La France fossile du jour à Bonn

La France vient de recevoir le "fossile du jour", un prix ironique remis chaque jour de la COP par le Climate Action Network à un pays membre de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques qui se distingue par son incapacité à tenir ses engagements. Ce prix vient récompenser les renoncements successifs du gouvernement d'Emmanuel Macron - dernier en date sur le nucléaire.

La France vient de recevoir le "fossile du jour", un prix ironique remis chaque jour de la COP par le Climate Action Network à un pays membre de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques qui se distingue par son incapacité à tenir ses engagements.

La candidature de la France fait suite aux déclarations de Nicolas Hulot, expliquant que les objectifs de réductions de la part du nucléaire dans le mix énergétique français ne pourraient être tenus dans les temps initialement prévus.

Souvenons-nous, en effet, des promesses d'Emmanuel Macron, réitérées par Nicolas Hulot lors de la présentation de son plan climat.

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 Le camouflet est réel, pour un président de la République qui cherche à incarner l’inverse de Donald Trump : un dirigeant convaincu de la nécessité d’agir sur le front de la lutte contre les dérèglements climatiques, qui interpelait directement le président des États-Unis après qu’il ait annoncé son retrait de l’Accord de Paris. “Make the Planet Great Again”, lançait alors Emmanuel Macron, invitant les climatologues du monde entier à venir s’installer à Paris pour pouvoir mener leurs travaux sereinement - et faire de la France un moteur de l’action pour le climat.

Ce prix représente bien entendu également un revers pour le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot - qui a perdu trop d’arbitrages au cours des derniers mois, malgré un volontarisme évident & des déclarations inédites, sur la sortie des fossiles comme du nucléaire, sur lesquelles il est depuis systématiquement revenu.

C’est d’ailleurs sur le lien entre fossile et nucléaire que se joue l’attribution du fossile du jour à la France : Nicolas Hulot justifiait en effet hier son recul (sur la fermeture de réacteurs nucléaires) par sa volonté de ne pas ouvrir la porte à un retour du charbon. Une antienne reprise un peu partout, par tous les ministres et dirigeant.e.s qui renoncent à faire preuve d’ambition. Mais une antienne qui sonne systématiquement faux.

La transition énergétique est en effet un tout. Les rapports de l’ADEME comme de Negawatts ont fait depuis suffisamment longtemps désormais la démonstration qu’il était possible de passer à un mix énergétique 100% renouvelable sans surcoût dès 2050.

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Affirmer que l’on va sortir des fossiles, mais pas du nucléaire ; ou, à l’inverse, que l’on va sortir du nucléaire mais pas des fossiles, n’est qu’une manière sophistiquée de préparer un renoncement général à la transition énergétique vers un mix énergétique 100% renouvelables.

Ainsi, l’annonce de Nicolas Hulot sur le nucléaire rend par effet de ricochet caduque l’objectif de parvenir à 32% de renouvelables dès 2023 : nous ne parviendrons pas à un mix énergétique 100% renouvelable si nous ne renonçons pas aux fossiles comme au nucléaire.

Renoncer à sortir de l’un (le nucléaire) pour mieux sortir des autres, ne fonctionne pas. Bien au contraire. Le jour même où Nicolas Hulot annonçait le recul français sur le nucléaire, le Sénat détricotait un peu plus le loi Hulot, dont l’ambition initiale était de mettre un terme à l’extraction d’hydrocarbures sur l’ensemble du territoire français.

 

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En renonçant sur un front, on finit par renoncer sur l’autre front. Le renoncement à l’un prépare les renoncements à l’autre.

Les délégué.e.s français.e.s présent.e.s à Bonn pour la COP23 auront beau jeu de souligner que chacun reste dans son rôle : aux gouvernements et aux administrations le travail difficile, impliquant de naviguer entre des intérêts contradictoires (le climat d’un côté, les lobbies fossiles et nucléaires de l’autre) ; à la société civile le (beau) rôle de ne jamais être contente.

Il faudrait pourtant changer de regard. Ces reculs, qui n’ont rien de symboliques, sont autant de messages envoyés aux industriels et aux investisseurs : continuez comme avant, faites comme si de rien n’était. Forez, creusez, brûler, fusionnez, fissionez, construisez des EPR, des ITER, des oléoducs, des gazoducs, des centrales à charbon, de la cogénération.

Le sommet du 12 décembre prochain, organisé par Emmanuel Macron comme réponse à Donald Trump, autour des questions de finance et climat, s’annonce sous de mauvais auspices et s’apparente, plus que jamais, à une gigantesque machine à laver - à laver plus vert que vert. À repeindre le nucléaire de vert, tout en ne froissant pas les acteurs majeurs de l’industrie fossiles.

Face à cela, une seule revendication s’impose : Pas un euro de plus pour les énergies du passé. C’est le sens des mobilisations que préparent la société civile, en marge du sommet Macron du 12 décembre.


http://pasuneurodeplus.info

 

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