Repos (éternel) pour les BRAV !

Une photo m’a cueilli au foie, à retardement. Celle de l’auteur de ce tir de LBD totalement inconscient, dans la manifestation parisienne de jeudi 9 janvier...

... j’ai réalisé plus tard l’avoir entendu à quelques mètres, mais c'est anecdotique en l’affaire. Les premières images ne montraient que la mêlée presque indistincte de la tête du cortège et des premiers rangs des forces policières.

Depuis, on connaît le visage du tireur. Celui de la haine, a écrit un contributeur et manifestant "brut-de-décoffrage" et apprécié pour cela. Personnellement, j’y vois plutôt celui de la peur. Une peur instillée depuis 14 mois par les malades irresponsables qui nous gouvernent...

Castaner donnant hier une leçon d’honneur à ses flics, dont une grande partie n’a pas la moindre envie de l’écouter, c’est à vomir. La Préfecture assumant inlassablement des saloperies éventuellement dissociables du travail d’ensemble de ses forces, c’est à mourir de honte.

Le préfet Delpuech s’était surtout signalé par des manœuvres de blocage de projets à vocation écologique. Sur siège éjectable après l’affaire Benalla (pourtant pas très écolo, le bienheureux Alexandre !), il ne pouvait que sauter dès lors que l’agitation sociale dans les rues de la capitale en ferait un fusible commode. Pas le bon profil de poste, au revoir Delpuech, bonjour Lallement...   

N’attendons certes pas de Didier Lallement qu’il meure de honte ! Il est là, censément droit dans ses bottes de nain d’un unique lieu, sous certain feu médiatique étonnamment indulgent à son égard. Mais aussi et surtout, sous le parapluie de ses commanditaires transformistes.

Transformistes, par leur constance à changer de registre au gré du vent. Réformistes, en quelque sorte. Ou fumistes, pour faire plus bref.

Aller jusqu’au bout d’une réforme (ou plutôt d’un enfumage, d’une marotte) ne signifie pas ce déni permanent du droit de manifester. En cela réside le paramètre nouveau, pas dans l’obstination d’un pouvoir légitimé par les urnes. Fût-ce dans une conjoncture floutée, et sur un bien pauvre socle électoral...

 Cette légitimité-là reste cependant l’argument de citoyens a priori honnêtes, mais prompts à fermer les yeux sur une nouvelle conception du maintien de l’ordre. Qui a mené dès le passage de témoin en mars, à la renaissance d’une brigade de sinistre mémoire. Laquelle n’a pas tardé à se signaler par son remarquable sens de la tradition.

Le 1er mai dernier, ivres de bonheur après une escapade en terre hospitalière, quelques binômes motorisés ne trouvaient rien de plus intelligent à faire que des doigts d’honneur aux manifestants à peine sortis de la place d’Italie. C’est sensiblement le même parcours qui attend le défilé parisien de jeudi prochain. Nos fiers et braves rodéistes s’en souviendront-ils triomphalement, ou préféreront-ils la jouer profil bas ? Tout dépend du petit parapluie ouvert au-dessus de leurs petites têtes de noeuds, par la tête d’œuf du Grand Fonctionnaire sous Grand Parapluie.   

Maître Patrice Spinosi a développé ce matin sur France Inter cette violence étatique, qui n’existe d’ailleurs pas qu’en France, et semble hélas être le reflet d’une époque. En rappelant opportunément que l’usage du LBD n’est légal en Europe que dans notre pays... Et face à un avocat combattant pour les droits humains, devinez qui s’y colle dans le rôle taillé sur mesure de l’avocate du diable !

 Le responsable du tir de la rue Saint-Lazare est apparemment un homme jeune. Aura-t-il maille à partir avec l’IGPN ? Probablement, parce que la levée de boucliers est cette fois unanime, d’autres motifs d’indignation ayant "éclos" simultanément.

Et il ne sera qu’un lampiste de plus. La trouille lue dans son regard, sous la visière relevée et les lunettes enveloppantes, existe aussi dans ceux de vieux habitués des luttes sociales. Quand les lacrymos à outrance, pour une poignée de casseurs lanceurs de projectiles, font refluer trop vite les manifestants de tête.

C’est évident depuis les mobilisations initiales des Gilets jaunes. Il est quasiment miraculeux que nous n’ayons pas plus de morts à déplorer.

Au lieu d’arguer sans cesse d’une supposée peur du changement de ses concitoyens, Emmanuel Macron serait bien inspiré de prendre en compte notre peur de son vide personnel. Non pas intellectuel, mais humanitaire.

Edit : et puisque décidément les coïncidences ont du bon, ce billet concomitant d'un ex-collègue (de la dernière partie d'une carrière longue mais à trous, qui vous tricote une retraite plus mince que la taille de Cuisse de Mouche)

https://blogs.mediapart.fr/yannick-henrio/blog/140120/appel-des-personnels-des-bibliotheques-en-lutte

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