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Billet de blog 19 juil. 2015

Podemos: libertaires vs autoritaires

Ça devait arriver : face au centralisme plus ou moins démocratique de Podemos et à l’affirmation d’un personnage charismatique, Pablo Iglesias, en tant que guide suprême de la vague (la marea) née le 15-M sur la Puerta del Sol, un vent contraire ne pouvait manquer de se lever.

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Ça devait arriver : face au centralisme plus ou moins démocratique de Podemos et à l’affirmation d’un personnage charismatique, Pablo Iglesias, en tant que guide suprême de la vague (la marea) née le 15-M sur la Puerta del Sol, un vent contraire ne pouvait manquer de se lever.

Une « plate-forme », comme on dit là-bas, surgie non du néant mais peut-être bien de ce terreau libertaire qui décidément, en Espagne, n’en finit pas de fertiliser le débat politique. Méfiance tout de même, essayons d’y regarder de plus près.

Il s’agit donc d’un manifeste signé « Ahora en común » (maintenant en commun) qui, à l’instar de la démarche ayant conduit à la « prise » de Madrid, Barcelone, Saragosse, Cadix…,  propose d’aller aux « générales » (législatives) de novembre prochain non sous la bannière d’un parti, Podemos, et d’un leader pour ainsi dire autoproclamé mais sous celle d’une  « confluence »  de laquelle surgiront  et seront démocratiquement désignés les futur(e)s candidat(e)s.

Inutile de préciser que cette irruption ne fait aucun plaisir à Iglesias et à ses camarades de la direction de Podemos et, naturellement la question se pose de savoir qui est à l’origine de cette initiative, car, on le sait, en politique même la génération la plus spontanée suppose un géniteur.

 La réponse de Iglesias n’a pas tardé : IU (Izquierda unida) autrement dit et en simplifiant un peu, les débris du Parti communiste que le jeune et néanmoins déjà député Alberto Garzón tente de rafistoler en s’autoproclamant, lui aussi, candidat à la Présidence (Premier ministre).

Garzón dément évidemment mais il signe des deux mains le manifeste « Ahora en común » où il se retrouve comme par hasard en compagnie de nombre de ses amis de IU qui semblent s’être brusquement convertis à la démocratie directe, « assembléiste » et  pratiquement bakouninienne.

 Cependant, il semble bien qu’à l’origine de « Ahora en común » se trouvent quelques personnes opposées à la stratégie centraliste autoritaire de Iglesias dont un certain Emanuel Rodriguez, sociologue, docteur en histoire, membre de Podemos (Madrid) qui défend une position fondée sur l’esprit (l’innocence, dit-il) du 15-M contre le jacobinisme iglésiste.

Et il semble que cette opposition ne date pas d’hier puisque Rodriguez n'y va pas par quatre chemins dans cet article daté du 4 juin dernier et qualifie ni plus ni moins que de « quatre aventuriers » les fondateurs de Podemos avant de développer une analyse ma foi fort intéressante de laquelle j’extrais la remarque suivante :

Dans ce pays où la tendance au fédéralisme revêt, pour ainsi dire, le caractère d’une « constitution naturelle », il est pratiquement impossible de faire de  la politique sans être attentif aux singularités de chaque territoire. A l’encontre du « jacobinisme » présomptueux que d’aucuns proclamèrent comme le nec plus ultra de la « nouvelle politique », Podemos a obtenu ses meilleurs résultats dans les contrées où il s’est immergé dans les réalités locales.

Bref, Podemos, dit l’auteur, doit être plus que Podemos et il passe en revue tous les aspects organisationnels, techniques, politiques permettant à cette « confluence » de parvenir au pouvoir.

Dans un article postérieur (29 juin) il met en évidence ce qui à son avis constitue la contradiction fondatrice de Podemos :

Il y a quelque chose en Podemos qui perdure depuis sa fondation et se constitue comme marque déposée. Nous voulons parler de la contradiction entre une rhétorique d’ouverture et de démocratie radicale et la consolidation d’une organisation toujours plus hiérarchisée et coupée de ses propres bases.

Sans doute, sans doute, mais n’est-ce pas là l’éternelle tension entre démocratie et efficacité ? Les initiateurs de cette nouvelle « marea » auraient-ils découvert la pierre philosophale capable de transformer cette vile tension en idyllique cohabitation ?

On peut en douter de sorte que la question demeure insistante : d’où sort cette nouvelle « apparition » après celle fulgurante de « Ciudadanos » ce parti de droite brandissant sans vergogne l’étendard de l’anti-corruption et feignant d’ignorer que la corruption est un des modes  constitutifs du libéralisme ?

Rien à voir, proclament les uns. Curieuse coïncidence s’interrogent les autres. Sans compter que l’opposition entre « autoritaires » et « libertaires », au sein même de Podemos semble s’être durcie à propos de la méthode de désignation des candidat(e)s aux législatives.

Ne se pourrait-il pas alors que la « ilusión » (non l’illusion comme traduisent certain(e)s mais l’espoir ou mieux encore l’espérance), le rêve des indignés de la Puerta del sol soit en train de se dissiper au rude contact du choc des egos de celles et ceux qui, trop nombreux, se sont rêvés un jour en guides d’un peuple fasciné par leurs regards d’aigle et leurs ramages de corneille.

Il se pourrait bien comme le pense par exemple Ana Barba, une « activista » militante de tous les coups et entre autres de «Ahora Madrid  », qu’à l’origine de cette initiative se trouvent (comme le dit également Monedero, l’un des fondateurs de Podemos) des « okupas » du « patio maravillas » (célèbre squat culturel autogéré) et de la librairie et éditeur libertaire « Traficantes de sueños ».

IU et autres ne seraient donc pour rien dans la création de cette nouvelle plate-forme mais selon la longue tradition d’entrisme des archéo-communistes ces derniers n’hésitent pas à prendre le train en marche et se précipitent même pour le conduire comme vient de le faire Garzón se proposant immédiatement comme candidat à la magistrature suprême.

Ce qui demeure au-delà des péripéties et du choc des egos est cette tension entre attitude libertaire et attitude autoritaire, entre fidélité aux principes et efficacité, tension fondatrice de la démocratie. Et le débat qui resurgit périodiquement depuis la première Internationale risque fort de s’exacerber au cours des mois qui nous séparent des élections générales si l’on en juge par la véhémence des commentaires qui foisonnent sur les sites.

En attendant les partis de droite, PSOE compris, contemplent avec ravissement « l’humiliation » de la Grèce à laquelle ils ont acquiescé et l’éternel « infantilisme gauchiste », événements ceux-ci dont ils espèrent bien qu’ils contribueront à les maintenir au pouvoir, espoir toutefois qui pourrait bien être contrarié si le bilan des municipalités prises par les « confluencias » (Madrid , Barcelone, Saragosse, Cadix, etc.) était moins désastreux qu’ils ne l’espèrent.

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