" Cherchent-ils des réponses dans ces wagons trop grands ou trop petits pour nos belles espérances ? "
© Nicolas Dutent
Sur le quai les heures passent et cherchent peut-être un sens
Les voies précisent un trajet qui ne voudrait pas choisir son destin ordinaire
De l’ombre à la lumière, il y a bien du chemin et le présent bavarde avec
Trop de possibles, le coeur est parfois trop docile pour notre volonté
Les regards se lancent des raisons suffisantes mais peu de raisons suffisent à
Expliquer pourquoi les voyageurs s’en vont, toujours contraints, cherchent-ils des
Réponses dans ces wagons trop grands ou trop petits pour nos belles espérances ?
Quelques néons regardent fatigués les secondes mourir là, mourir d’indifférence
Pourtant, le pas pressé ou hésitant, tout ici veut forcer et froisser le silence
Alors, clandestinement, quelques sourires s’entassent, de longs soupirs se tassent
Mais il fait déjà nuit, la gare n’a plus envie, les bancs enfin s’ennuient
Quand le matin revient, les trains remplissent de rêves et de fatigue un jour nouveau :
Un jour de pluie poignarde le ciel, un autre se repose et veut croire aux couleurs
Qui peignent les contours d’un bonheur provisoire
Un travailleur décide d’assoir sa solitude et de passer ainsi les portes de l’habitude
La vie s’échappe d’une fenêtre étroite, maquille d’un soleil obstiné
Des tours qui souffrent et se réveillent dans cet horizon gris,
L’espoir, toujours l’espoir... est ici chez lui, il est fier et aussi rouge que
La révolution tranquille qui prépare sa victoire sur la fatalité et fera que demain,
On ne l’exclut plus du jour, du mouvement lent du monde.
Nicolas DUTENT,
La banlieue, poème paru dans l'Humanité