Podemos: Pablo Iglesias en majesté...

Podemos, mouvement issu du geste (et de la geste) des "indignés" de la Puerta del Sol de Madrid, sera bien, à partir du 15 novembre, un parti politique dirigé, le verbe ici prend tout son sens, par un secrétaire général dont il ne fait pas le moindre doute qu’il sera, au moins pour un temps, tout puissant.

Podemos, mouvement issu du geste (et de la geste) des "indignés" de la Puerta del Sol de Madrid, sera bien, à partir du 15 novembre, un parti politique dirigé, le verbe ici prend tout son sens, par un secrétaire général dont il ne fait pas le moindre doute qu’il sera, au moins pour un temps, tout puissant.

Pablo Iglesias, secrétaire général

Ce secrétaire général, également sans le moindre doute, sera Pablo Iglesias. En effet, 80,71% des votants, lors du scrutin qui s’est déroulé la semaine dernière, essentiellement "on line", ont choisi les documents statutaires (principes éthiques, politiques et organisationnels) présentés par la liste Pablo Iglesias "Claro que podemos".

La principale liste concurrente, "Sumando Podemos",  celle de Pablo Echenique et Teresa Rodriguez, qui proposait la désignation de trois porte-paroles, un fonctionnement "assembléiste" et une grande autonomie des "circulos" (groupes de base locaux ou thématiques) n’a obtenu que 12,37% des voix.

Que signifie cette abstention ?

Selon l’un des membres de "l’équipe technique" qui a mené à bien cette consultation, la participation (112 O70 votants sur 200 000 inscrits soit environ 55%) a été importante compte tenu des taux de participation extrêmement faibles constatés habituellement dans le pays.

 Cette appréciation est cependant loin d’être partagée par tous les commentateurs qu’ils soient ou non adhérents de Podemos. La question demeure donc posée de la signification de cette abstention de 45% des inscrits qui, précisément, avaient fait la démarche de s’inscrire. Le proche avenir nous le révélera sans doute.

Podemos, en effet entre maintenant dans la dernière phase du processus de construction du parti : du 31 octobre au 5 novembre,  présentation des candidatures aux postes de responsabilité (Conseil citoyen, Commission de "garantías", secrétariat général), publication le 6, puis campagne des candidats jusqu’au 10 et enfin vote, évidemment tout ça "on line", de sorte que le parti devrait être en ordre de marche le 15 novembre.  

Centralisme

Tels sont les faits. Ils ne tarderont pas à faire l’objet d’analyses, de commentaires, de débats à l’intérieur comme à l’extérieur de Podemos. Teresa Rodriguez elle-même, porte-parole de liste minoritaire, sans doute un peu amère, n’a pas tardé à constater que "les votants ont choisi un modèle extrêmement centralisé autour d’un fort "liderazgo" (leadership)". Comment expliquer ce choix ?

J’avais, dans mon précédent billet, souligné la séculaire tension entre efficacité et démocratie au sein de toute organisation réformatrice. Les femmes et les hommes de Podemos viennent donc de choisir massivement l’efficacité sans doute poussés par l’état de délabrement du pays, par l’urgence d’une intervention radicale dans le domaine économique et social (dette, chômage, éducation, corruption tous les jours plus scandaleuse…), sans doute…

Le spectacle comme mode d’intervention politique

Mais n’ont-ils pas aussi été fascinés par la spectaculaire apparition de quelques personnalités talentueuses à bien des égards qui ont, elles, choisi le spectacle comme mode d’intervention politique, qui ont théorisé ce choix, puis mis en scène et joué la pièce avec, encore une fois, un talent, une maestria remarquables (les vidéos de la "Asemblea ciudadana" que l’on peut voir partout, ne sont-elles pas significatives à cet égard ?) ?

Mais, ce faisant, choisissant la spectaculaire efficacité, les femmes et les hommes de Podemos n’ont-ils pas choisi la facilité, celle qui consiste à sacrifier les moyens à la fin promise, n’ont-ils pas choisi de mettre leur pas dans les traces anciennes  de ces "Secrétaires généraux", de ces "Commandantes" qui finissent toujours dévorés par leur propre Pouvoir. Ce qui ne serait rien si ce Pouvoir n’avait lui-même dévoré celles et ceux qui un jour, fascinés par la parole retentissante, l’instituèrent.

De sorte qu’il reste maintenant à la direction (car c’est bien de cela qu’il faut maintenant parler) et aux militantes et militants de Podemos à démontrer que leur cheminement est radicalement nouveau, que le centralisme qu’ils ont choisi est compatible avec la démocratie souhaitée par, tout de même, une vaste minorité, que comme dit Pablo Iglesias ils vont être capables de "diriger en obéissant".

 Je souhaite de tout cœur qu’ils y parviennent.

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