Non, rien, en fait…

Ne plus parler du covid. Ni de Macron, ni des Gilets jaunes, ni de la vie du Club, ni de Mélenchon, ni de rugby. De rien, en fait. Goûter le sel des embruns fouettant notre visage nu, muet, extatique, tel celui d’une Pièta florentine expiant ses forfaits sur une côte venteuse d’argent, d’opale ou d’émeraude... et y lécher solitairement ses plaies à vif –beurk !

Malheureusement, concernant la "maladie comique" (dixit un ami aussi irresponsable que le bassiste de La Timone, groupe hardeux défricheur), certains entendent en débattre avec leurs poings. Et avec moi, en tant que démasqué lambdaphile... ou lambda masquophobe, si vous préférez.

Pourquoi moi, direz-vous. Je me suis également posé cette question. Certes, à 67 ans je ne présente pas une apparence de redoutable guerrier ninja, malgré tous mes efforts en ce sens présentement réduits à néant. Mais  j’en fais au minimum un demi de moins dans la pénombre, selon les organisateurs. Et vingt selon la police, sous un éclairage pourtant plus cru.

La police justement, comme une bouffée d’aérienne parenthèse. En sept mois de civisme souriant elle ne m’a interpellé qu’une fois, au lieu de quatre fois dans les sets précédents, dont deux au tie-break. Et en sept cars de CRS à sept heures tapantes du soir actuel sur la place de la Rotonde à Stalingrad, Paris, France, Europe, je n’ai pas vu un individu masqué descendre de ces véhicules ... ça c’est pour le GIGN, ou la BAC au meilleur de sa forme étroitement moulée par la toile denim griffée. Ou  les migrants, dont chacun sait qu’ils débarquent en cohortes sanguinaires, dûment endoctrinées et envapées pour égorger nos rats et nos pigeons.

A-t-on le droit de réaffirmer que le Grand Plan C gouvernemental, c’est total Khéops ? On n’est pas plus obligés de s’en distancier que d’y adhérer, juste observons trois papillons. L’un souhaiterait voir ses forces de l’ordre chéri (indépendamment de leurs attributions bien définies, faut-il le remarquer) aligner plus de contrevenants au pilori de sa bonne conscience. Sur cette préfiguration du mur et du peloton, il entreprend tous les jours les medias à standard ou forum complaisants, dont le choix est vaste.

Le deuxième a l’arrière des oreilles mycosé par le frottement des élastiques, et s’en irrite en libérant la droite au discours postillonnant de l’énervé, lequel porte sa muselière en sautoir pour une efficacité accrue. Le troisième me ressemble. Pas trait pour trait bien sûr, mais dans une volonté manifeste de respirer sans entrave, tout en respectant des gestes-barrière que de toutes façons il a intégrés depuis... ouch, bien plus que ça malheureux !

Si la violente prise à partie sus-évoquée avait vraiment dégénéré, je doute cependant qu’un quelconque soutien m’eût sauvé la mise. Résumé succinct de l’altercation. Doigt d’honneur vigoureux, quête d’information complémentaire de ma part en pivotant élégamment à 180 degrés, et promptement communiquée : ton masque, enculé ! Là, la sagesse commandait de rompre, au lieu de cette réplique imbécile : "et si on te demande de porter un fusil, tu obtempères ?"

A la réflexion, il n’est pas impossible que mon interlocuteur ait compris " tu zobes ton père?"… sauf qu’on ne réfléchit plus dans ces cas-contact-là. Se crée alors un cercle de curieux résolument neutres , en tous cas dans l'expression absolument impavide, malgré la persistance d’un front nuageux (et obtus) qui dominera le nord-est de la capitale, ne laissant la place qu’à de rares éclaircies.

Bref. Un billet récent faisait état de mon exaspération de visage pâle dans un monde ayant viré de l’orange mécanique au lie-de-vin trop tannique. Il a généré un échange de vues courtois, sur nos manières respectives de vivre au mieux une période de nécessaire sens de la collectivité.

Mais ici c’est Mediapart... à quelques exceptions près, je n’y ai pas encore connu de vindicte aussi bêtement impersonnelle que celle d’un inconnu croisé sur un trottoir. Pas forrcément envapé, mais endoctrriné c’est ben vrrai ça, aurait dit la mère Denis.  

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