Souillac en «luxe»: la bagarre ne fait que commencer

Aux dernières nouvelles, les notables des environs ne sont pas contents. Ainsi les élus de Brive et Tulle en Corrèze et ceux de Terrasson et Périgueux en Dordogne craignent que le projet luxe de Souillac ne leur fasse de l’ombre, c’est-à-dire ne contribue à la désertification de leurs cités. Et ils le font savoir par voie de presse sur un mode quelque peu colérique.

Aux dernières nouvelles (La Dépêche, 18/05/19) les notables des environs ne sont pas contents. Ainsi les élus de Brive et Tulle en Corrèze et ceux de Terrasson et Périgueux en Dordogne craignent que le projet luxe de Souillac ne leur fasse de l’ombre c’est-à-dire ne contribue à la désertification de leurs cités. Et ils le font savoir par voie de presse sur un mode quelque peu colérique.

De sorte que Jean-Michel Sanfourche, maire de Souillac, a adressé un courrier à son homologue de Brive, Frédéric Soulier pour lui rappeler que « le principe de libre administration des collectivités territoriales a été érigé par le Conseil d’État au rang de liberté fondamentale ».

Ce faisant, Jean-Michel Sanfourche semble oublier la définition de la liberté explicitée par l’article 4 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 stipulant que la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui…

Et après tout, les notables alentour sont en droit de considérer que ce projet nuit aux collectivités environnantes dont ils sont les représentants. Bref il semble bien que la bagarre ne fasse que commencer.

Rappel : en résumé (pour plus de détails voir ici) le projet comporte « un pôle de shopping de tourisme (sic) avec un espace culturel ( ?), un centre d’affaires (évidemment) et un concept gastronomique (sic), un centre international de jeunes créateurs d’Art et un hôtel de luxe cinq étoiles soit au total trente marques de prestige, 70 boutiques premium (sic) le tout sur 30 ha et pour la modique somme de 130 millions d’euros ».

Et que dit de tout cela Gilles Liébus, président de Cauvaldor (communauté des communautés, vallée de la Dordogne), tête pensante et jambes agissantes du projet et en outre, paraît-il grand ami de Macron qu’il ne lâcha pas d’une semelle lors de la visite de celui-ci à Souillac ? Il dit ceci : « ce n’est pas n’importe quelle cité des marques que nous souhaitons créer comme il en existe déjà en France mais bien un projet innovant (évidemment!) avec des produits de terroir (comme partout…), de la gastronomie et du shopping touristique en secteur rural et patrimonial. Voilà qui est innovant, n’ est-ce pas ? Mais non, Gilles Liébus, un projet innovant est celui qui préserve l’environnement alors que le vôtre le saccage !

Corrèze et Dordogne vent debout contre le projet de Village des Marques de Souillac (Lot) © France 3 Occitanie

 Puis il part à l’assaut des voisins de Brive dont les vastes étendues de magasins de toutes sortes contribueraient à vider les « échoppes » souillagaises alors que bien évidemment ce sont les grandes surfaces installées à Souillac depuis des années qui ont vidé le bourg de toute vie authentique. Passons, car voici que Monsieur le Maire reprend la parole (La Dépêche toujours) :

Qui pourrait reprocher à des femmes et des hommes à se démener avec volonté et détermination pour soutenir farouchement leurs concitoyens afin de leur offrir emplois, habitat durable (?) et qualité de vie par l’intermédiaire d’un projet structurant (sic) et innovant (encore) ?

Qui ? Mais Monsieur le Maire, ceux de vos concitoyens qui seraient expropriés parce qu’ils ont choisi de vivre en un lieu paisible, naturel, loin de l’agitation marchande (du shopping comme vous dites) que vous voulez installer à la place ou à proximité de leurs maisons et qui ne veulent pas voir défiler 3000 voitures par jour sur les ravissantes petites routes (qu’il faudra bien élargir, n’est-ce pas?).

Qui ? Mais Monsieur le Maire toutes celles et tous ceux qui ne supportent plus le chantage à l’emploi, toutes celles et tous ceux qui ne souhaitent en aucun cas participer à la destruction de la biodiversité par l‘artificialisation des sols et en fin de compte à la destruction de la planète au nom de la concurrence entre « investisseurs » dont la première préoccupation n’est pas le bien-être des populations mais le rendement de leurs investissements qui leur permet de se payer... du luxe.

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