A Souillac comme à Gonesse : le bétonnage ça suffit

Comme à Gonesse le projet de la création d'une "Cité de la mode et du luxe" à Souillac (Lot) fait fi de toute préoccupation environnementale et contribue par là même au désatre climatique qui nous menace, ainsi qu'à la destruction de la biodiversité et du tissu social.

Oh, bien sûr, le projet d'une "Cité de la mode et du luxe" concocté par quelques notables de Souillac et des alentours n'a pas l'ampleur du projet EuropaCity de Gonesse contre lequel viennent de s'élever un bon nombre de personnalités politiques et artistiques. Cependant il procède de la même idéologie celle de la  marchandisation de tout espace disponible, idéologie issue de la doctrine dite du "ruissellement" postulant qu'il est bon que les riches se gavent de "luxe" afin que quelques miettes de leur festin tombent dans le gosier de celles et ceux qui sont à leur service. 

Ainsi en est-il par exemple, à Souillac, de l'intention de "repositionner l'Abbaye en tant que joyau de l'architecture romano-byzantine" c'est-à-dire très concrètement en réalisant "la réhabilitation de ladite Abbaye et sa transformation en hôtel haut de gamme"(La Vie quercynoise, 5 septembre 2019). Autrement dit voici un joyau (en effet) architectural que le mercantilisme transformerait en haut lieu de la consommation de luxe ce qui serait cohérent avec l'intention de créer ce village de la mode et du luxe à quelques encablures de là.

Abbatiale Sainte Marie de Souillac © KTOTV

Il semblerait cependant que, comme à Gonesse, des oppositions non seulement se manifestent mais s'organisent. Raison pour laquelle le projet globalisé au départ sous l'intitulé "Cité de la mode et du luxe" s'est vu dans un premier temps privé du mot luxe par trop provocateur sans doute,  puis scindé en deux parties, la "revitalisation du centre bourg" d'une part et le "village de marques" d'autre part dont les promoteurs ne savent plus comment expliquer qu'elles sont indépendantes tout en étant complémentaires.

Les maîtres mots de la revitalisation du centre bourg sont "connexion" et "végétalisation". Connexion du vieux Souillac à la rivière Dordogne et à son affluent la Borrèze, comme si ce n'était déjà fait depuis toujours par exemple par cette délicieuse petite route longeant la Borrèze d'un côté et la plaine des jardins de l'autre avant  que la plupart de ceux-ci ne soient remplacés par des parkings à caravanes. Nul soullagais n'a jamais eu besoin qu'on "connecte" quoi que  ce soit quand il avait envie d'aller se baigner dans la Dordogne ou pêcher dans la Borrèze.

Végétalisation, en disposant quelques pots de fleurs rue de la Halle et quelques arbres avenue Jean Jaurès alors qu'à deux pas de là le "village de marques"  et sa centaine de magasins, son i:mmense parking et ses milliers de voitures journalières prévues, cette folie, détruirait toute la végétation encore intacte, la biodiversité et les habitations de riverains expulsés, sans compter le délectable apport en carbone de ces milliers de voitures, de camions et autres engins.

Mais non,mais non, clame le maire de Souillac, ce sont deux projets différents, la revitalisation du centre bourg n'a nullement pour objet d'attirer les touristes mais simplement le bien-être des habitants... Mais non, mais non, clame le président de CAUVALDOR (Communauté des communes causses vallée de la Dordogne) à l'adresse des opposants, tout ce que vous faites c'est de  la politique! Ce qui prouve l'estime dans laquelle il tient cette politique qu'il pratique quotidiennement  depuis des années.

Seulement voilà, des hommes et des femmes, des jeunes dans le monde entier se lèvent toujours plus nombreux pour condamner cette idéologie du mercantilisme qui nous mène au désastre. De sorte que l'espoir est permis, l'espoir que la raison qui dicte de progresser  vers une société de sobriété triomphera de la folie mercantiliste, à Gonesse comme à Souillac et partout ailleurs.

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