Violences sexistes au CRA du Mesnil Amelot

Au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil Amelot, près de l’aéroport Paris Charles de Gaulle, des femmes témoignent de leurs mauvais traitement par la police. Aux conditions insalubres propres à tous les camps s’ajoutent les insultes sexistes, le rationnement des serviettes hygiéniques, les fouilles violentes, les humiliations et les pressions pour se soumettre à un test COVID.

 © Clap 33 © Clap 33

Le 13 octobre, un témoignage sur le blog À bas les CRA décrivait la manière dont la police avait forcé les femmes du centre à chanter « Joyeux anniversaire » à un gradé. Les femmes, en ligne pour recevoir les repas, devaient une par une chanter trois fois « joyeux anniversaire » sans quoi elle n’étaient pas nourries. La police avait alors refusé de distribuer du pain pour qu’il ne soit pas emmené dans les chambres et donné à celles qui n’avaient pas chanté. Ce témoignage décrit également comment l’une des femmes enfermées a subi une grave infection, ayant utilisé des morceaux de vêtements pour remplacer les serviettes hygiéniques que la police refusait de lui donner. Le témoignage fait état d’un refus de la police de lui venir en aide, après quoi cette femme a été transportée à l’hôpital par les pompiers, puis libérée en raison de son état grave.

Sophie*, comme toutes les femmes enfermées, est menacée d’expulsion. Elle a accepté de nous parler depuis le centre. « Lors des visites de journalistes ou d’officiels, des bâtiments proches, en bon état mais vides, sont ouverts pour prétendre que les conditions sont correctes » commence t’elle, « les douches sont dans si mauvais état, et si sales qu’on a des infections ». Sophie ajoute que des cheveux ont été trouvés dans la nourriture. Malgré le manque de vêtements et la difficulté à laver leur linge au centre, les femmes qui tentent de s’habiller dignement sont systématiquement insultées « tu es une pute, qu’est-ce que tu crois ? Que les policiers vont tomber amoureux de toi ? » a t’elle entendu. À cela s’ajoutent des propos des policiers pensant que les détenues ne comprennent pas, parlant de les « baiser » ou de les « violer ». « Une fille a entendu et menacé de porter plainte (…) le lendemain matin à 5h00 on nous a accusé d’avoir de la drogue dans les chambres (…) ils ont dit DEHORS !! il faisait froid, ils ont fouillé, jeté les affaires en criant ÇA PUE ICI, ÇA PUE !! » nous explique Sophie, soulignant la violence systématique des fouilles, les problèmes de lumière et de chauffage. Cela alors qu’introduire de la drogue en centre fermé est quasi-impossible en raison des très nombreux contrôles.

Sophie nous parle également de la pression pour faire les tests COVID. « Tant qu’il n’y avait pas de vol, on ne nous parlait pas de test ». Mais désormais « on nous appelle à l’infirmerie et on nous dit que la Préfecture a demandé à ce qu’on fasse le test pour l’expulsion ». Sophie nous explique que dans ces conditions, elle a refusé l’examen, « un garçon a refusé de faire le test, mais ils l’ont quand même escorté et forcé à monter dans l’avion » ajoute Sophie, qui fait état de menaces de garde à vue et de prison pour les personnes qui refusent les tests PCR.

Souvent oubliées, les femmes sont une dizaine à être enfermées au Mesnil Amelot, surveillées majoritairement par des hommes. À l’échelle nationale, les femmes représentaient en 2019 moins de 10 % des personnes en rétention. La Cimade, association qui intervient dans les centres, a souligné plusieurs fois des mauvais traitements spécifiques aux femmes : manque d’intimité des lieux d’enfermement, expulsion de femmes enceintes ou malades sans leur traitement médical, enfermement ou expulsion de victimes de traite … Des violences accrues par la loi Collomb de 2018 qui a fait passer la durée d’enfermement à 90 jours. Mais qui passent trop souvent sous silence en raison de la quasi-impossibilité de porter plainte depuis un centre fermé et de l’invisibilisation des migrations féminines.

*Le prénom a été changé

Article paru dans Gauchebdo

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