Éducation: les personnes exilées à l’écart en Suisse

Pour la droite, les personnes migrantes coûtent toujours trop cher. Mais quand elles veulent se former ou travailler, les portes se ferment. Des structures d’aides montent au front.

L’association «Éducation pour toutes et tous -maintenant!» a lancé une pétition. © SSP L’association «Éducation pour toutes et tous -maintenant!» a lancé une pétition. © SSP
Le statut migratoire est trop souvent un obstacle à l’accès à l’éducation. C’est le constat fait par Solidarité Sans Frontières, le Syndicat des Services Publics et l’Union des étudiant.e.s de Suisse (UNES), la Coordination asile.ge et Verein Netzwerk Asyl Aargau. Regroupées dans l’association «Éducation pour toutes et tous – maintenant!», les cinq structures lancent une pétition pour pousser le Conseil fédéral, le Conseil national, le Conseil des États, et les cantons à faire preuve de davantage de volonté politique en la matière.

De la loi aux réalités

Cette pétition ne concerne malheureusement pas quelques cas isolés. Les problèmes sont structurels pour les personnes réfugiées, demandeuses d’asile, déboutées et sans-papiers qui souhaitent accéder à la formation en Suisse. Pour le niveau primaire et secondaire I, bien que la scolarité soit obligatoire, les hébergements des familles en demande d’asile sont souvent inadaptés aux enfants et ces dernières souvent éloignées de l’école pour des raisons pratiques.

Les politiques d’intégration rapide de ces enfants dans les classes obligatoires font défaut. Cela quoique l’accès des enfants à l’école soit désormais garanti. Mais aussi qu’il n’est plus nécessaire de créer des structures hors système, comme à La Chaux-de-Fonds avec l’école Mosaïque dans les années 1980, destinée aux enfants de saisonniers.

Parachever toute formation

Pour le niveau secondaire II, c’est souvent l’âge limite qui empêche de continuer la formation, alors que les exilé.e.s n’ont pas toujours démarré leur scolarité en Suisse et que du temps supplémentaire peut être nécessaire en raison de leur situation. Par ailleurs, le rejet des demandes d’asile, les refus de titre de séjour ou les procédures d’expulsion viennent souvent mettre un terme à des formations non terminées. Pour le collectif qui lance la pétition, toute formation commencée doit être achevée indépendamment des procédures de rejet en cours. Un argumentaire qui rappelle celui du Réseau Éducation Sans Frontières en France, mobilisé notamment lors de l’expulsion des enfants scolarisés.

Pour l’accès aux universités, ce sont souvent les mises à niveau en langue et la reconnaissance des diplômes étrangers, parfois perdus en route, qui font défaut. Enfin, en matière de formation continue, les limites d’âge perdent encore plus de sens que dans les autres situations, les formations à distance devraient être encouragées et non rester réservées aux personnes titulaires d’un titre de séjour stable, ajoute «Éducation pour toutes et tous – maintenant!».

Formations d’origine

Malgré l’obligation en Suisse de scolariser les enfants quel que soit leur statut légal, inscrite dans la Constitution et plusieurs conventions de l’ONU ainsi que réitérée dans des prises de position de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP), le nombre d’enfants sans-papiers inscrits dans le système scolaire n’est pas connu. Sur l’estimation fournie par la Confédération d’environ 100’000 personnes sans-papiers vivant en Suisse, auxquelles on peut ajouter celles déboutées ou en cours de demande d’asile, presque aucun chiffre n’est disponible sur le nombre de personnes en demande ou en cours de formation.
Le coût de la formation des exilé.e.s reste donc à estimer. Mais à qui affirme ce coût trop élevé, il faut rappeler de combien d’années de formation les 25% d’étranger.e.s en Suisse ont bénéficié dans leur pays, mises au bénéfice de leur activité sur le territoire helvétique. Ces années de formation n’auront pas coûté un seul centime aux contribuables et bénéficient à l’économie suisse.

Plus d'info : education-maintenant.ch

 

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