Jaurès livré à la spéculation !

« Le parti socialiste est un parti de révolution. Il ne propose pas seulement d’atténuer, de réformer les abus de la société actuelle, il veut réformer en son fond cette société même, transformer toute la propriété capitaliste en propriété sociale gérée. »Jean JaurèsAprès la récente menace d'une vente aux enchères d'un manuscrit autographe de Robespierre (texte inédit intitulé "Finances" et écrit par le révolutionnaire aux derniers jours de la Constituante, aux alentours de 1791) finalement confié aux Archives de France grâce à la mobilisation efficace et organisée de la Société des études robespierristes (SER), de partis politiques (PCF, PS...) et de nombreux enseignants, chercheurs, intellectuels de tous bords... c'est désormais un document manuscrit de Jean Jaurès qui est livré à la spéculation.

« Le parti socialiste est un parti de révolution. Il ne propose pas seulement d’atténuer, de réformer les abus de la société actuelle, il veut réformer en son fond cette société même, transformer toute la propriété capitaliste en propriété sociale gérée. »

Jean Jaurès

Après la récente menace d'une vente aux enchères d'un manuscrit autographe de Robespierre (texte inédit intitulé "Finances" et écrit par le révolutionnaire aux derniers jours de la Constituante, aux alentours de 1791) finalement confié aux Archives de France grâce à la mobilisation efficace et organisée de la Société des études robespierristes (SER), de partis politiques (PCF, PS...) et de nombreux enseignants, chercheurs, intellectuels de tous bords... c'est désormais un document manuscrit de Jean Jaurès qui est livré à la spéculation.

Comme le rappelle une lettre publiée le 9 mars dernier par Patrick Le Hyaric (député européen et directeur de l'Humanité) " il s’agit de l’original manuscrit de la motion du Tarn adoptée lors du congrès de la section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) de 1908. Ce document de 121 pages est un texte fondateur puisqu’il permit de réaliser l’union des socialistes autour d’un projet pour une transformation en profondeur de la société."

Ce texte qualifié à juste titre de "visionnaire" en ce que décisif dans l'histoire politique moderne de la gauche française, problématisait déjà des questions d'une actualité si mordante et conflictuelle telles que " l’impôt sur le revenu, les retraites et l’objectif d’un parti de gauche (...) qui ne propose pas seulement d’atténuer, de réformer les pires abus de la société actuelle (...) mais bien de la transformer ».

Cette phrase résume d'ailleurs à elle seule la tension dans laquelle (et pour des raisons essentiellement fondées) la gauche française allait se déchirer pendant plusieurs décennies, conflit au demeurant toujours ouvert...

Cette déclaration acte ainsi un tournant symbolique majeur, et des conséquences pratiques tout aussi notables.

Dans un contexte où il paraît plus que jamais nécessaire et urgent de définir quelle réalité doit ou peut recouvrir la promesse, de plus en plus en fragile mais encore vivante, d'un projet de gauche transformateur, il est effectivement utile et opportun de considérer les premières lignes du manuscrit s'ouvrant ainsi : « Le parti socialiste est un parti de révolution. Il ne propose pas seulement d’atténuer, de réformer les abus de la société actuelle, il veut réformer en son fond cette société même, transformer toute la propriété capitaliste en propriété sociale gérée. »

A rebours des descendants de la famille qui reçut ce document rare (ce qui constitue sa rareté réside dans le fait que Jaurès "n'avait pas l'habitude d'écrire ses déclarations", ajoutons à cela que le document dont il est question est "inséré dans un lot constitué du manuscrit, du bon à tirer et du journal « Le Cri des Travailleurs » pour lequel Jean Jaurès a fait un article") des mains du député de Carmaux, nous devons accompagner et soutenir l'ensemble des bonnes volonté qui considérent que toute marchandisation et dipersion d'une production intellectuelle ayant participé à faire l'histoire et permis de nourir les débats et la pensée d'une époque doit être activement dénoncée, car cette production possède "objectivement" une portée irrémédiablement universelle, patrimoniale.

C'est pourquoi l'Etat et les instutions publiques doivent possèder une priorité stratégique dans l'acquisition, la conservation et la valorisation de toute mémoire historique matérielle, polémique ou non.

Les enchères sont prévues le 25 mars prochain à Montastruc-la-Conseillère (Haute-Garonne). Le manuscirt est mis en vente pour un prix de départ de 150 000 à 200 000 euros. 

Qui dit mieux ?

Un appel public à été lancé pour faire admettre que la solution la plus juste et durable est que ce manuscrit soit préempté par l’Etat pour rejoindre les collections nationales, empêchant la perspective (objectif défendu depuis toujours par certains froids esprits) qu' "un texte constitutif de la vie politique française depuis plus d’un siècle" fasse "l’objet d’une offre spéculative sur le marché des collectionneurs privés".

Ci-contre la copie du courrier adressé par Patrick Le Hyaric à Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture et de la Communication :

" M. Frédéric Mitterrand
Ministre de la Culture et de la Communication
3, rue de Valois
75001 Paris

Monsieur le Ministre,
Je me permets d’attirer votre attention sur l’information selon laquelle un important manuscrit de Jean Jaurès serait mis en vente aux enchères, le 25 mars prochain à Montastruc-la-Conseillère dans le département de la Haute-Garonne.

Il est très troublant et même à certains égards révoltant qu’une œuvre de Jean Jaurès, homme de lettres, philosophe, parlementaire qui a tant donné à notre pays et à la République, puisse devenir objet de spéculation. Je me permets de vous rappeler que ce document unique de 121 pages, entièrement manuscrit, est une pièce marquante, non seulement de la pensée de Jean Jaurès, mais aussi, pour une part importante, de l’histoire de la politique française.

Il s’agit du discours prononcé au Congrès de la section française de l’internationale ouvrière (SFIO) de 1908 dont la rareté se trouve renforcée quand on sait que Jean Jaurès, qui était un très grand orateur, écrivait peu de ses discours à l’avance.

Comme directeur du journal L’Humanité qu’il fonda en 1904, je me sens modestement comptable de l’héritage de pensée et d’action qu’il a légué au monde. A ce titre, je me permets de m’adresser à vous, monsieur le Ministre, afin que vous intercédiez pour que l’État préempte ce document de premier plan.

Si l’État ne le faisait pas, ce document, aujourd’hui cédé par la famille qui le reçut directement des mains du grand homme politique français, pourrait échapper au patrimoine national et serait vendu au plus offrant. Personne ne peut imaginer sans frémir qu’il puisse ainsi devenir l’objet d’une opération spéculative sur le marché des collectionneurs privés.

En effet, le lot mis en vente pour le 25 mars au prix extravagant de 150 000 à 200 000 euros ! comporte ce manuscrit, le bon à tirer et le journal « Le cri des travailleurs », dans lequel Jean Jaurès a rédigé un article sur son propre discours.

Je suis persuadé que, par-delà nos différences d’opinion, nous pouvons nous retrouver dans cette action pour conserver son caractère de « bien commun public » à cette « œuvre » du député de Carmaux, artisan sans relâche des progrès humains et militant de la paix.

Le temps presse pour agir afin que l’État joue son rôle.

Restant à votre disposition,

Recevez, monsieur le Ministre de la Culture et de la Communication, l’assurance de ma haute considération. "

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