Entrée du musée de la Stasi. Berlin © Nicolas Dutent Entrée du musée de la Stasi. Berlin © Nicolas Dutent

Rien n’a bougé depuis la fermeture des bâtiments du siège de la Stasi. Rien, si ce n’est ses ministres et ses agents. Le film La vie des autres, oscarisé en 2007, a fait revivre, le temps d’un tournage, ces locaux si imprégnés de cette période de l’histoire allemande.

La Stasi a surveillé, épié dans les moindres détails, la vie de millions de personnes entre 1950 et 1989. Les méthodes employées étaient souvent sophistiquées, parfois rudimentaires. Le musée, installé dans l’ancien siège du ministère de la Sécurité d’Etat de l’ex-RDA, à Berlin, en est le principal témoin.

Rien n’échappait à la vigilance de l’Etat. La surveillance était sans concession, de jour comme de nuit. Les agents de la Stasi s’introduisaient en général chez les gens en leur absence pour noter, photographier, prélever ou emporter quantité d’éléments susceptibles d’alimenter les millions de dossiers "nécessaires"à la sécurité et à la bonne marche de l’Etat. Lectures, courriers, conversations téléphoniques, échantillons d’écriture étaient conservés dans les 6 millions de dossiers retrouvés, qui correspondent à quelque 180 km de papier, accessibles aux citoyens concernés et aux chercheurs.               

Même les odeurs corporelles, recueillies sur des échantillons provenant d’habits ou de tissus posés sur des chaises d’interrogatoires, - comme l’illustre une scène du film La vie des autres, tournée dans un bureau intact du musée - étaient soigneusement consignés dans des bocaux. Ils étaient utilisés pour aider les chiens à rechercher certains individus ou à confirmer leur participation à certaines actions. Infaillible. Quand les informations n’étaient pas recueillies à l’intérieur des habitations, elles l’étaient à l’extérieur. C’est ainsi que des citoyens, plus ou moins ordinaires, étaient à la merci d’improbables gadgets (appareils photos, micros et armes en tout genre), dissimulés dans des sacs, valises, vestes, troncs d’arbre, pierres, jerricanes, arrosoirs ou autres planques insoupçonnables. 

Rien de cela n’aurait été possible sans les services des 94.000 agents officiels, auxquels il faut ajouter 189.000 collaborateurs non officiels ou "informateurs bénévoles"à travers l’ex RDA. Juste avant la chute du Mur de Berlin, les agents de la Stasi ont pris soin de détruire l’équivalent de 14 km de dossiers en millions de fragments rassemblés dans des sacs, mais ne sont pas arrivés à bout de leur oeuvre colossale. Un travail fastidieux de reconstitution a ensuite occupé 15 personnes à plein temps. Récemment, des chercheurs de l'institut berlinois Fraunhofer ont mis au point des logiciels capables de reconstituer plus rapidement ces documents. 

© Nicolas Dutent © Nicolas Dutent

Le rendement des reconstitutions a nettement augmenté, on peut à présent espérer le traitement de 400 sacs en deux ans, alors que "seulement"323 sacs avaient pu être traités jusqu’à maintenant…. sur les 16.250 sacs retrouvés en 1990. Encore quelques années de travail en perspective et peut-être l’espoir de la levée des derniers secrets que renfermaient ces innombrables dossiers.

Le Musée de la Stasi doit son existence à un groupe de citoyens allemands, de l’Est et de l’Ouest, qui a créé une association en 1990, dans le but de sensibiliser le public sur les dérives de l’ancien système politique de la RDA.

Texte de Delphine MARTEAU publié sur le site http://www.lepetitjournal.com/  

 

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