Quand la débilité profonde d'un chroniqueur peut quand même nous faire réfléchir

Hier, donc, sur une radio qu'il n'est pas forcement utile de citer ici, un chroniqueur à capuche s'est totalement lâché* en disant grosso modo : "Ouais ma Gueule quand DSK il s'éclate avec des tepus, c'est pas grave, mais nous, poto, quand on fait des tournante, t'as vu, c'est du viol, tu vois".

Ce dérapage est  une histoire comme je les aime car elle en dit beaucoup sur notre société. Avant toute chose, je préfère que ce soit clair d'entrée (s'il y avait encore des doutes), je ne vais évidement pas soutenir cet imbécile, loin de là. C'est la vision de notre société sur l'affaire DSK qui m’intéresse. Car, si pour tout le monde, une tournante en banlieue est un viol collectif, depuis le début du procès, je dois avouer que moi aussi je me suis interrogé sur l'emploi des mots libertinage, parties fines ou partouzes pour décrire les folles nuits lilloises.


Quand on lit les témoignages des prostituées*, certaines racontent qu'on les a empêchées de partir quand cela devenait trop extrême pour elle. D'autres nous disent, que, comme elles étaient payés, elles ne pouvaient pas dire non (Sinon, que ce serait il passé ?). Bref, ce qu'elles racontent dans la plus totale indifférence, sont, ni plus ni moins, des scènes de viols collectifs puisqu'elles nous disent qu'à un moment donné elles n'étaient plus consentante. Certaines l'ont verbalisé mais ont tout de même été contrainte de continuer, d'autres, sous la pression, l'ont gardé pour elle et ont continué à subir cette "boucherie" (tout comme les "meufs consentantes pour les tournantes, ma gueule" dont parle notre capuché). A moins, bien sur, qu'on m'explique qu'une prostituée ne peut pas être violée puisqu'elle reçoit en contre parti une somme d'argent qui lui interdit de pouvoir dire non quand sa limite personnelle est atteinte. Si une quelconque jurisprudence va dans ce sens, je vous remercie d'utiliser l'espace de commentaire pour m'en informer.


Si bien que, aussi incroyable que cela puisse paraitre, il me semble que notre imbécile a donc raison de voir dans cette histoire une différence manifeste de traitement entre la banlieue et la haute bourgeoisie. Là où il "pète un câble", c'est qu'il nous dit, en fait, "laissez nous être des DSK, nous aussi.". Chose fort peu nouvelle, d'ailleurs, car qui s’intéresse un peu à la culture Rap sait que l'ambition de ces jeunes est "de peser, de tout niquer et de péter les tass'pé à la pelle". Bref, ambitionner simplement d'être millionnaire (ce qui devrait rassurer M Macron, au passage) et de pouvoir ainsi s'affranchir des contraintes sociales et sociétales.


Les propos de ce chroniqueur sont donc bien inadmissibles et personne ne va laisser passer ça. Les féministes, les humanistes, les politiques de droite, de gauche, du centre ou de l’extrême, tous vont y aller, ad minima, de leur tweet indigné. Bravo ! Encore une fois, la France sait rester digne face à des propos qui salissent nos idéaux républicains.

Mais, je pose la question, n'est ce pas tout autant inadmissible que les participants à ces "parties fines" ne soient pas vus comme des violeurs ordinaires ? En tout cas, à l'heure ou j'écris ces lignes, je n'ai pas vu de tweets indignés sur le sujet


PS : A ceux qui seraient tentés de me répondre que les prostituées n'ont pas porté plainte pour viol, je dirais que, moi aussi, je m'interroge sur le fait que personne ne semble avoir pu, su, ou voulu convaincre ces femmes de le faire alors que notre société s'ouvre de plus en plus à la réalité du viol, à la difficulté pour les femmes de porter plainte et dit se battre pour les aider à pouvoir dénoncer leurs bourreaux.

 

* http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/02/04/deux-jours-apres-son-lancement-un-derapage-a-lantenne-du-nouveau-mouv/

*http://www.mediapart.fr/journal/france/110215/proces-du-carlton-dsk-et-ses-petites-soupapes-de-recreation-face-au-carnage?page_article=3

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