" Où étais-tu quand le muguet, installant avec douleur la chaude saison, attendait un frère pour continuer la lutte ? "
© Nicolas Dutent
Où étais vieil ami ce premier mai ?
Où étais-tu quand le muguet, installant avec douleur la chaude saison,
Attendait un frère pour continuer la lutte ?
La rue, partout, criait ton nom
Mais le charmeur de Beaubourg cette fois n’est pas venu
Le ciel t’en a voulu, tel un visiteur imprévu a fui le silence
Trop pesant qui soufflait sur nos âmes et sur la capitale
Toi qui devançais l’aube pour retenir juste un peu la folie millénaire
Qui saigne et se répand dans les rêves encombrés de tant et tant d’hommes
Toi qui échangeais avec l’Histoire des mots si doux, des mots inquiets
Toi qui, apportant le café, pouvait trembler sans perdre ta jeunesse
Toi qui offrais tes larmes à une paix fatiguée de ne vivre
Qu’en idée ou de servir les morts
Toi qui, de la Hongrie porte la flamme sans son témparement gris
Au chevet de matins qui s’arment de patience pour un jour peut-être
Un jour c’est sûr, retrouver la saveur dessinée par un Front populaire
Ces héros de la guerre contre les habitudes,
Du passé conservent le geste lumineux
Ce vocabulaire devenu parfois étranger dans sa propre demeure
Mais qui, bien forgé dans l’acier, jamais ne se meure...
Telles étaient ta croyance et ta réalité, telle est mon espérance
Qu’ils aillent au diable ceux qui nous prennent pour fous,
Nous marchons sur la mer et les étoiles nous guettent!
Parce que ce qui n’est pas est encore possible,
Sans faste, sans prières
Nous irons explorer ces territoires amis ou la raison nous mène
De Marseille à Paris, tel un marin refusant son exil
Maigre et obstiné tu as traîné des heures, comme nous
Tu as soigné le doute, réveillé lentement
La conscience endormie de lointains promeneurs et
Des rêveurs entrés, fidèles ou non, en résistance
Les villes se vident de sens, mais d’où tu es regarde
Nous prolongeons ton destin tous les Dimanche matin
Dont tu as le secret et qui à cet instant, droits comme l’hiver,
Se tiennent prêts, fiers et puissants...
Nicolas Dutent, Erwin, poème paru dans l'Humanité