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Billet de blog 26 avr. 2017

Ma plaidoirie avant l'échafaud

Puisque, sublime paradoxe, il faut désormais se défendre d'user d'un droit constitutionnel auprès des procureurs instruisant le procès des traitres à la démocratie, voici ma plaidoirie.

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Mesdames, messieurs , les procureurs, permettez moi d'abord de vous révéler que ce que vous tenez pour des vérités gravées dans le marbre de la démocratie depuis des millénaires ne sont que des mythes et légendes fabriqués dans nos esprits de démocrates (ce que j'estime être tout autant que vous mesdames, messieurs les procureurs) par le choc post traumatique que constitua le 21 avril 2002. Allons y, point par point :

- Le vote "contre" : J'attends, mesdames, messieurs, les procureurs, que vous produisiez un texte théorisant son existence depuis l'antiquité jusqu'à 2002. Il n'y en a pas. Sauf référendum, dans un scrutin on vote POUR un candidat et ce dernier à toute légitimité à revendiquer son score comme un mouvement d'adhésion à son programme (Voir Chirac 2002-2007)

- "Au 1erT on choisit, au 2nd on élimine" : Cette maxime est une fumisterie née de 2002. La philosophie du scrutin majoritaire à 2T, mesdames, messieurs, les procureurs, est simple : Les deux candidats qualifiés doivent trouver des compromis avec les candidats de leur camp qui ont été éliminé afin de permettre le rassemblement le plus large possible derrière eux. 
Ces compromis sont le fruit d'accords de gouvernement sellés entre les deux tours ou prévus avant le 1er (Type programme commun 1981). Faire 25% puis dire : "c'est moi, mon programme ou le chaos" est un dévoiement des institutions de la Vè et un déni de démocratie puisqu'il masque une très faible majorité relative au 1erT avec un plébiscite de pacotille qui offre toute légitimité au vainqueur (voir plus haut).

- Le non choix "fait monter" le FN : Encore un mythe du front républicain qui ne se vérifie pas dans les faits, mesdames, messieurs, les procureurs. En 2002, l'abstention + les blancs/nuls représentaient 25% du corps électoral, un résultat parmi les plus élevés pour un 2ndT sous la Vè. Résultat : le FN à aggloméré ses reports de voix naturels, ni plus, ni moins. Étant entendu que ceux qui s'abstiennent ou votent blanc, dans une config avec le FN au 2ndT tour, rejettent d'abord le candidat "évident" (celui dont tout le monde dit qu'il évitera le pire), j'attire votre attention sur un point, mesdames, messieurs les procureurs : Est il infondé de penser que ces appels au vote obligatoire à choix unique motivent l'abstentionniste (déjà en dissidence avec l'élection puisque qu'il a choisi de ne pas y prendre part) à se reporter naturellement vers le candidat "dissident" ? A force de stigmatisation et d'injonction de voter utile à destination de tous ceux qui refusent de choisir (ce qui, je le rappelle, mesdames messieurs les procureurs, est un droit absolu) combien d'entre eux quitteront le camp de la démocratie pour rejoindre celui de l'autoritarisme qu'ils subissent déjà à chacun de vos réquisitoires d'une violence insensées ?

A ces raisons structurelles, j'ajoute que, personnellement, j'estime qu'une campagne de 2ndT qui se joue exclusivement sur la peur ("Si vous avez peur des étrangers, votez pour moi" VS "Si vous avez peur du FN, votez pour moi") est la négation du débat d'idée, n'a donc rien à voir avec la politique et n'est donc pas un débat démocratique. Je refuse donc d'y prendre part en votant sous la pression de la peur et uniquement pour cette raison.

Deuxièmement mesdames, messieurs les procureurs, je vous informe que cette peur de l'arrivée au pouvoir du fascisme ne repose sur aucun fait réel à cette heure. Tous les sondages montrent que le candidat "évident" a entre 10 et 15 pts d'avance. En attendant qu'une dynamique, rationnellement inconcevable, se mette en place pour la candidate dissidente, j'estime qu'apporter ma voix et ma légitimité à un candidat dont le programme est, à mes yeux, la raison réelle du mal qu'il prétend combattre, est inutile et, pire, contreproductif.

C'est pourquoi mesdames messieurs les procureurs, sauf mouvement de l'opinion vers la dissidence fasciste (que je n'exclus pas vu la campagne absolument délirante de suffisance et de mépris que semble vouloir mener le candidat de la démocratie) je reste sur ma position : je m'abstiendrai.

Avant que vous ne me condamniez, j'ajoute une dernière chose, mesdames, messieurs les procureurs : Contrairement à vos réquisitoires inquisiteurs, ma plaidoirie n'a aucune vocation prosélyte. Le mauvais citoyen, démocrate et patriote que je suis n'a, cependant, pas oublié qu'en démocratie, le choix à une élection doit se faire en conscience et doit être protégé de toute pression psychologique ou physique de la part d'un corps social, si majoritaire fut il. Sans quoi, mais vous ne pouvez l'ignorer mesdames, messieurs les procureurs de la démocratie, nous basculons dans la dictature.

Je vous remercie de m'avoir laissé le droit à la défense et attends sereinement votre sentence, que je n'imagine pas autre qu'exemplaire, dans l'espace de commentaires dédié à cet effet.

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