Souillac: lettre ouverte à Thierry Marx et Fernando Costa

J’apprends avec stupéfaction et tristesse que les deux grands artistes que vous êtes seraient prêts à cautionner le projet dit « Cité de la mode et des arts créatifs » de Souillac. Raison pour laquelle je m’autorise à vous adresser ces quelques mots.

 Je sais, Thierry Marx, votre conception de la cuisine comme, je vous cite : « un lien naturel et social qui peut rassembler les hommes ». Je sais également votre souci des jeunes en difficulté, souci qui a été le mien pendant quarante ans comme professeur dans le secondaire toujours et volontairement en ZEP. Je sais, en outre votre préoccupation du point de vue social et environnemental qui vous conduit à préconiser des circuits courts de manière à promouvoir, je vous cite encore « une cuisine saine, au plus près des produits et respectueuse de la planète ».

Je sais également, Fernando Costa, pour avoir contemplé, il y a bien longtemps déjà votre « Arbre » sur la place de Gignac que j’interprétai comme une ode à la nature, pour avoir vu, mais hélas seulement en photo pour l’instant, votre « Éducation » qui, comme enseignant, me touche particulièrement, pour avoir été ému par votre interprétation du Guernica que j’ai tenté pendant des années, comme professeur d’espagnol et fils de réfugiés, de donner à voir à mes élèves, je sais que vous êtes, vous aussi, attentif aux questions sociales et environnementales.

De sorte que j’ai du mal à saisir ce qui peut ou pourrait, vous pousser, l’un et l’autre, à vous investir dans un projet comme celui de Souillac qui va à l’encontre de toutes vos préoccupations sociales et environnementales.

Ce projet prévoit, entre autres, de « massacrer » un lieu où vivent paisiblement quelques personnes maintenant menacées d’expropriation, un lieu de luzernes et de noyers au long duquel coule une petite rivière aux eaux vives à laquelle viennent encore se désaltérer biches et chevreuils, un lieu sur lequel la folie consumériste voudrait construire des dizaines de magasins vendant de la « mode », sachant que l’industrie de la mode est l’une des plus polluantes après celle du pétrole, un lieu où l’on voudrait faire circuler quotidiennement des milliers de voitures et y construire un « parking » de 1500 places…

Il existe bien sûr des alternatives à cette folie comme vous pouvez le voir ici, par exemple. En outre si l’on veut bien se souvenir de l’accueil par Pierre Betz d’artistes surréalistes à Souillac et dans la région il serait possible de faire de l’abbaye, plutôt qu’un hôtel de grand luxe (une hérésie par les temps que nous vivons), un centre culturel et musée où tous les artistes, nombreux dans la région pourraient s’impliquer.

Je ne veux pas alourdir excessivement cette missive mais je me tiens à votre disposition pour toute information qui vous serait utile comme se tiennent à votre disposition les membres de l’Association de défense de ce lieu dont vous trouverez les coordonnées ci-dessous. Quant à moi je vous invite volontiers dans ma petite, antique et sympathique maisonnette qui se trouve là, à flanc de coteau, et que je regagne tous les ans au printemps. Je vous y préparerai modestement (oh, combien !) une fricassée de poulet au verjus sauvage de ma colline.

Bien cordialement votre.

N.R.

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