Les touristes occidentaux sont (aussi) des vecteurs de coronavirus

… et ils ont souvent du mal à le reconnaître ! Les rares mesures prises à l’encontre des touristes passent parfois pour des injustices. Or il n’en est rien si l’on compare la situation de ces personnes aux migrant-e-s et réfugié-e-s qui subissent la crise de plein fouet. Être mobile, c’est être vecteur. Mais est-ce différent selon qu’on est touriste ou personne migrante ?

Alors que le Viet-Nam et le Cambodge ont suspendu les entrées pour certains Européens, une famille s’est émue de ne pas avoir pu passer comme prévu ses vacances en Thaïlande, maintenues en pleine pandémie - à cause d’une craquelure sur un passeport. Presque dans le même temps, deux couples français et espagnol se faisaient expulser de Colombie pour ne pas avoir respecté la quarantaine imposée par le gouvernement. Début février 2020, le ministre thaïlandais de la santé a déclaré publiquement vouloir expulser les occidentaux qui refusaient de porter des masques distribués gratuitement, en pleine campagne de prévention contre le coronavirus.

Parfois présentés comme des victimes, certains touristes occidentaux se sont retrouvés en difficulté entre les annulations de vols et la restriction à la circulation des frontières. Force est tout de même de constater que les touristes occidentaux bénéficient dans les faits d’un traitement très clément : des vols ont été affrétés par les ambassades au Maroc, et des dépassements de visa sont tolérés en Thaïlande. Dans ce dernier pays, le ministre de la santé a présenté ses excuses concernant ses propos sur l’expulsion des touristes occidentaux. Comme si a mobilité internationale, consacré comme le danger numéro un par tous les états qui ferment leurs frontières, constituait un péril moindre quand on est touriste, et occidental.

Ce traitement de faveur des touristes occidentaux est à mettre en comparaison avec celui des personnes migrantes. Confinées dans des camps insalubres en Grèce, refoulées à la frontière en Suisse ou à ramasser des légumes dans la promiscuité comme en Italie. Ce sont plus de soixante dix millions de personnes dans le monde qui sont privées de liberté du fait d’être migrantes et qui ne pourront pratiquer la « distanciation sociale » et se protéger ainsi du virus, ou d’en devenir vecteur. Beaucoup craignent également de ne pas pouvoir accéder au système de santé en cas de contamination, et ainsi de subir une mortalité bien supérieure à celle du reste de la population.

Que cela soit aux frontières ou à l’intérieur des pays, le traitement par rapport au coronavirus trace une limite entre d’une part les personnes qui seront évacuées et/ou soignées et d’autre part celles qui seront refoulées, enfermées ou laissées pour compte. Ce texte est écrit à la descente d’un avion, bourré de touristes, dont une assise sur le siège derrière moi a toussé tout le voyage durant, sans masque, entassant ses mouchoirs dans sa manche. Il est dédié à cette femme, ainsi qu’à tous les touristes que j’ai servi en saison de dengue, et qui insistaient pour manger dehors, arguant du « on sait ce qu’on fait ... ».

Pourtant, être blanc et riche n’empêche pas de tomber malade. Encore moins de refiler ses microbes à tout le monde.

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