Pourquoi ma fille de 18 mois aura toujours une chance sur cinq de faire une tentative de suicide en 2028.

C'était jeudi dernier, il y a 4 jours, il y a une éternité. Madame Vallaud Belkacem présentait son plan anti-harcèlement* en grande pompe devant caméras et micros. Aujourd'hui, tout est déjà oublié. Vous me direz : "on a l'habitude !". l'illusionnisme politico-médiatique fait apparaitre et disparaitre les problèmes plus rapidement qu'Arturo Brachetti ne change de costume.

Donc, fin de l'histoire. "C'est comme ça, passez votre chemin mon bon ami". Pourquoi pas. Mais alors, comment se fait il que le harcèlement à l'école ne fasse déjà plus parler au bout de 96h, à peine le temps de cuisiner un jihadiste, alors que le non respect de la minute de silence le 08 janvier est toujours au cœur du débat politico-médiatique ? Pourquoi la bulle oublie un problème qui conduit aujourd'hui une ado sur cinq à une tentative de suicide mais va continuer, au moins jusqu'en 2017, à s’intéresser, semaine après semaine, à la minute de silence du 08 janvier ?

Mon point n'est pas ici de rentrer dans une comparaison stérile pour tenter de savoir si l'un de ces deux problèmes est plus important que l'autre. Je laisse ceci aux polémistes de tout poil (qui seraient gentils, s'ils s'emparent du sujet, de ne pas oublier de rétribuer le créateur de l'idée originale que je suis !). J'analyse simplement à quel point diffère le traitement de deux maux extrêmement graves qui touche l'école, l'avenir de nos enfants, voire leurs survies.


Sur la fameuse minute de silence, remarquez comme on a focalisé notre attention sur les "coupables" (on connait le nombre de classes concernées, on a entendu la parole, souvent choquante, des élèves qui ne l'ont pas respectée, des profs qui l'ont vécue, ect...). Sur le harcèlement, notez qu'on ne nous parle que des victimes (Idem, leur nombre, leurs témoignages et ceux de leurs parents, ect...).
D'un coté, donc, comment sanctionner les "coupables" et leurs parents pour tenter d'éviter que ça ne recommence, bref comment traiter la cause du problème. De l'autre, comment traiter les victimes pour qu'elles soient écoutées, pris en charge et aidées, bref, comment gérer les conséquences du problème.

A votre avis pourquoi ?


Serait ce parce que s'il y a 700000 victimes de harcèlement commis par des groupe de 4/5 élèves (peut être plus) pour chaque victime, c'est qu'il y a donc 3 millions à 3 millions et demi d'élèves "coupables" (peut être plus). Donc, 6 à 7 Millions de parents responsables de ces gamins "coupables" (peut être plus). Et croyez vous franchement que, quand votre but, en bon politique, est d'être élu ou réélu, vous pouvez dire à 6 ou 7 millions d'électeurs (peut être plus) qu'ils sont de mauvais parents et qu'on va les sanctionner, eux et leurs chères têtes blondes tellement adorables ?!?


Voilà pourquoi on s'empêche intellectuellement de combattre le harcèlement. Voilà pourquoi les dépressions des élèves victimes continueront, avec leurs lots d'anorexiques, de boulimiques, de "décrocheurs" (vivement les prochains plans gouvernementaux sur le sujet !). Et voilà pourquoi, pendant encore de longues années, une ado sur cinq*, ma fille y compris, tentera de se suicider dans notre beau pays. Mais rassurez vous, d'après mes calculs, ses chances de faire partie des bourreaux sont identiques, une sur cinq... C'est ça l'égalité républicaine !

 

* Plan anti-harcèlement de NVB : http://www.lemonde.fr/education/article/2015/02/06/najat-vallaud-belkacem-presente-un-plan-anti-harcelement-a-l-ecole_4571190_1473685.html

* Etude épidémiologique sur le suicide des jeunes : http://www.lemonde.fr/sante/article/2014/02/05/hausse-alarmante-des-tentatives-de-suicide-chez-les-jeunes-filles_4360146_1651302.html

 

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