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Billet de blog 26 déc. 2016

Podemos: le déchirement?

En février prochain se tiendra à Madrid l'Assemblée "refondatrice" de Podemos. Une crise sans précédent oppose au sein du mouvement deux stratégies politiques mais surtout les deux principales personnalités du parti: Iglesias et Errejon.

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99 162 personnes viennent de voter pour définir les règles selon lesquelles se déroulera la prochaine « Assemblée de refondation du Parti » dite Vistalegre II, (deux ans après la première Vistalegre fondatrice). Il s’agissait de trancher entre  les deux principales propositions, celle de Pablo Iglesias et  celle de ĺñigo Errejón. Le premier proposait que les motions présentées à l’Assemblée et la désignation de leurs auteurs à la direction (Consejo ciudadano) ne soient l’objet que d’un seul scrutin. Errejón quant à lui proposait deux scrutins séparés l’un concernant les documents l’autre les personnes aspirant à la direction.

 Quant aux « Anticapitalistas » animés par l’eurodéputé Miguel Urbán, la députée au parlement d’Andalousie Teresa Rodriguez et le maire de Cadix José María Gonzalez (Kichi), après avoir tenté une « conciliation » ils ont semble-t-il gardé profil bas en attendant l’Assemblée où ils proposent, comme ils l’avaient fait lors du premier Vistalegre, un document politique « horizontaliste » en opposition avec  le « verticalisme » des deux autres. 

Deux stratégies politiques

Mais évidemment ces subtilités procédurales ne trompent personne car ce dont il s’agissait véritablement  était de trancher entre deux stratégies politiques et pour les deux leaders, d’évaluer la puissance de leurs troupes. Les résultats sont les suivants : 41,57% pour Iglesias, 38,12 pour Errejón et  10,5 pour Anticapitalistas. Iglesias ne l’a donc emporté  que de 2400 voix sur pratiquement cent mille votants. Il convient également de noter que le score des Anticapitalistes met en évidence que leur influence  est loin d’être négligeable.

Voyons donc  maintenant ce qui du point de vue politique et stratégique différencie et peut-être oppose ces trois courants. Iglesias professe un certain « radicalisme » qui consiste, pour l’instant, à « dire les choses » sans ménagement et sans craindre d’effaroucher qui que ce soit dans le cadre d’une « union de la gauche » (Unidos  Podemos) avec ce qu’il reste du PCE (Izquierda unida) et en participant, dans la rue, aux mouvements sociaux.

 Errejón reproche à cette stratégie de laisser de côté toutes celles et ceux qui, souffrant de la situation catastrophique du pays, sont effrayés par des propos inconsidérés, celles et ceux aussi qui se sont réfugiés dans l’abstention, les déçus du PSOE enfin et même, pourquoi pas ?, certains déçus de droite au pouvoir,  victimes eux aussi  de la politique d’austérité menée d’une main de fer par le PP.  Il prône ce qu’il appelle la transversalité dans le cadre d’un « populisme de gauche » inspiré par Chantal Mouffe et Ernesto Laclau. Il convient ainsi de s’adresser à tous sans se préoccuper d’où ils viennent ni où ils sont. Car, rappelle Errejón, l’objectif initial de Podemos affirmé voici deux ans lors de l’Assemblée fondatrice de Vistalegre n’est pas de résister mais de parvenir au pouvoir, raison pour laquelle il faut s’adresser à tous et pas seulement au « peuple de gauche ».

L’éternelle dichotomie

Comment, ceci dit, ne pas voir que Podemos est sans doute en  train de sacrifier (de se sacrifier ?) à cette antique et peut-être éternelle dichotomie entre « révolutionnaires » et « réformistes »  comme l’on disait encore il n’y a pas si longtemps (et comme l’on dit encore sans doute dans certaines chapelles). Dichotomie qui, d’une manière ou d’une autre et quels que soient les termes par lesquels elle s’exprime, n’aura épargné aucune génération de militants politiques.

Dans cette situation le courant des Anticapitalistas me semble  préconiser depuis la fondation de Podemos une issue, une sortie « par le bas » en  proposant : « un Podemos démocratique où le pouvoir émane de la base et non des secrétaires généraux , un Podemos dans lequel  les mandats sont limités (prosition reprise par Iglesias) , un parti-mouvement féministe et « territorialisé» c’est-à-dire décentralisé selon, me semble-t-il, la tradition du fédéralisme libertaire si présente dans la Péninsule. Nous verrons à Vistalegre le sort que les militant(e)s réserveront au x différentes motions.

Cependant il n’est pas possible d’en rester là, de ne pas s’interroger sur l’aspect humain de l’opposition entre Iglesias et Errejón. Comme le raconte ici Iglesias ils se connaissent depuis longtemps, ils ont travaillé et milité longtemps ensemble, ils ont parcouru l’Amérique latine et ont été sans doute plus ou moins imprégnés par les discours s’élevant dans ces contrées. Ils disposent tous les deux d’une vaste culture universitaire et ils font preuve, tous les deux, d’un talent oratoire qui galvanise les foules et d’une agilité dialectique qui laisse souvent pantois quelque contradicteur que ce soit.

Pris par le pouvoir

Alors, que s’est-il passé entre eux ? Comment ne sont-ils pas parvenus à élaborer une attitude commune ? La première réponse qui vient à l’esprit est celle-ci : ils ont cru prendre le pouvoir et… c’est le pouvoir qui les a pris (je pique cette idée et sa formulation à Tomás Ibáñez)

© El político

. Ils ont tous deux goûté à l’ivresse des acclamations d’une foule subjuguée par leur verbe, aux délices des félicitations incessantes, à la satisfaction des approbations urbi et orbi  et à celle d’être obéis  (je ne crois pas que le mot soit trop fort). Ils ont goûté tous les deux à ces facilités de la vie propre aux hommes et aux femmes de pouvoir dont une forme de ce pouvoir se concrétise dans le privilège de n’avoir pas à se soucier de ce qu’ Edgard Morin nomme dans « la Voie » « les choses prosaïques », de ces tâches domestiques auxquelles d’autres, peut-être même des « compañeros », des camarades, pourvoiront.

Ils ont été pris tous les deux dans les rets inextricables de cette  «sphère de la parole et de la politique » (l’autre ne va pas sans l’un), celle de l’homme libre, par opposition à la « sphère économico-sociale » qui est celle de la servitude, de la soumission à la « nécessité » (Hannah Arendt). Ne peut-on pas craindre que soumis à leur propre pouvoir et à sa fascination narcissique ils ne soient plus capables de s’en libérer. Il serait alors temps pour « la gente », les citoyens de « a pie » comme on dit là-bas, les militant(e)s de base comme on dit ici, de mettre en application le principe de révocabilité inscrit dans les statuts du mouvement. Mais je me trompe sans doute.

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