Sur le forum que l'association Reporters sans Frontières consacre à la campagne pour le boycott des JO de Beijing, une jeune internaute de 15 ans écrit : « Je suis outrée de constater qu’en cours de géographie, aucun de mes professeurs n’ose dire que la Chine est une dictature. Nous sommes en passe de devenir des adultes, des citoyens mondiaux responsables, et certains de mes camarades n’auront jamais l’esprit critique, l’ouverture sur le monde pour voir ce qui saute aux yeux ».

Etrange raisonnement que celui où l'on identifie l'esprit critique au fait de "voir ce qui saute aux yeux". Quelqu'un — peut-être son professeur de géographie ? — devrait expliquer à cette demoiselle que l'esprit critique consiste justement à ne pas prendre pour argent comptant ce qui semble évident. Avoir l'esprit critique face à l'actualité, c'est apprendre que la façon dont les grands médias reprennent en boucle (ou ignorent superbement) les images d'une manifestation ou d'une répression nous en apprend davantage sur ces médias, sur qui les contrôle, que sur l'événement qu'ils relatent ou qu'ils taisent. Avoir l'esprit critique c'est, ensuite, avoir le réflexe de rechercher des informations sérieuses. On ne s'informe pas sur l'histoire du Tibet en consultant le site des Amis du Dalaï Lama ou celui du ministère du Tourisme chinois. Il existe des sources sérieuses, des articles de chercheurs qui, sans prétendre à la neutralité ni même à une absolue objectivité, offrent au moins la garantie d'apporter des informations recoupées et vérifiables.

Le relativisme post-moderne a substitué les sentiments et les valeurs au savoir et à la connaissance. Dans la foulée, il ne reste souvent de l'esprit critique qu'une espèce d'émotivité militante qui ne fait plus l'effort de chercher à savoir, de chercher à penser avec sa propre tête, et qui donc, au bout du compte se complaît dans le cocon d'une pensée unique rassurante. Tout le contraire de l'esprit critique.

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