Souillac: les coquelicots sont notre luxe

Les opposants au projet d’implantation d’un « village de marques, de la mode et du luxe », ceci au détriment de l’environnement c’est-à-dire de l’air que nous respirons, de l’eau que nous buvons, de la terre que nous habitons, ont une nouvelle fois manifesté publiquement leur détermination le vendredi 7 juin.

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On se demande. Comment un tel projet, non seulement absurde mais ridiculement baroque a-t-il bien pu traverser l’esprit de nos édiles souillagais ? On se demande. Peut-être tout simplement ont-ils voulu « faire comme tout le monde » comme toutes ces villes, (Troyes serait l’une des premières) qui, voici trente ou quarante ans, ont plongé dans la consommation à outrance pour se « revitaliser » de sorte que les « villages de marques » et autres Outlet (destockage) ont eu tendance à proliférer puis à déchanter quelque peu quand le premier enthousiasme consumériste passé et le développement du commerce en ligne ont commencé à faire trembloter le mirage. C’est dire si nos notables ont fait preuve d’inventivité, s’il sont innovants comme dit Gilles Liébus, président de CAUVALDOR (Causses Vallée de la Dordogne)  et cheville ouvrière du projet!

Nous voici donc parvenus, plus d’un demi siècle après cette frénésie consumériste au temps de la prise de conscience généralisée de la fragilité de notre planète mise à mal jour après jour par l’artificialisation des sols, la contamination des mers et des océans, par la production folle de déchets (y compris nucléaires) dont on ne sait plus que faire et que l’on déverse dans les pays les plus pauvres dont on refuse d’accueillir les habitants qui fuient la misère. Et c’est à cet instant que nos ineffables élus choisissent de se tourner vers ce passé consumériste qui nous a menés au bord du gouffre, ce qui n’est rien d’autre qu’une attitude très exactement réactionnaire au sens propre du terme.

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Car il est d’autres exemples, d’autres expériences dont ces notables auraient pu s’inspirer. Ce sont ces villes et ces villages qui se sont résolument tournés vers l’avenir pour en faire un avenir vivable, ce sont de grandes villes comme Angers, Nantes ou Strasbourg évaluées par l’Observatoire des villes vertes et ce sont aussi ces petites villes et ces villages, Ungersheim en Alsace, Langouët en Bretagne, Grande-Synthe dans le Nord et bien d’autres, Saint-Pierre-de-Frugie en Dordogne, par exemple, ce n’est pas loin, messieurs Sanfourche (maire de Souillac) et Liébus pourraient aller y faire un tour et en prendre de la graine plutôt que de se tourner vers un passé dévastateur et pourraient ainsi cesser leur chantage à l’emploi.

 Telle est l’alternative : des coquelicots, symbole d’une terre vivable qui sont notre luxe à nous ou la marchandisation de colifichets de « marques » pour le profit immédiat de quelques-uns et, à terme, le malheur de tous.

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