Du bon usage du personnel (option DRH, dernière leçon)

Allez, vous reprendrez bien un petit dernier pour ta route?

Je, nous, hiboux, cailloux (dans ma chaussure), poux (dans ta tête)... Au début sur Mediapart, je n’osais pas écrire je. Suivant en cela les préceptes d’un rédac’chef de mi bon tan lontan, fondu du collectif et beaucoup moins de la bedaine, je mettais timidement des nous partout, tel un roi soleil de pacotille.

Ayant constaté que tutoyer un cocommentateur ne se faisait pas non plus, je vous voyais toustes mais passais sans vous parler. Contrairement à la gardienne de mon immeuble, qui ne me rate jamais mais m’appelle il.

Désormais je ne cherche plus derrière moi à qui elle s’adresse, je sais qu’il c’est bibi. Et ils, c’est ceux d’entre vous qui crèchent dans le même immeuble que bibi. Tout au moins, depuis que je suis reviendu repartir...

Je connais des ils qui, sur un parking gratuit indiscutablement désert, s’en trouvent désorientés à l’extrême. Au point de ressortir au bout d’une heure à tirer des bords, en respectant la signalisation suspendue et au sol. Ils s’en vont alors chercher un parking blindé et payant, où garer leur voiture au chausse-pied au 6ème niveau, entre un pilier jaune pisseux vermoulu et un SUV flambant neuf. En rayant les trois, cela va sans dire...

Instinct grégaire ? Que nenni, souvent ils haïssent sincèrement les gens.

Trois mois de rabe de Mediapart m’ont un peu donné ce sentiment-là. "Hé ho regardez, je suis de retour!" , claironnons-nous dans la nuit torride de mi-confinement, où seul l’écho daigne se manifester. Alors juste pour rigoler, nous faisons un créneau raté là où il y a du monde.

Je vous passe les "Ta gueule on dort!" et autres invectives fleuries. T’as remarqué hein? On, pas je ni nous (hiniboux, canilloux, nipoux...) Donc un peu dépité tu retournes à l’endroit toujours aussi désert qu’on l’a trouvé en entrant, je bois deux ou trois bières en solo, et il a mal aux cheveux le lendemain. Pas moi, eux.

Le rédac’chef dont auquel il est fait référence en intro professait une autre règle de base : si tu veux pas soûler, mon coco(men.ta.teur), pas plus d’un feuillet et demi et surtout tu aères! Voilà qui est fait.

Edit, 36ème ed. ; 2020. : Le journaliste dont je parle ici s’appelait Francis Le Goulven, une des "figures" des défuntes Editions Miroir Sprint. J’ai un peu travaillé dans la presse écrite, beaucoup glandé un peu partout, et terminé une "carrière professionnelle"  en dents de scie sinueuses aujourd’hui ébréchées, dans les bibliothèques municipales parisiennes (sections Musique)...

L’occasion d’évoquer un autre monsieur qui a compté sur ce parcours. Michel Breton a écrit toute sa vie en parallèle de son métier, et un "vrai" ouvrage de lui sur les étagères des lieux de lecture publique (entre autres) serait un juste retour des choses. Non que les autres ne soient pas "vrais"... il s'agit simplement, par la grâce de la souscription, d'une esthétique bichonnée à l’égal de son amour des mots. Et de l’amitié... Le connaissant, cela ressemble bien à un pari ! 

https://editionsthot.com/catalogue/livres-en-souscription/lembranchement-des-indesirables    

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.