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Billet de blog 15 mars 2020

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Coronavirus : on ferme les frontières !

Tous les xénophobes en rêvent depuis longtemps : beaucoup de pays vont fermer leurs frontières. La Corée du Nord avait ouvert le bal en début d’épidémie. Les Etats-Unis suspendent désormais les entrées aux Européen-ne-s. D’autres Etats suivent, chacun à leur façon, avec mesures spécifiques et exceptions. Une règle demeure constante : aucun pays ne ferme la porte à ses nationaux.

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Un virus a besoin d’un organisme hôte pour se déplacer. La restriction de la circulation des personnes entraîne donc nécessairement une moindre propagation. On constate cependant que les mesures prises par un grand nombre d’Etats comportent toutes leur part d’incohérence qui peut surprendre. Pour exemple, les Etats-Unis ont hésité à suspendre les entrées depuis les îles britanniques alors que les contaminations y étaient en hausse. La Thaïlande a suspendu les dispenses de visas aux passeports italiens, mais pas aux autres passeports européens1. Le Cambodge a suspendu l’entrée sans visa pour les Allemand-e-s, Espagnol-e-s, Italien-ne-s et Français-e-s, mais pas pour les Suisses.

Refouler les potentiels porteur-euse-s du coronavirus comme les pestiféré-e-s dans un autre temps est devenu la mode, voire la norme. Mais la considération épidémiologique ne semble pas être l’unique déterminante de ces mesures. Pour un Etat, il pourrait être plus dangereux d’accepter ses propres ressortissants sur son territoire s’ils sont infectés, que des étrangers s’ils sont sains. Or c’est la nationalité des personnes, et non pas leur état de santé, qui prime quant à l’endroit où ils doivent finir. « Chacun chez soi, et le coronavirus sera bien gardé » a t-on le sentiment d’entendre de la part des gouvernements. À l’heure où nombre de pays comptent des ressortissant-e-s aux quatre coins du globe, est-ce la solution la plus optimale ?

Le manque de rationalité et de solidarité trouve son comble dans le traitement des personnes qui sont rassemblées en vue d’être expulsées ou bannies. Dans les camps de réfugié-e-s en Grèce, la situation est catastrophique2 et le gouvernement a fait fermer les guichets de demande d’asile et de services aux exilé-e-s jusqu’au 10 avril3. On refuse donc, même en période de pandémie, l’aide de base, aux plus vulnérables, car ne faisant pas partie de la communauté nationale. Cela alors que d’autres sont évacués par avion depuis l’autre bout de la planète, car également étrangèr-e-s mais en possession d’un passeport plus puissant. La nationalité est encore une fois l’étalon du traitement des personnes en cas de crise grave.

Au lieu de s’organiser collectivement comme le demanderait la situation, les gouvernements ont joué chacun pour soi. Même au sein de l’Union Européenne, ce n’est ni la France ni l’Allemagne mais la Chine qui a prêté main forte à l’Italie pour lui fournir des respirateurs, des médicaments, du matériel médical4. Faudra-t-il déplorer le même manque de solidarité lorsque le coronavirus touchera un pays dont le système de santé ne saura faire face, comme le Laos, le Malawi, la Papouasie Nouvelle Guinée ? Assistera-t-on à un ballet d’évacuations sanitaires d’urgence pour les passeports de pays riches, et à un refoulement des citoyen-ne-s des pays nouvellement contaminés aux entrées des autres Etats ? À quand, dans de telles situations pandémiques, une vraie solidarité médicale, matérielle et migratoire au niveau mondial ?

1https://edition.cnn.com/travel/article/coronavirus-travel-bans/index.html

2https://www.euronews.com/2020/03/14/immediate-evacuation-of-migrant-camps-in-greece-needed-to-contain-coronavirus-says-msf

3https://greekcitytimes.com/2020/03/14/greek-asylum-services-shut-down-to-protect-public-health/

4https://www.mediapart.fr/journal/international/120320/coronavirus-les-mauvaises-priorites-de-la-bce-et-de-l-europe?onglet=full

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