La gestion du Covid-19 par le gouvernement à l'épreuve d'un cas concret

Plusieurs professionnels de santé ont alerté, à plusieurs reprises, sur le fait que les protocoles sanitaires mis en place dans les écoles ne sont pas opérants. Éclairage à partir de cas concrets.

Un cas précis ne vaut pas généralité, mais simple éclairage - et il semble bien que ce cas ne soit pas spécifique, mais très commun. 

Tout commence dans une petite ville de la Drôme, sise au pied du Vercors. À l'avant-veille des vacances, des parents d'élèves commencent à s'alarmer : plusieurs instits de l'école publique auraient été testés positifs au Covid19.

"Auraient été", car on ne sait pas grand chose - l'école ne communique alors pas, ne dit rien. Mais il y a bien des cas positifs, des instits et des AVS. Mais il semblerait que l'académie, en vertu des consignes ministérielles, recommande de ne rien dire pour ne pas affoler les parents à deux jours des vacances... Sans doute parce que les enfants asymptomatiques ont dans la plupart des cas une charge virale trop faible pour être vecteurs du virus - en tous les cas, c'est la doctrine officielle : les enfants ne sont pas considérés comme cas contacts. Le protocole sanitaire mis en place dans les écoles est inopérant - mais qu'importe : il ne faut pas "engourdir la société", selon J-M Blanquer, bref : mieux vaut faire semblant que tout va bien à l'école, plutôt que de reconnaître que les classes sont un lieu de contamination. Quitte à prendre des risques : certes, les enfants asymptomatiques ne sont peut-être pas des "super contaminateurs", mais il suffit d'une exception pour que ce soit le drame... 

Quelques parents décident néanmoins de faire tester leurs enfants, par précaution, avant le départ en vacances dans leur famille, pour ne prendre aucun risque. Sauf que les médecins généralistes renâclent à délivrer des ordonnances de test PCR pour les enfants asymptomatiques. Il faut donc insister, sinon louvoyer en racontant qu'ils ont eu des symptômes, etc. pour obtenir une ordonnance et pouvoir faire tester les enfants, alors même qu'on sait qu'ils ont été en contact avec des personnes positives. Et, à chaque étape, faire face à l'étonnement des personnels de santé, surpris que l'on ait obtenu une ordonnance pour des enfants asymptomatiques. Surpris, mais plutôt compréhensifs : ils et elles sont nombreuses à expliquer que ça leur semble logique de tester les enfants aussi. Au fond, la seule raison pour laquelle ils ne sont pas systématiquement testés semble bien être le manque de moyens... 

Résultat : plusieurs enfants de l'école sont positifs. On peut, intuitivement au moins, déceler des mini-clusters affinitaires, donc supposer que la contamination s'est bien faite entre enfants, dans le cadre scolaire. Le directeur de l'école joue le jeu de la transparence, et informe au jour le jour (voire plusieurs fois par jour) des cas, de leur nombre, et permet d'identifier quels enfants ont été en contact avec les cas positifs tout en préservant leur anonymat.

On comprend alors que l'ARS (ou le rectorat), ne remplit elle pas pleinement son rôle. Les premiers cas positifs à l'école remontent à une bonne quinzaine de jours, mais les personnels de l'écoles n'ont pas été considérés comme cas contacts - sans parler, donc, du fait que les parents n'aient été sciemment pas informés de la situation. Tous les adultes qui interviennent dans l'école n'ont pas été testé.e.s au même moment, après le premier cas positif, mais au fur et à mesure, sur plusieurs semaines. 

L'absence d'informations, censée éviter de créer la panique, provoque évidemment l'effet inverse. Le seul laboratoire de la ville est saturé. Alors qu'il serait nécessaire de tester massivement la population locale, enfants inclus, tant le coin semble devenir un vaste cluster à ciel ouvert, il faut attendre plusieurs jours pour avoir un rendez-vous pour faire le test, et attendre à nouveau trois à quatre jours avant d'en avoir les résultats. Pire, le laboratoire ne respecte pas les préconisations de l'ARS et refuse de tester les cas contacts asymptomatiques sept jours après la guérison du malade avec lequel elles sont en contact. Ce refus, ment le laboratoire, serait l'application stricte des consignes de l'ARS. Quand on leur fait remarquer que c'est faux, que l'ARS nous a bien précisé qu'il fallait qu'on se fasse à nouveau tester, le secrétariat du labo explique que c'est une décision du biologiste local. Notons au passage que l'ARS n'a appelé, ni envoyé de sms, à aucun des cas contacts identifiés. 

Il faut donc prendre rendez-vous dans le laboratoire du même groupe situé à une demi-heure de route, puis attendre trois jours pour avoir les résultats du test. En attendant, on apprend que d'autres adultes de l'école ont été contaminés, et il devient vraiment difficile d'admettre que les enfants ne sont pas vecteurs du virus, même dans des proportions faibles.

Et dans la mesure où ce cas n'est pas isolé et cette histoire n'est pas spécifique à une petite ville de la Drôme, on ne peut que se demander combien d'enfants porteurs du virus sont allés passer les vacances chez leurs grands-parents, tout le monde étant persuadé qu'il n'y avait aucun risque... Et on ne peut que craindre que le nombre de cas ne continue donc à augmenter de manière exponentielle au cours des prochaines semaines, en raison de la gestion calamiteuse de la pandémie par le gouvernement. À l'école, c'est bien "l'omerta et le déni" qui guident jusqu'à présent l'action de l'état.

 

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