J.L. Mélenchon ne sera jamais Président...

J.L. Mélenchon ne sera jamais Président de la République. C’est une évidence. Et ce n’est pas son programme qui est ici en cause, ma foi il contient d’excellentes intentions, non, ce qui est en cause c’est sa personne.

 

J.L. Mélenchon ne sera jamais Président de la République. C’est une évidence. Et ce n’est pas son programme qui est ici en cause, ma foi il contient d’excellentes intentions, non, ce qui est en cause c’est sa personne. Non pas sa personne en tant qu’elle puisse être perçue comme agréable ou détestable, sympathique ou antipathique, mais sa personne en tant qu’elle se présente comme providentielle, comme extraordinaire plus encore comme miraculeuse depuis son apparition holographique, dans un nuage de fumée se dissipant aux yeux écarquillés de milliers de « croyants » ébahis.

Comment un être miraculeux de cette sorte pourrait-il s’abaisser à une fonction aussi terre à terre que celle de Président ? En outre, cette impossibilité peut, si l’on n’est pas croyant, se vérifier mathématiquement : sachant que le pays est politiquement divisé en deux parties approximativement égales il apparaît évidemment impossible que JLM soit en mesure de réunir l’ensemble des électeurs de cette moitié de France, celle du prétendu peuple de gauche.

Car, en effet, il est évidemment hors de question qu’il puisse mobiliser sur son nom toutes celles et ceux qui ne croient pas en l’homme providentiel tel qu’il se représente lui-même lors de ses inénarrables talk-show sur les scènes du pays, prestations plus proches de Scapin que de Jaurès.

Hors de question également de mobiliser celles et ceux que rebute cette manie du candidat de préciser qu’il est un intellectuel (de peur sans doute que l’on ne s’en aperçoive pas) et cette autre manie du « monsieur-je-sais-tout » qui a toujours raison (Camus disait fort justement dans ses Carnets : « le besoin d’avoir raison, marque d’esprit vulgaire »).

 Hors de question également de voter pour qui ne cesse de raconter sa fascination pour cet homme, François Mitterrand, dont le mensonge tenait lieu d’éthique (souvenons-nous, entre autres, du gros mensonge d’Epinay, en juin 1971, sur « la rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste »…).

Hors de question, en outre, de voter pour qui n’a cessé de rendre hommage à Fidel Castro, de claironner que Cuba n’était pas une dictature (bien sûr, l’éducation, la santé, etc.), de tresser des lauriers à cet autre démocrate, Hugo Chavez (bien sûr las misiones, barrio adentro… et l’état du pays aujourd’hui) sans jamais dire mot de la corruption et du népotisme qui marquèrent son règne, de l’Etat du Barinas investi depuis 1998 par son père et sa famille, des prisonniers politiques, de la presse étouffée et des fameuses émissions « Aló Presidente » diffusées chaque semaine pendant des heures sur toutes les chaines hertziennes, de sorte que nul ne pouvait y échapper.

Ce qui fait déjà, me semble-t-il, bien des électeurs de gauche qui refuseront leur suffrage à cet homme-là. Mais encore faut-il y ajouter toutes ces femmes et ces hommes rebutés depuis toujours par ce nationalisme patriotard qui fait hurler cette Marseillaise qui, si elle fut révolutionnaire en son temps, n’est plus que guerrière et «front-nationale » :

Le mot jusqu’en 1880 appartenait au vocabulaire républicain et de la gauche. A partir des années 1890 il va passer à droite. La nation n’est plus définie comme le corps souverain du peuple contre la noblesse, lié par le contrat social et le triptyque « liberté, égalité, fraternité ». La nation renvoie désormais à l’idée de protection contre l’étranger. ( Pierre Rosanvallon, Rue 89, 26 juin 2012).

Sans compter celles et ceux persuadés de ceci que le temps n’altère point :

 

 « Le pire des maux est que le pouvoir soit occupé par ceux qui l’ont voulu » (Platon cité par J. Rancière, Siné Hebdo 11mars 2009) 

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