« Doisneau Paris les Halles »

" Il est des jours où l'on ressent le simple fait de voir comme un véritable bonheur; on est léger, léger; les flics arrêtent les voitures pour vous laisser passer. On se sent si riche qu'il vous vient l'envie de partager avec les autres une trop grande jubilation. (...). Le souvenir de ces moments est ce que je possède de plus précieux. Peut-être à cause de leur rareté. Un centième de seconde par-ci, un centième de seconde par-là mis bout à bout, cela ne fait jamais qu'une, deux, trois secondes chipées à l'éternité. "Pour la Liberté de la Presse - Reporters Sans Frontières, Paris, 2000.   « Déshonneur national » ou village abritant l'humanité dans le ventre de Paris ?

" Il est des jours où l'on ressent le simple fait de voir comme un véritable bonheur; on est léger, léger; les flics arrêtent les voitures pour vous laisser passer. On se sent si riche qu'il vous vient l'envie de partager avec les autres une trop grande jubilation. (...). Le souvenir de ces moments est ce que je possède de plus précieux. Peut-être à cause de leur rareté. Un centième de seconde par-ci, un centième de seconde par-là mis bout à bout, cela ne fait jamais qu'une, deux, trois secondes chipées à l'éternité. "

Pour la Liberté de la Presse - Reporters Sans Frontières, Paris, 2000.

 

 

 « Déshonneur national » ou village abritant l'humanité dans le ventre de Paris ?

A l’exposition Paris Doisneau Les Halles les souvenirs défilent sous nos yeux sous la forme d'une mémoire collective captive de nos regrets et d'un charme révolu.

Ces témoignages sont autant d'arguments qui ont tôt fait de nous convaincre de la réponse qu’on serait tenté de se formuler intérieurement; réanimant les contradictions et les tensions du vif débat ayant précédé et suivi la disparition de ce marché à ciel ouvert.

Marchandes de fleurs exposant leurs bouquets dans des sourires éclatants, la structure de Baltard traversant les années sans perdre de sa superbe, triporteurs se frayant un chemin dans les allées agitées, passants insouciants venus chercher au bout de la nuit une raison de prolonger la fête, bouchers affairés dans leurs échaudoirs, cigarettes qui se consument comme l'air du temps, jeunes filles trimballées sur un diable, Dior côtoyant le visage et les habits du peuple, travailleurs se disputant la lecture d’un journal sur le zinc, bistrots accueillant la fatigue et les éclats de vie... tout ce monde se déploie dans un théâtre vibrant ou si chacun campe bien son rôle, rien ne semble pouvoir ni vouloir effacer l’ordinaire fascinant des « faiseurs » des Halles.

Les matins chantants allaient pourtant cesser leur musique, dans l'année 1972, pour s'installer définitivement dans la froide géométrie de Rungis.

Les clichés de Doisneau ont donc ce grand mérite de retenir un peu, retenir un temps, le souffle perdu et les secrets des Halles.









 

 

 

Les quelques 200 photographies exposées pincent le coeur de visiteurs venus nombreux trouver refuge dans ce Paris gagné par une effervescence que notre présent pourrait jalouser tant elle nous paraît aujourd’hui offerte presque sans retenue « à la rentabilité, la spécialisation, la division du travail, l’efficience» pour reprendre les mots blessés du photographe humaniste.

En lieu et place des appels insistants d’une modernité qui cherche à combler aveuglément un besoin de nouveauté, alors que les Halles ressemblent désormais davantage à une humanité qui noie son abîme en discours publicitaires, slogans suffoquants dont la monotonie use autant notre regard que nos pensées ; nous plongeons ici au contraire joyeusement dans un décor fait de plaisirs mêlés, de dignité.

La poésie des « petites gens » aiguise l’appétit visuel des touristes de passage, des connaisseurs attentifs comme des plus jeunes générations satisfaites de pouvoir se représenter ce récit inédit d’une capitale bien vivante et plurielle.

La disparition des Halles de Paris est saisie dans l'ombre d'une agitation politique où s’affrontent une volonté schématique, « technocrate » ou rigide de répondre à la course brutale de l'«efficacité » et un refus tout aussi décidé, large à l’époque chez les riverains, de quitter des habitudes si douces et si ancrées ; en dépit des désagréments dont il ne faut pas non plus taire la réalité.

Mais constatons tout de même grâce à cette riche rétrospective qu’avec le départ des Halles de Paris, si tout n'a pas laissé place à l'ennui, l’émotion s’est en partie « gelée » dans le cœur de Paris.

Il n’est ici nullement question d’apprécier le Doisneau prisonnier du « baiser de l’Hôtel de ville » : il nous est au contraire offert de côtoyer le formidable portraitiste, le photographe lumineux en prise avec un réel qu'il parviendrait presque à nous rendre familier.

Nicolas Dutent











Portrait à la cigarette, 1967 Crédits Atelier Robert Doisneau

" Doisneau Paris les Halles " l'exposition à l'Hôtel de Ville. © Paris.fr





Témoignages des premiers visiteurs :

Expo Doisneau à l'hôtel de Ville : des Halles d'hier aux Halles de demain © Paris.fr





Où ?

Hôtel de Ville Place de l'Hotel de Ville 75004 PARIS

Quand ?

Du 8 février au 28 avril 2012. Tous les jours sauf dimanches et fêtes de 10h à 19h. Dernier accès à 18h30.

 

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