Souillac : la mode contre la planète (suite)

A l'heure où mille scientifiques lancent un appel angoissé et angoissant à la rébellion et à la désobéissance civile face à l'urgence écologique et climatique, les opposants au projet mégalomaniaque de "Cité de la mode et du luxe" de Souillac (Lot) intensifient leur action contre cette aberration et s'associent sans réserve à cet appel.

Ce n'est pas Madame Cauvaldor Ce n'est pas Madame Cauvaldor

Mille scientifiques viennent donc de lancer un appel à la rébellion et à la désobéissance civile. Ils appellent en outre "les responsables nationaux comme locaux à prendre des mesures immédiates pour réduire véritablement l'empreinte carbone de la France et stopper l'érosion de la biodiversité". C'est exactement ce que ne font pas les responsables locaux de Souillac. Plus encore, ces responsables locaux, promoteurs de la "Cité de la mode et des arts créatifs" (sic) agissent à l'encontre de l'urgence écologique et climatique comme on pourra le constater en lisant ci-dessous le commentaire de leur "Dossier presse" qui n'est rien d'autre qu'un monument de propagande au sens le plus péjoratif du terme.

La photo de présentation du « dossier presse » flanquée de l’intitulé du projet constitue à elle seule une condamnation catégorique du projet lui-même. En effet voici une (sans doute) jeune femme qui nous tourne le dos mais dont on perçoit immédiatement qu’elle est « à la mode », de la tête joliment chapeautée jusqu'aux délicates sandales en passant par les mollets garnis de quelques tatouages. Elle surplombe une rivière (la Dordogne?) dont les eaux miroitantes suggèrent des rêves de pureté et fait face à une vaste forêt se dressant sur la rive opposée et dont la verdure légèrement trouble évoque à son tour un monde de rêve.

Cependant le rêve est immédiatement fracassé par l’opposition entre la naturalité de l’environnement et la sophistication du personnage, fracas encore amplifié par l’intitulé que l’on peut lire comme flottant sur l’onde : « Cité de la mode et des arts créatifs ».

Car en effet la mode, cette mode-là, celle des « beaux » vêtements, celle du luxe (mot celui-ci que l’on retrouve à plusieurs reprise dans la description du projet) est absolument antinomique à la protection de l’environnement, de la biodiversité et du climat qui est aujourd’hui une préoccupation essentielle d’une multitude de femmes et d’hommes à travers le monde mais aussi, maintenant, de nombreux gouvernements.

Qu’ en est-il en effet de cette mode-là ? Ceci :

 

   Après le pétrole, la mode est l’industrie la plus polluante au monde !

 

Avec 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre émis chaque année, soit plus que les vols internationaux et le trafic maritime réunis, l’industrie textile est la deuxième industrie la plus polluante au monde après celle du pétrole. La fabrication d'un simple jean par exemple, nécessite entre 7 000 et 11 000 litres d’eau. Un t-shirt, 2 700 litres.

L’entretien de nos vêtements synthétiques en machine, lui, relâche environ 500 000 tonnes de micro particules de plastiques dans les océans chaque année. L’équivalent de 50 milliards de bouteilles plastique.

 Informations que l’on peut vérifier sur une multitude de sites, par exemple dans Le Monde qui titre le 01 septembre 2019 :

 CO2, eau, microplastiques ; la mode est l’une des industrie les plus polluantes au monde.

Il importe de lire cet article très documenté qui analyse dans le détail cette « frénésie de consommation » (de vêtements) et dont les sous-titres sont particulièrement percutants. Par exemple :  

 7500 litres d’eau pour fabriquer un jean !

ou encore :

Fortes émissions de gaz à effet de serre !

 Ceci donc pour ce qui est de la pollution par la mode. Mais qu’en est-il de la biodiversité ? Pour le savoir il convient de prendre connaissance des textes gouvernementaux :

La biodiversité, c’est notre patrimoine commun et notre capital pour l’avenir. Avec le Plan biodiversité du 4 juillet 2018, l’État se mobilise avec les collectivités, les ONG, les acteurs socio-économiques et les citoyens pour un objectif commun : préserver la biodiversité parce qu’elle nous protège.

Action 10 - Définir l’horizon Zéro artificialisation nette et objectifs dans les documents d’urbanisme :

Pour limiter la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers et lutter contre l’étalement urbain, le Plan biodiversité fixe un objectif de « zéro artificialisation nette ». Horizon et trajectoire pour y parvenir seront fixés en concertation avec les parties prenantes.

Ministère pilote : Ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les Collectivités territoriales.

En résumé : La mode est extrêmement polluante ce qui suffirait à condamner ce projet qui, en outre, va directement à l’encontre des objectifs gouvernementaux du Plan biodiversité puisqu'il prévoit l’artificialisation d’espaces naturels (parking, boutiques, etc.) et qu’il est ainsi doublement condamnable.

Il n’est cependant pas inutile de jeter un coup d’œil au texte lui-même pour se convaincre qu’il s’agit de pure propagande, au sens le plus péjoratif du terme, rédigée dans un charabia technocratique (à la mode?) dans lequel il suffira pour en montrer l’inanité d’aller pécher quelques perles :

Les premières lignes manifestent un passéisme absolu : « Le développement économique nous impose des choix », autrement dit ce n’est pas nous les citoyens qui décidons mais une instance extérieure, « le développement », qui nous « impose » mais qui nous impose quoi? Le tourisme, l’économie, l’artisanat (sic)!

Le tourisme? Il est responsable de 8% des émissions de gaz à effet de serre, ce qui est considérable. L’économie? Mais de quelle économie s’agit-il? d’une économie écologiquement responsable, d’une économie redistributrice et solidaire ou d’une économie concurrentielle et destructrice de l’environnement au profit des « investisseurs »?

Passons sur l’artisanat, les fameux « arts créatifs » qui ont remplacé le mot « luxe » dans le premier intitulé du projet. Il suffit de naviguer deux minutes sur la toile pour se rendre compte qu’il s’agit là d’un pitoyable gadget tant sont nombreux les sites qui proposent leurs « créations » aux amateurs de babioles, sites que les éventuelles boutiques souillagaises ne peuvent même pas rêver concurrencer de quelque manière que ce soit .

Cependant ce qui attire immédiatement l’attention dans ce premier paragraphe est le terme, en gras : « pollinisation ». Car qu’est-ce que la pollinisation? C’est, chacun le sait, la fécondation du pistil des fleurs par le pollen, généralement d’autres fleurs. On perçoit bien sûr immédiatement l’intention qui préside au choix de ce terme : à moins de pure inconscience, ce qui n’est pas à exclure, il s’agit de la volonté de faire passer un projet de bétonnage et de destruction de la biodiversité pour un acte écologique ce qui n’est rien d’autre que pur cynisme.

Mais poursuivons un instant encore cette cueillette aux perles dans ce fatras « propagandistique » : « trois vecteurs (sic) de croissance ». Quelle croissance? Celle du luxe et du tourisme destructeurs de l’environnent? « Expérience de tourisme et Shopping » : ce qui en français se dit : marchandisation comme mode de vie, c’est-à-dire comme mode de destruction de la vie sur la planète.

Et puis en vrac ces expressions qui ne constituent pas un projet mais bien plutôt un conte de fée pour enfants en bas âge : design, avant-garde (ce qui nous remet en mémoire que Souillac fut en son temps un lieu d’avant-garde sous l’impulsion de Pierre Betz qui fit venir dans la région nombre de poètes et artistes surréalistes - Breton à Saint-Cyr-Lapopie, Éluard à Beynac, Lurçat à Saint-Cérté…), synergies, fabrique de jeunes créateurs (les créateurs sont donc fabriqués?), shopping actif (en français : marchandisation frénétique).

Et puis tout le reste : L’écloserie des talents, l’Université du goût, tout cela bien sur hyperconnecté, sans compter les multiples expériences proposées à commencer par shopper puisque tel est le but : vendre! Et pour le reste, goûter, toucher, regarder, humer…, les nombreux randonneurs de nos coteaux et de nos combes, les nombreux amateurs de champignons, les chasseurs, les pécheurs n’ont nul besoin qu’on leur tienne la main pour goûter la beauté et les senteurs d’une nature que nulle Cité du luxe, de la mode et des babioles n’a encore outragée.

Mais restons-en là pour l’instant car il serait particulièrement fastidieux de prolonger l’analyse d’un fatras qui ne le mérite pas car la cause est entendue : ce projet n’est rien d’autre qu’une entreprise mercantile dont les investisseurs entendent tirer profit car la seule préoccupation d’un investisseur, et ceci par définition, est le rendement de son investissement.

Après avoir consulté ce document qui n’a rien d’un « dossier presse » mais tout d’Alice au pays des merveilles et qui pour cette raison et d’autres encore, ne se réalisera pas, des questions demeurent : Qui sont les investisseurs potentiels? Ces investisseurs s’engageraient-ils, par écrit, à créer des emplois pérennes? Combien? Avec quelles rémunérations? L‘empreinte carbone, c’est-à-dire la mesure des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique a-t-elle été quantifiée? L’impact de ces activités sur la biodiversité telle qu’elle existe aujourd’hui a-t-il été étudié, décrit, quantifié?

 Conclusion provisoire : bien des hommes et des femmes, des commerçants et commerçantes de bonne foi sont fascinés par les miroitements de ce conte de fée. Peut-être serait-il bon de se souvenir des espoirs fondés sur l’autoroute qui devait soulager Souillac de l’insupportable trafic des poids-lourds. Les camions sont toujours là, plus nombreux et énormes que jamais. Souvenons-nous de l’arrivée des « grandes surfaces » dont certain(e)s ont pu se réjouir. Elles ont tué tous les petits commerce du vieux Souillac pour en faire le désert que nous connaissons aujourd’hui.

Si par malheur ce projet voyait le jour il en serait fini des derniers petits commerces car les fameux « investisseurs » qui ne sont pas des altruistes viendraient avec leurs propres boutiques et ne laisseraient de place à aucune autre, il en serait fini de la Dordogne sur les rives encore un peu naturelles de laquelle il fait bon se promener, il en serait fini de ces proches environs encore accueillants car il faudrait bien élargir les routes pour les livrer à toujours plus de camions approvisionnant la « Cité » et à ce flot de voitures espéré. Il en serait fini du Souillac que nous avons aimé.

En ces temps où partout dans le monde des femmes et des hommes, des jeunes et des moins jeunes se lèvent pour lutter contre le réchauffement climatique, pour préserver la planète afin qu’elle soit vivable pour nos enfants et petits enfants, ce projet apparaît comme véritablement d’un autre temps, d’un temps révolu, comme absolument rétrograde.

Foin de naïveté enfin, ce projet n’a d’autre objet que de faire « un pognon de dingue » en vendant du luxe (ou du pseudo luxe) ce qui par les temps de pauvreté et de précarité que nous vivons est parfaitement indécent, mais aussi de flatter le goût du pouvoir de notables et politiciens qui n’en ont jamais assez.

 

 

                                                                 Quelques liens à suivre :

 

                                                     Tourisme, climat, gazs à effet de serre, biodiversité…

 

 La mode, une industrie très polluante qui pratique l’esclavagisme moderne :

https://www.notre-planete.info/actualites/10-achat-vetements-mode-pollution

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/09/01/co2-eau-microplastique-la-mode-est-l-une-des-industries-les-plus-polluantes-du-monde_5505091_4355770.html

https://rmc.bfmtv.com/emission/mode-il-faut-que-l-on-devienne-des-consom-acteurs-citoyens-1431084.html

 

Plan biodiversité : Limiter la consommation d’espaces et préserver les milieux :

https://biodiversitetousvivants.fr/limiter-la-consommation-despaces-et-preserver-les-milieux

https://artificialisation.biodiversitetousvivants.fr/

http://jiec.fr/

 

 Votre paradis touristique contribue à l’enfer climatique !

 

(Lettre ouverte à Carole Delga, Présidente d’Occitanie)

https://mrmondialisation.org/tourisme-de-masse-cette-pollution-quon-ne-peut-plus-ignorer/

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/040819/lettre-carole-delga-votre-paradis-touristique-contribue-l-enfer-climatique

https://blogs.mediapart.fr/nestor-romero/blog/191019/laporie-touristique-0

 

 

 

                                                                               Questions diverses :

 

                                                        (concernant CAUVALDOR et CAUVALDOR expansion)

 

 

Cuavaldor-expansion : Président : Christian Deleuze, Vice-président : Gilles Liébus, Directeur général : Hugues Lallemend, Trésorier : Gérard Raynal.

 

Quel est le montant de leurs rétributions ?

 

            Interview de Christizan Deleuze, président de Cauvaldor Expansion (LaDépêche,O4/O1/2020- en italique) :

 

Cauvaldor expansion est une agence économique loi 1901 avec conseil d’administration, président, secrétaire et trésorier. Elle a été fondée par la Communauté des communes Cauvaldor qui finance à 90 % son budget de 600 000€. Le reste est financé par des fonds privés.

Qui sont ces « privés » ?

Son rôle : apporter un plus aux petites communes dans leurs projets…  

Ces communes seraient-elles incapables de mener à bien leurs projets ?

Projets structurants : cette expression revient sans cesse dans la langue techno ? Qu’est-ce qu’un projet structurant ? Que structure-t-il ?

Le premier de ces projets est celui de la « Cité de la mode et des arts créatifs » à Souillac, projet de 120 à 150 millions apporté à 90 % par des investisseurs privés (lesquels?) Donc 10 % par des fonds publics. Ceci sur 7 hectares « qui sont en bonne voies d’acquisition ».

Qui sont ces investisseurs privés ?

Que se passe-t-il pour les récalcitrants, celles et ceux qui ne veulent pas vendre leur maison et leur terre ?

Autres projets : le FabLab à Saint-Céré qui occupera deux personnes (!). Site de Viroulou sur Alvignac et Rocamadour (tourisme sur le mode du pastoralisme) (sic). Lac de Tolerme, projet de zone paysagère tout en restant sauvage (sic) 12 millions d’€ pour accueillir 1500 personnes...

Et combien de voitures? Quel impact carbone ? Quel impact sur la biodiversité ?

A terme, c’est toute une zone industrielle sur les hauts de Lachapelle-Auzac qui devrait voir le jour.

De quelle manière la population a-t-elle été consultée sur ces projets ? A-t- on donné la parole équitablement aux opposants à ce projet, dans les mêmes conditions qu’aux partisans ?

Hugues Lallemand à realisé (dans le même esprit luxueux que la Cité de la mode) avec le concours de son mentor Raffarin le « Center parc de Bois au Daims », dans la Vienne.

Réussite ou échec ? Échec de toute évidence comme le montre l’enquête menée par Écologicaction 71. :

https://ecologicaction71.fr/les-vices-caches-des-center-parcs/

Quels sont les montants dépensés par Cauvaldor et Cauvaldor-Expansion en études et expertises diverses pour promouvoir le projet de la « Cité de la mode » ?

Comment a été financé le luxueux dossier presse ?

Ces montants sont-ils pris sur les budgets publics ?

Les bureaux d’études ont-il fait l’objet d’appels d’offres ?

Quel est l’état détaillé des dépenses de l’exercice 2018 de Cauvaldor-expansion ?

Ces différents contrats (personnel de Cauvaldor et Cauvaldor-expansion, bureaux d’études, experts…) peuvent-ils être consultés, selon quelles modalités ?


Dans une ville où le citoyen travaille en moyenne pour 11€ de l’heure et où 35 % des locataires sont en dessous du seuil de pauvreté (source INSEE) n’est-il pas indécent d’étaler le luxe sous leurs yeux plutôt que de leur venir en aide ?

Croit-on vraiment que ce projet est créateur d’emplois quand on sait que les investisseurs viennent généralement avec leur propre personnel ?

Les promoteurs de ce projet peuvent-ils nous dire ce qu’il en est de son empreinte écologique (empreinte carbone, biodiversité, pollutions diverse, climat…) car cela se calcule ?

Et d'autres questions encore qui seront posées en leur temps...

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