailleurs pas répondu à nos questions sur la projection financière du projet et ses garanties, ni précisé qui sera effectivement propriétaire du parc aqualudique.

 

« Les HLL (habitations légères de loisir) et autres constructions seront démontables », mais pas les infrastructures nécessaires à leur installation ni les 2200m2 de parc aqualudique dont 800m2 de bassins, situés sur terrain public. Resteront-ils à la charge du contribuable en cas de revers d’activité de Sandaya, alors que la collectivité territoriale n’a déjà pas les moyens d’assumer l’entretien du site tel qu’il est ?

 

« Les animations provoquent des nuisances sonores jusqu’à Labastide-du-Haut-Mont », ainsi que le signale une habitante de cette localité. Que fera Sandaya contre les nuisances sonores, en particulier celles résultant des animations ?  Rappel : les Élus locaux prétendaient que les clients du camping recherchaient en priorité le Calme !

 

 IL y a lieu de redouter aussi une importante pollution lumineuse empêchant l'observation du ciel. Ces nuisances diverses gêneront les riverains mais également la faune sauvage.

 

- Un intervenant averti nous apprend que « 20% des eaux grises échappent aux divers traitements d’épuration » et donc se retrouveront de fait en aval du lac, dans le ruisseau du Tolerme, côté Latouille, située en première ligne. Quelles seront les mesures prises pour empêcher de tels rejets polluants et par qui le seront-elles ?

 

- Malgré la présence de son logo, abusivement placé sur les documents présentés, la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) ne cautionne pas le projet Sandaya. Il semblerait que la Fédération de Pêche soit dans le même cas.

 

- Le Grand Figeac a fait réaliser la très complète étude « Charte de Paysage, d’Urbanisme & d’Architecture »( https://www.grand-figeac.fr/images page programmes en cours/Charte_paysagere_paysFigeac_Volet2_02_2009.pdf)qui devrait guider les concepteurs. Non seulement le projet Sandaya ignore totalement cette étude, mais il prévoit des aménagements contraires à ses recommandations.

 

   Tout ceci confirme « qu’ils plaquent un projet sur un territoire » comme le remarque une personne présente dans l’assistance, et que les promoteurs de ce projet utiliseront l’espace public d’abord à leur profit … sans parler de privatisation, bien entendu, et sous couvert de promesses   écologiques, économiques et autres dont certains élus paraissent convaincus.

 

En conclusion, prétendre que le Tolerme n'est qu'un cadre au projet et que l'espace et l'usage public ne seront pas impactés n'est en aucun cas crédible. Le projet parle de lui-même, tout le potentiel du camping repose sur le lac en tant que centre du projet, autant en termes d'espace que d'activités, et pour ce faire le projet consiste à privatiser de fait, ni plus ni moins, barrières ou pas, la rive. 

 

   Comme d’autres intervenants, le collectif Tolerme Nature se demande « A-t-on besoin de ce genre de projet » ? Si oui, il demande un appel à projet en bonne et due forme et persiste à « refuser la mise à disposition d’espaces publics, au profit d'intérêts privés et mercantiles, sous quelque forme que ce soit. »

 

    Prochaine étape, dès que Sandaya aura arrêté son projet : l'avis du conseil communautaire.

Nous nous adressons donc en priorité aux Conseillers Communautaires, qui devront voter sur ce projet, en leur rappelant que :

   

  • les espaces publics sont des biens communs et qu’il ne peut y avoir de projet soutenable sur ces espaces sans que les usagers concernés soient au moins consultés surtout quand ce projet leur en restreint considérablement l’accès et que les finances publiques peuvent en pâtir un jour.

  • le dernier rapport alarmant du GIEC demande de stopper immédiatement le développement de ces grands équipements touristiques dans les zones naturelles.

 

Tout projet d’envergure a désormais une véritable responsabilité en ce sens.

Nous avons tous une responsabilité dans ce sens.

  Le Collectif Tolerme Nature

On peut signer la pétition :  http://chng.it/S7tbhcd6‌ 

Voir également : http://tolerme-nature.over-blog.com/

Et : https://blogs.mediapart.fr/edmond-kober/blog/090921/les-cles-du-camion-et-propos-sur-ceux-qui-le-conduisent

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