Bilan quinquennal (en dégradé)

Quand nous stationnons dans nos toilettes respectives pour y réfléchir comme tout un chacun, nous avons généralement sous la main de quoi stimuler intellectuellement notre transit. Faites pas la grimace, ceci est un papier simple épaisseur comme un autre...

Dans l'axe exact de ma cogitation biquotidienne se trouve une affiche bien connue, vieux rose saumon et jeune gris anthracite, qui proclame à la face chiffonnée de l'occupant du lieu "Droit à la retraite, Droit au repos, Droit au bonheur". Je vous la mets là, on n'est pas sur Instagram où une photo de chiottes peut obtenir son petit succès...

 

cop.2019, Pressenza cop.2019, Pressenza

Ah que nous étions jeunes, beaux, libres et insolents! Ah que ces slogans nous seyaient, nous asseyaient et nous ensoleillaient! Aâh que je suis né dans la rue/ oui je suis né dans la rue/ oôh ouiî dans la ruûe...

Mais revenons à l'affiche rose.
Curieusement, elle ne s'est pas imprimée sur nos cristallins comme elle eût pu, et dû le faire. Au lieu de cette cochonnerie de cataracte menant inexorablement à la chute, parfois à la pagaie mais pas toujours. En fait, elle n'apparaît même pas plus crédible que la devise de l'Ohême éternel ("Droit au but") ou même celle de l'REM actuelle ("Droit dans l'mur"), c'est dire!

Droit à la retraite? Une bonne part d'entre nous, la meilleure (si si!), l'a acquis de haute lutte. Active, castagneuse et rigolarde... Du moins en temps normal. Parce que le truc anormal qui nous est tombé dessus l'an dernier, non seulement nous a donné à tous des allures de hurleurs roux neurasthéniques... je parle du singe, je ne suis pas rouciste, d'ailleurs de nombreux amis à moi... mais en outre a tué l'espoir en toute poire.
Au point que 1100 balles mensuelles à l'amorce d'une 5ème année de glandage nous font rougir de honte devant nos petits, moyens et grands hurleurs roux, blonds, bruns ou châtains. Et même chauves, pour les très petits...

Droit au repos? Alors là pas de problème, le catalogue des options possibles s'épaissit et nul n'en ignore. A l'aune des propositions d'assurances et autres contrats "Obsèques" étoffant sa messagerie, l'alerte sexagénaire, le sémillant septuagénaire, le fringant octogénaire ne peuvent se cacher l'atroce vérité : nous attaquons la dernière ligne droite en ayant commis l'erreur de ne pas nous caler à la corde dans le virage.

Non, je ne suis pas nonagénarophobe, d'ailleurs de nombreux parents à moi... C'est juste que tout le monde en ce moment se croit obligé d'arrêter les frais à 92 ans. A part celui du troisième dans mon immeuble, qui s'est mis au bugle à l'âge où dans la pétanque on ne garde plus que le pastis et les platanes.

Droit au bonheur, alors? Bon d'accord, on va prendre ça... De toutes façons, faut qu'j'y retourne. 

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