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Billet de blog 21 janv. 2020

La fracture et la facture

"La journée du 24 janvier sera déterminante!" ... Ah bon? Marre de ce genre de poncifs, enfilés comme des perles sur le collier d’une manifestante pour tou.te.s de la NAP (Neuilly-Auteuil-Passy, dans le jargon pantruchien). Elle ne sera pas plus déterminante que celle du 32 novembre ou du 30 février, parce que nous sommes un pays de veaux...

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Ce soir à la TV des grand-messes, une évidence : l’anathème est lancé par la voix de leurs maîtres, sur les responsables de la ruine de la France ! Accessoirement, la France-Inter enrage. Elle n’est pas en mesure de participer à la contre-offensive nationale, en raison d’un mot d’ordre de grève d’un syndicat représentatif de certaines catégories de personnels.

Et pourtant que de grain à moudre dans ce moulin à paroles qui se remet à tourner, avec le vent pestilentiel du bilan de 45 jours de lutte sociale! Osons cette expression, parce qu’elle correspond malgré tout à une réalité partagée par des centaines de milliers de manifestants... et comme pour le mouvement spécifique des Gilets jaunes depuis novembre 2018, de primo-manifestants.

Quid des autres? Ceux qui, aux dires des mêmes médias se penchant aujourd’hui sur le si dommageable manque-à-gagner du petit artisan, du moyen commerçant, du grand entrepreneur et de l’énorme trust, ont soutenu, soutiennent et soutiendront le gréviste ponctionnant son modeste salaire annuel d’un douzième sinon plus... Ils étaient, sont et seront où, les ovins écoutant pousser leur laine en comptant sur la hargne des porcins à poil et couenne durs?

Il y a environ un an, Emmanuel Macron (c’est notre président) pérorait devant 600 maires occitan.e.s sur les fractures sociale, territoriale, écologique, environnementale et démocratique… passons sur d’autres contusions et bobos plus bénins. Cette prise de conscience s’inscrivait dans le cadre d’un Grand Débat qui a accouché d’une monstrueuse souris-tsunami de réflexion nationale. Le genre de truc qui, entre autres bouleversements irréversibles, fait twitter dans le sens des plumes ou lustrer à rebrousse-poil, selon que l’on possède un smartphone ou une brosse à habits.

Le deuxième cas de figure est plutôt celui du retraité qui vit douze mois par an les orteils en éventail, sous sa couette remboursée par une mutu aux petits soins pour sa cacochymie. Et qui en touche parfois un treizième, rien qu’en balançant dans les nuages des volées de revers au filet à provisions. Putain d’vieux ! ils gazouillent dans leurs couches, mais ne savent pas reconnaître tout ce qu’on fait pour eux...

Bon, ceci n’est pas de l’amertume. Simplement le constat qu’il y a aujourd’hui un monde entre les trentenaires, et potentiellement leurs enfants en bas-âge, et les quadras ou quadras et demi flanqués de leurs ados un rien plus jeunes et dix fois plus maussades que Greta Thunberg, cette pétasse. L’exprimer aussi arbitrairement est viser une fraction du lectorat de Mediapart? Pas du tout, vous n’y seriez pas abonné.e.s si vous n’étiez d’un avis contraire (candeur, quand tu nous tiens!).

Ils disent volontiers "ok boomer" ; fendent les cortèges de manifestations avec leurs attaché-cases à la main, et leurs péniches pointues aux pieds (je bosse, moi !) ; se reconnaissent dans le powerpoint prémâché du prémacronien, et vouent un culte aux Echos et à la rubrique matinale de Dominique Seux ; ne votent pas trop aux élections intermédiaires (je bosse, moi !), et ont à peine entendu parler du RIP ou des Gilets jaunes (la honte soit sur Girard et Lancêtre!) ; comme ils bossent et ne se tiennent pas trop au courant des aléatoires trivialités de la plèbe... déjà qu’il leur faut externaliser leur activité s’ils veulent survivre... ils n’ont pas de temps pour la ratiocination improductive.

Eux ne paieront pas la facture, se disent-ils la tête dans le guidon. Leur objectif de carrière est la barre fatidique de 10.000 balles mensuelles, sans lequel il n’existe pas de Rolex attractive. Ils sont largués, leur univers est frappé d’obsolescence mais ils préfèrent l’ignorer, et penser le pérenniser par leur progéniture, inculte du fait de leur soin inattentionné. Ciel, des abribus dégradés encore aujourd’hui ! s’outrent-ils après avoir regardé le JT régional. Bref, ils me dégoûtent, ils sont nulle part mais partout... et même sur Mediapart.

La fracture sociale : l’expression serait née en 1985, et Jacques Chirac y aurait bâti son nid électoral une décennie plus tard. Vingt-cinq ans après son credo bidon de candidat, la fracture impossible à réduire est devenue une faille tectonique. Et le lit où il jouait sur du velours, un mauvais grabat à sommier défoncé.

Après 8 années de mdptisme, un certain pessimisme prévaut (de Paris, genre Lallement) dans ma décision d’en finir avec la vie... du Club, hé ho! du Club, avouez que je vous ai fait peur arf ouarf kr krr lol mdr

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