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Billet de blog 19 mars 2018

Mario Vargas Llosa: le féminisme est l’ennemi le plus résolu de la littérature

Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature, est un immense écrivain ce qui ne saurait tout de même l’autoriser à mentir éhontément dans sa défense militante du libéralisme le plus féroce.

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Mario Vargas Llosa, comme chacun sait est un prodigieux écrivain. Je l’ai lu de très près dans les années 1970, jusqu’à compter le nombre de pronoms personnels dans les phrases de son premier roman, « La cuidad y los perros » (La ville et les chiens) car nous étions à l’époque où « la structure », après avoir «évacué » l’auteur, faisait sens, tout le sens…

Mais c’était aussi l’époque où, si nous lisions les premiers romans de Vargas Llosa avec passion (La Casa verde, Conversación en la Catédral, Pantaleón y las visitadoras…) nous suivions, atterrés, son évolution politique passant d’un marxisme à la sauce castriste à un libéralisme décomplexé après avoir découvert Aron puis Friedman, Adam Smith, Popper, Hayek ce qui le conduisit à soutenir Reagan et Thatcher sans compter le franquiste Aznar en Espagne et le rebutant Berlusconi en Italie .

Et puis il est devenu un « jet profesor » se baladant dans le monde entier, d’un cinq étoiles à l’autre et, plus gravement, confisquant le mot « Liberté » au profit de la promotion d’un ultra libéralisme mondialisé. Passons sur sa piteuse candidature à la présidence du Pérou, sur son discours au Nobel et sur ses dernières productions, fort médiocres me dit-on car je ne le lis plus pour  éviter la nausée.

Mais voici qu’il vient de publier un article chez ses amis du quotidien El País intitulé : « Nouvelles inquisitions », sous titré : « Le féminisme est aujourd’hui l’ennemi le plus résolu de la littérature prétendant la décontaminer du machisme, de préjugés multiples et autres immoralités ».

Nausée, disais-je, mais lisons tout de même : de nos jours, l’ennemi le plus résolu de la littérature […] est le féminisme. Pas toutes les féministes, bien sûr, mais les plus radicales d’entre elles qui entraînent de vastes secteurs de la société qui, paralysés par la crainte de passer pour des réactionnaires, des « ultras » et des phallocrates soutiennent ouvertement cette offensive anti littéraire et anti culturelle. C’est la raison pour laquelle personne n’a osé protester, ici en Espagne, contre le « décalogue féministe » de syndicalistes qui demandent que soient éliminés des programmes scolaires des auteurs aussi férocement machistes que Pablo Neruda, Javier Marías et Arturo Pérez Reverte.

Il est vrai qu’un texte délirant rédigé par Melani Penna, professeure à l’Université Complutense de Madrid, et Yera Moreno, chercheuse et artiste, a été publié dans un bulletin des Commissions Ouvrières (CCOO) à l’occasion de la journée des femmes du 8 mars. Mais contrairement à ce que dit Vargas LLosa il a immédiatement été désavoué par de « vastes secteurs de la société », particulièrement du monde de l’éducation et du syndicalisme.

Vargas Llosa ment encore quand il s’en prend à une écrivaine, Laura Freixas, qui a osé analyser le roman de Nabokov, « Lolita », « du point de vue du genre ». Elle conclut son analyse ainsi : il faut lire ce livre qui est un grand roman. Mais il faut aussi l’analyser dans le but de comprendre comment le patriarcat manipule la culture à son avantage et pour notre malheur.

Et que dit Vargas LLosa à ce propos ?, ceci : L’auteure se contente d’expliquer que le protagoniste est un pédophile incestueux, violeur d’une enfant qui, en plus, est la fille de son épouse, avant d’ajouter qu’elle a oublié de dire qu’il s’agit  aussi de l’un des plus importants romans du vingtième siècle.

On le voit, là encore Vargas Llosa ment. Mais pourquoi tant de mensonges ? Pourquoi cette rage, ce ressentiment contre sa propre jeunesse ? Peut-on risquer cette hypothèse : cet ultra libéralisme effréné fondé sur la méritocratie, la compétition et la concurrence qu’il nomme « liberté » lui permet de justifier socialement et intellectuellement sa situation de riche privilégié et d’apaiser ainsi une mauvaise conscience qui, peut-être, vient parfois, comme une aigreur estomac troubler sa digestion de repus ? Peut-être.

En tout cas, voilà ce qu’est devenu ce grand écrivain : un petit monsieur assis sur une œuvre considérable qui, pense-t-il, l’autorise à proférer les propos les plus déraisonnables et à tenter de justifier l’inégalité sociale mondialisée au nom de la « liberté ».

Enfin, je ne résiste pas à la tentation d’ajouter un mot à propos de Manuel Valls puisqu’il est lui aussi à la une d’El País et qu’il est en outre un bon ami de Vargas Llosa. Ils ne se quittent plus ces deux là. Ils hantent les mêmes tréteaux pour défendre une Espagne espagnole et une Catalogne espagnole tout ça dans une Europe européenne c’est-à-dire ultra libérale, et tout ça en compagnie de la droite qui se veut moderniste de Ciudadanos et de la droite franquiste du PP (Partido Popular).

Valls, donc, qui devenu inaudible en France après les déboires que l’on sait tente de se faire entendre en Espagne et particulièrement en Catalogne aux côtés des leaders de la droite qui se dit moderne, Albert Rivera et Ines Arrimadas. On ne saurait trop leur conseiller à ces deux là d’être vigilants car il est capable, Valls, de leur piquer la place surtout s’il a le soutien de… Vargas Llosa.

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