Vers une économie de l'ignorance ?

Lors d'un séminaire international organisé le 8 mars à Amsterdam, des chercheurs en sciences de l'éducation se sont penchés sur « Le nouvel ordre éducatif en Europe ». L'un des thèmes qui figurait au centre de leurs réflexions était l'évolution de l'enseignement dans une « Société de la connaissance ».

Lors d'un séminaire international organisé le 8 mars à Amsterdam, des chercheurs en sciences de l'éducation se sont penchés sur « Le nouvel ordre éducatif en Europe ». L'un des thèmes qui figurait au centre de leurs réflexions était l'évolution de l'enseignement dans une « Société de la connaissance ». Ce concept né au début des années 90 signifie, dans l'imaginaire de la plupart d'entre nous, que le marché du travail serait de plus en plus réservé aux travailleurs à haut niveau de qualification. Or, rien n'est moins vrai.

Paradoxalement, c'est précisément depuis le milieu des années 90 que l'on observe, notamment en France, une nouvelle croissance de l'emploi non qualifié. Aux USA, les études du département fédéral de l'Emploi révèlent que les deux tiers des emplois aux taux de croissance les plus élevés sont du type "short term on the job training" (formation de courte durée « sur le tas ») : des emplois de caissiers, de gardes, de personnel d'entretien, de conducteurs de camionnettes, de remplisseurs de distributeurs de canettes de Coca...

Le marché du travail est donc en pleine polarisation, écartelé entre des postes à très très haut niveau de formation et des emplois précaires — hamburger jobs — qui ne réclament guère de qualification mais un maximum de flexibilité.

Dans ces conditions, se sont demandés les séminaristes d'Amsterdam, la fracture sociale croissante observée dans l'enseignement des pays industrialisés constitue-t-elle réellement un dysfonctionnement ? Ne serait-elle pas, au contraire, la forme même de l'adéquation parfaite entre l'Ecole et son environnement économique... ?

Cynique ? N'est-ce pas dans le rapport Thélot que l'on pouvait lire : « La notion de réussite pour tous ne doit pas prêter à malentendu. Elle ne veut certainement pas dire que l’École doit se proposer de faire que tous les élèves atteignent les qualifications scolaires les plus élevées. Ce serait à la fois une illusion pour les individus et une absurdité sociale puisque les qualifications scolaires ne seraient plus associées, même vaguement, à la structure des emplois » ?

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.