L'école comme image de marque des multinationales

Le géant californien de la production et du commerce des fruits frais, la Dole Food Company, vient d'offrir une école primaire de 300.000 dollars à la communauté rurale de Rio Viejo en Equateur. Ce geste généreux, exemplaire de la nouvelle «responsabilité sociale des entreprises» (dixit le très sérieux et peu critique site internet Businesswire), représente moins de 0,004% du chiffre d'affaire de la multinationale. En revanche il lui permet, mieux que toute campagne publicitaire coûteuse, de redorer son blason en Amérique latine. Dole y est non seulement considéré, au même titre que Chiquita, comme l'inventeur du concept de « République bananière », en raison du contrôle et du chantage politique que la firme exerce depuis plus d'un siècle sur les Etats de la région. Elle se distingue également par l'embauche massive de jeunes enfants, dans ses plantations, comme l'a démontré en 2002, un rapport publié par Human Rights Watch : "Parmi les quarante-cinq enfants avec lesquels Human Rights Watch a discuté, trente-deux ont déclaré qu’ils avaient, à un moment ou à un autre, travaillé dans des plantations produisant essentiellement pour Dole (…) La moyenne d’âge de ces enfants lorsqu’ils ont commencé à travailler dans ces plantations était d’environ onze ans et demi, deux d’entre eux ayant commencé à huit ans et deux autres à neuf ans."

 

Décidément cela devient une constante dans la stratégie commerciale des entreprises. Utiliser l'enseignement pour se donner une image de marque exactement opposée à sa pratique réelle. Coca Cola communique sur la lutte contre l'obésité; Mc Donalds explique aux enfants qu'il faut manger des fruits; EDF se lance dans l'éducation à l'écologie. Et voilà les exploiteurs d'enfants qui leur bâtissent des écoles. Qu'ils pourront fréquenter en soirée, sans doute, pour se reposer du travail aux champs ?

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