" Je suis d'ici ": la France de Bertrand Meunier

" Est-ce ainsi que les hommes vivent ? " Louis Aragon« Je suis d’ici », c’est le titre du récit que le photographe Bertrand Meunier a choisi pour faire témoigner une France qu’on expose peu aux regards et qui n’a probablement ni le temps ni l’envie de s’offrir en spectacle.

" Est-ce ainsi que les hommes vivent ? "

 Louis Aragon

« Je suis d’ici », c’est le titre du récit que le photographe Bertrand Meunier a choisi pour faire témoigner une France qu’on expose peu aux regards et qui n’a probablement ni le temps ni l’envie de s’offrir en spectacle.


« Je suis d’ici »

Exposition présentée jusqu’au 16 juin 2012

Galerie La Petite Poule Noire
12 bd des Filles du Calvaire / 75011 paris
Ouvert de 12h à 19h / du mardi au samedi

 

Une France qu’on n’invite pas non plus dans les débats télévisés. Cette France orpheline, c’est celle qui continue d’user les femmes et les hommes à la chaîne quand les usines tournent encore, celle qui voit ses petits commerces disparaître au profit d’enseignes cultivant la démesure, celle qui ne trouve plus les mots pour dire sa douleur.

 C’est la France qui met ses rêves en mouvement au Casino ou au PMU faute de mieux. Suscitant ce sentiment terrible que l’avenir est sans cesse renvoyé à un horizon bouché.

Et cette France, Bertrand Meunier a pris le temps de la découvrir, le temps nécessaire aux rencontres qui veulent durer.


 

L’utilisation de films noir et blanc, la richesse des dégradés de gris, la portée documentaire de ces instants choisis, la modestie des agrandissements, le choix inflexible, exigeant, d’une approche argentique... accentuent le caractère durable, non périssable, de séries qui pointent les contradictions, les conflits latents et les tiraillements qui animent la société. 

L’hexagone est une faille, une métaphore péri-urbaine gagnée par les silences et le doute.

 

Dans cet état des lieux à la fois grave et brut d’une France qui saigne, de la Somme au Cher avec des arrêts à Vierzon, Tulle ou Mulhouse... nous croiserons des jeunes en formation professionnel qui s’accrochent à un BTS pour tromper l’ennui et vaincre la résignation sans doute, nous découvrirons les visages multiples d’un habitat qui reflète autant la détresse sociale de ses occupants (caravanes de fortune nichées dans des déserts ruraux, pavillons construits à l’emporte pièce en «abîmant» les campagnes) que les renoncements successifs de la puissance publique.

 Nous devinerons également au détour d’usines laissées à l’abandon un chômage qui n’a d’autres effets que de replier les individus sur eux-mêmes, nous pénétrerons également dans une prison où le temps et l’espoir n’ont plus cours, PSA se dévoilera «de l’intérieur», nous côtoierons des PME où le syndicalisme est toujours bien vivant, nous aurons également l’occasion de nous frotter à la solitude d’un garde forestier perdu entre deux frontières...

  

 

Figé au coeur de son environnement, l’humain progresse ou s’efface au milieu de ses vicissitudes.

«L’impossible neutralité axiologique» avancée par le photographe est gage de vertu, c’est un certain refus de l’indifférence à laquelle on assigne certains territoires de la République que fait valoir ici Bertrand Meunier.

L'oubli qui écrase nos territoires dans ce monde comme il va et déraisonne : voilà un pensée qui rend l’intéressé - plus que bien d’autres - présent à son pays et son époque.

Bonus : 

http://www.tendancefloue.net/ouverture_fr.html

http://www.lapetitepoulenoire.fr/

http://documentaires.france5.fr/webdocs/portraits-dun-nouveau-monde-urbanisation/les-hommes-greniers


Bertrand Meunier en quelques dates : 

1997 : débute son travail sur la Chine
2000 : première publication dans la presse de ses images sur la chine industrielle dans le magazine «Pour Voir »
2001 : prix Oskar Barnack
2005 : prix international des Médias
2007 : prix Niépce
2009 : entreprend un long portrait photographique sur la France après une première résidence à Sète dans le cadre du festival ImageSingulières.

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