Coronavirus et biodiversité

Et s'il s'agissait bien d'un châtiment ? Si la terre se vengeait des affronts subis depuis si longtemps ? Non pas un châtiment infligé par je ne sais quel Dieu mais quelque chose comme la «conséquence/châtiment » de ces affronts, de ces agressions perpétrées par les humains ?

Depuis des années maintenant des savants, des spécialistes en diverses disciplines expliquent inlassablement que la biodiversité est la barrière la plus efficace contre l'émergence de virus jusque-là inconnus.

La question est abordées dans un remarquable article du journaliste Alejandro Tena sur le site « Público » (que l'on peut lire en castillan ici). Au delà des hypothèses plus ou moins farfelues parfois même teintées de xénophobie (c'est la faute aux Chinois...) ou de suspicions complotistes, il se pourrait bien que cette pandémie questionne on ne peut plus vigoureusement l'action de l'homme sur l'environnement. En effet, assène Ferlando Valladares, docteur en sciences biologiques et chercheur au Centre supérieur de recherches scientifiques (CSIC), nous amenuisons les écosystèmes, nous réduisons le nombre d'espèces et, ce faisant, nous réduisons la biodiversité. De sorte que disparaissent des espèces intermédiaires qui jouent le rôle de barrières favorisant ainsi notre exposition à des espèces jusque là inconnues avec lesquelles nous n'avions jamais eu le moindre contact.

Pour sa part, Juantxo López de Uralde, député écologiste et Président de la Commission de transition écologique du Congrès des députés en Espagne, affirme qu'il existe une relation scientifiquement prouvée entre la destruction de l'environnement et l'apparition de nouvelles maladies.

Selon Peter Daszak, écologiste et chercheur qui mit en évidence le rôle des chauves-souris dans le déclenchement du SARS, on estime que dans les zones les plus reculées de la planète est dissimulé environ 1,7 million de virus inconnus ce qui met en évidence à quel point le fait de sacrifier des espaces naturels aux caprices de l'économie – que ce soit la déforestation ou le trafic d'espèces exotiques - peut augmenter les risques d'une pandémie telle que celle-ci.

L'un des messages les plus importants délivré par cette crise, poursuit Valladares, est celui-ci : la biodiversité nous protège ! Quant au Fonds mondial pour la nature (WWF), cette intrusion de l'être humain dans la nature est un « boomerang » qui se retourne contre la santé globalisée. Ainsi l'expansion du COVID-19 est due à un processus de zoonoses (maladies et infections dont les agents se transmettent naturellement des animaux vertébrés à l'être humain et vice versa) qui loin d'avoir pour origine les marchés d'espèces exotiques, débute dans les activités de déforestation et de construction d'infrastructures dans les territoires boisés. C'est à partir de ces activités que des animaux pratiquement inconnus se rapprochent de l'être humain.

Nous avons tendance dans la recherche des origines à nous tourner vers les animaux alors que le véritable coupable est l'être humain qui directement ou indirectement a chassé les animaux de leur écosystème, ajoute pour sa part López de Uralde.

 

Jusqu'ici, conclut Valladares, nous avons protégé les écosystèmes pour des raisons purement éthiques sans penser un instant que ces écosystèmes nous protègent. Cette crise peut contribuer à  nous persuader que la nature nous protège. De sorte, ajoute le chercheur, que la « victoire » sur le coronavirus passe par la « complexification » des écosystèmes ce qui nécessite le bouleversement des structures sociales et économiques qui contribuent à la destruction de la nature. C'est le seul moyen d'éviter que nous parviennent dans le futur un nouveau virus inconnu.

Et avec lui un nouveau « châtiment » ?

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