Alors que Nicolas Sarkozy a promis la suppression progressive de la « carte scolaire » en France, le nouveau ministre francophone belge de l'Enseignement, Christian Dupont, vient d'annoncer un projet visant à introduire un minimum de régulation dans l'affectation des élèves aux établissements scolaires.

Il faut savoir que la Belgique est, historiquement, le champion du libéralisme scolaire. Jusqu'à aujourd'hui, les parents sont totalement libres de choisir l'école où ils inscrivent leurs enfants, que celle-ci soit publique ("officielle") ou privée sous contrat ("libre"). Mais c'est là une liberté qui est souvent bien formelle : encore faut-il qu'il reste de la place dans l'école convoitée et que le chef d'établissement daigne accepter votre enfant. Une liberté qui se traduit donc souvent, dans les écoles les plus "recherchées" par de longues files d'attente au jour où s'ouvrent les inscriptions. Et parfois même la veille, ou l'avant veille, puisque certains parents n'hésitent pas à camper (ou à faire camper des étudiants engagés à cette fin) durant plusieurs nuits devant une école, afin d'avoir la garantie d'y trouver une place pour leur rejeton.

Cette folie prêterait à sourire si elle n'avait de graves conséquences sur l'équité de l'enseignement belge. L'organisation du système éducatif sur le mode d'un quasi-marché — avec une relative liberté de l'offre et une totale liberté de la demande — conduit en effet à d'inévitables phénomènes de polarisation sociale. Les enfants de riches se regroupent ainsi dans des écoles d'élite; les enfants du peuple sont confinés dans des écoles ghettos. On a pu montrer que la ségrégation sociale entre établissements scolaires est plus forte en Belgique que dans tout autre pays industrialisé, plus forte aussi que la ségrégation résultant simplement des différences sociales sur le plan résidentiel.

Les études PISA ont permis de découvrir que la Belgique est la lanterne rouge du classement des pays membres de l'OCDE selon l'équité sociale de leur système éducatif. D'autres études, portant sur l'ensemble des pays ouest-européens, ont montré que l'inégalité sociale dans l'enseignement était corrélée à raison de 48% avec le degré de liberté des parents dans le choix d'une école (voir Les chiffres qui condamnent la politique éducative sarkoziste).

Depuis lors, des voix s'élèvent en Belgique pour demander que l'on introduise enfin de la régulation dans ce domaine. Bien entendu, l'on n'en est pas encore à remettre en cause la sacro-sainte liberté parentale. Mais on commence à réfléchir à la façon d'éviter un excès de concentration sociale, dans un sens ou dans l'autre. Le ministre Dupont vient ainsi de proposer une liste de critères que les écoles pourront ou devront manier pour admettre des élèves en priorité. Une orientation qui, pour timide qu'elle soit, tranche avec celle annoncée par le gouvernement Sarkozy en France.

 

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