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Billet de blog 24 févr. 2013

Montreuil-Cahors même combat ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il n’y a pas qu’à Montreuil-Méliès.

 L’histoire du mensonge comme pratique politique au service de la volonté de pouvoir reste à écrire, sans doute. Pour autant il n’est pas impossible d’évoquer quelques exemples.

Les Guérilleros et les "autres"

Commençons par la fin, c’est-à-dire le dernier en date qui soit parvenu à ma connaissance mises à part les péripéties montreuilloises survenues depuis l’épiphanie, si j’ose dire, de la nouvelle municipalité à laquelle l’ancienne ne s’est jamais résolue.

L’histoire advient à Cahors (Lot), terre, on le sait, où se réfugièrent en 1939,  comme dans tout le Sud-Ouest, nombre de vaincus du fascisme franquiste et européen, ceux que l’on désigna sous le terme générique de « Républicains espagnols ».

Depuis longtemps déjà, à tort ou à raison, des descendants de ces réfugiés et certains survivants souhaitaient que la mémoire de ces combattants dont nombre d’entre eux créèrent ou s’engagèrent dans les premiers maquis dès 1940, fut honorée[1].

Leurs vœux furent exaucés le 10 septembre 2011. Une plaque fut dévoilée par  le Maire (PS) Jean-Marc Vayssouze-Faure sur une grande place qui serait désormais celle des «Républicains espagnols ». Mais voici qu’en ce dévoilement apparaît une deuxième plaque ornée d’un logotype et portant l’inscription suivante : « En hommage aux Guérilleros-FFI et autres combattants de la liberté morts pour la France ».

Bon d’accord, mais Montreuil dans tout ça ?

 Patience nous allons y venir. Restons encore un instant à Cahors car on se demande : pourquoi cette deuxième plaque ? Et alors ces « autres combattants », ceux qui n’étaient pas Guérilleros-FFI mais combattants tout de même, prennent la parole pour expliquer. Et ils publient un livre fort bien documenté, intitulé « Une histoire d’imposture » édité par l’association « Recherche et documentation d’histoire contemporaine » (ReDHiC), franchement libertaire comme sensibilité, qui explique avec force documents et témoignage, ceci : le logo et les termes employés sur cette deuxième plaque sont ceux de « l’Association des Anciens Guérilleros Espagnols en France ». Les termes « Guérilleros espagnols » font référence au corps d’armée « Agrupación de Guerrilleros españoles » créé en mai 1944 par la UNE (Unión nacional española) la quelle est dirigée par qui ? Par le PCE (Partido comunista español), bien sûr. Et voilà, concluent « les autres combattants », vous veniez honorer les Républicains espagnols sans exclusives, consensuellement et vous honorez les « Guerrilleros », bref le PCE.

Commence-t-on à percevoir les similitudes dans l’élégance avec les pratiques de militants et de «  compagnons de route » autour de la Croix de Chavaux non loin du Méliès ?

Mais poursuivons notre histoire cadurcienne. Le but de tout cela, de cette mystification ? Toujours le même, contrefaire l’histoire en affirmant sans relâche, ad nauseam, le rôle prépondérant du PC dans la lutte contre le franquisme. Ce qui est faux et particulièrement à Cahors où les historiens ne trouvent trace de « Guerrilleros » mais, dans la région, de maquis organisés par des militants de toutes les autres composantes du camp républicain.  

Les guérilleros eux étaient au pied des Pyrénées d’où ils partirent le 19 octobre 1944 pour la fameuse expédition du Val d’Aran qui mobilisa entre 3500 et 4000 hommes et se conclura quelques jours plus tard par une débandade avant même que soit donné l’ordre de repli par qui ? Par le représentant du PCE,  le bien connu Santiago Carrillo.

Quelques sous... pas grave !

Oh, bien sûr, Montreuil à côté ce n’est pas si grave, une histoire de sous dans un cinéma, la construction d’une école retardée par tous les moyens (et tant pis pour les gamins et leurs parents !), ce n’est pas si grave… Mais la méthode, mais la pratique politique, mais le mensonge et la calomnie, comme à Cahors… ?

Tenez, à ce propos, figurez-vous que les « mémorialistes » de « l’Amicale des Guérilleros » n’ont cessé de louer les travaux de l’historienne Geneviève Dreyfus-Armand, respectée et éminemment respectable, spécialiste reconnue de l’exil et des migrations ibériques (en 1999 elle est « Conservateur général et Directrice de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine et de son Musée d’histoire » - BDIC ), n’ont cessé de  louer ses travaux jusqu’à ce qu’elle confirme que les Guerrilleros étaient bien le « bras armé » du PCE et que la UME était bien une organisation pilotée par ce même PCE. Alors lui est déniée toute expérience, toute autorité et la calomnie se déchaîne, « ignorance », « versatilité », « présomption », jusqu’à user dans cette tentative d’exécution du terme de « négationnisme ».

Et alors, Montreuil dans tout ça ?

 Non, rien. Sinon le mensonge coutumier et insidieux autour de la Croix de Chavaux, sinon le mensonge tonitruant de dirigeants nationaux et de nouveaux « compagnons de route », non Castro n’est pas un dictateur, non Chavez n’a rien à voir avec le népotisme, c’est le peuple qui le dit et le peuple a toujours raison puisque le peuple c’est… nous.

Et cela, le mensonge et la calomnie comme techniques, comme armes dans la guerre du pouvoir, cela  vient de loin. Pour ce qui concerne notre « modernité » je risquerais volontiers l’hypothèse 1864 date de la fondation de la première Internationale où l’on voit Marx et Engels en pleine action… politique.

Plus précisément encore je suis de ceux qui, dans le vieux débat sur les origines du totalitarisme soviétique, pensent que, en effet, le totalitarisme est en germe dans le marxisme, dans la théorie elle-même, ce que la pratique politique de Marx  entre 1864 et la Commune met concrètement en évidence.

Il suffit pour s’en convaincre de prendre connaissance des diatribes de Marx contre Bakounine (lequel d’ailleurs pour ce qui est de la calomnie et du mensonge n’était pas en reste), contre Proudhon (ce qui n’exonère d’ailleurs pas ce dernier de son antisémitisme ni de sa misogynie), contre Stirner (ce qui n’exonère pas non plus ce dernier de sa violence égotique).

Car sans nul doute il y a bien là, dans ce ton péremptoire, cette violence verbale, ce mépris des autres, la conscience et la certitude d’avoir découvert et de détenir la … Vérité.

Ils savaient

Et c’est en cela que précisément se trouve, à mon sens, les germes de tous les totalitarismes qu’ils soient athées ou religieux, dans cette conviction d’être « dans la Vérité », car alors cette foi dicte un devoir, le plus haut qui soit, celui de conduire les impies à la Vérité et au besoin de l’imposer puisque c’est la Vérité et qu’à ce titre elle ne souffre aucune contestation, que moi, dépositaire de la Vérité, je ne peux souffrir aucune contestation, aucun questionnement, car ce serait là nier « ma vérité » en tant que La Vérité et la réduire au statut de simple opinion. De sorte que détenir la Vérité impose de l’imposer car ne pas le faire revient à introduire le doute dans la Vérité ce qui ne se peut.

Et c’est au nom de la Vérité que les dirigeants du PCE (je ne veux en aucun cas faire le procès des militants innombrables qui ont cru, en toute bonne « foi » et jusqu’au sacrifice) ont sacrifié la République espagnole (oui, je l’affirme), que ceux du PCF ont approuvé cette politique, ont approuvé le Pacte germano soviétique signé le 23 août 1939 alors que la guerre d’Espagne vient à peine de prendre fin, d’approuver ce pacte avant d’entrer en Résistance quand le détenteur suprême de la Vérité le décida.

C’est au nom de la Vérité que ces mêmes dirigeants ont ordonné la grève et le « il faut savoir terminer une grève », puis le « retrousser ses manches » et le « bilan globalement positif » et d’autres encore,    alors qu’ils savaient, qu’ils savaient depuis longtemps ce qui se passait derrière le « Rideau de fer ». Car ils savaient.

Alors Montreuil dans tout ça ? Rien, juste un petit éclairage cadurcien. Et Cahors dans tout ça ? Rien, juste un petit éclairage montreuillois…

A toutes fins utiles.  


[1] On se rappelle par exemple que les premiers véhicules blindés entrés dans Paris et parvenus à l’Hôtel de Ville le 24 août 1944 portaient inscrits sur leurs flancs les noms des grandes batailles de la guerre d’Espagne : Teruel, Ebro, Brunete, Guadalajara, Madrid. Ils constituaient la 9e compagnie, la fameuse « nueve », avant-garde de la division Leclerc avec laquelle ils poursuivront les nazis jusqu’à Berchtesgaden. 

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