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Billet de blog 18 août 2022

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De la pédagogie des enfants « différents »

Le malaise est palpable. D'un côté, les professionnels composant les équipes de terrain de l'animation expriment l'idée qu'elles ne sont pas capables de faire face à un soi-disant afflux d'enfants en situation de handicap. De l'autre, les familles sont de plus en plus au courant de leurs droits. Alors que faire ?

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Les fédérations d'éducation populaires doivent se réinventer.
La concurrence est là.

Des entreprises privées qui ne s'embarrassent que de très peu de principes, proposent comme seule vision du monde l'entreprenariat et la consommation. Elles prétendent investir et réinventer un milieu qui selon elles, n'est plus en phase avec le monde actuel: l'éducation populaire.
Il est faux de dire que le politique n'a plus sa place dans le champ de l'animation. Les idées réactionnaires arrivent à s'imposer. L'entreprenariat pour quoi faire ? Au nom de quoi ? Quelle consommation ? Aucune justification n'est possible sinon les éternels arguments digne des plus grands coachs Linkedin, que la chorale macroniste débitent en chœur au fur et à mesure de leurs interventions tel un Ave Maria néolibéral.

Mais quels étaient les objectifs de l'éducation populaire à la base ?
Prenons le temps de nous les rappeler grâce à Eric Falcon:

"L’Éducation Populaire, quant à elle, vise l’émancipation du peuple par le peuple et pour le peuple, dans la lignée du discours de Condorcet. (On n’ose dire qu’elle est populiste tellement ce terme est décrié et mal compris). Cette Éducation Populaire se veut être une transmission horizontale des savoirs : chacun à quelque chose à apprendre aux autres, il n’y a pas de notion de maître, d’instructeur ou d’élèves. Un de ces buts est de permettre à chacun d’avoir une pensée indépendante, hors doctrine préétablie."

A titre personnel, je trouve que l'éducation populaire se rattache à d'autres personnalités que Condorcet (#TeamLePeletierDeSaintFargeau). Mais ça n'a pas d'importance. Nous parlons ici du fait que chacun à quelque chose à apprendre aux autres.

Seulement voilà, quand on dit chacun, on dit généralement chacun de VALIDE.
Les structures organisatrices se prennent en plein fouet la progression des familles en termes de connaissances de leurs droits. C'est dû selon moi à l'irruption de la personne en situation de handicap comme sujet de droit. C'est donc par manque de vision politique de la question de la déficience que les associations subissent maintenant des situations ubuesques. Lassé du fonctionnement du milieu médico-social et du manque de possibilités offertes à leurs progénitures, les parents estiment (a très juste titre) que la loi du 11 Février 2005 sacralise l'accès aux loisirs. Ils viennent donc exercer leur droit au grand dam des directeurs d'accueils de loisirs, qui au mieux veulent accueillir les enfants handicapés sans savoir comment faire, au pire les refusent grâce à des justifications qui ne tiendraient pas l'examen une minute devant le défenseur des droits. Le gamin handicapé fait peur. C'est super de l'accueillir mais c'est super chez les autres.

Il est d'ailleurs intéressant de noter que le stigmate tel que défendu par le sociologue Erving Goffman s'inverse. Les enfants avec des déficiences invisibles (TSA, TDAH) sont considérés bien souvent comme plus imprévisibles et plus apte à faire des crises violentes. Tandis qu'un enfant trisomique jouira auprès d'eux d'un statut basé sur des clichés d'un enfant toujours heureux. Le stigmate est inversé.

Les structures d'éducation populaire doivent se battre deux fois plus pour faire fonctionner gestion du quotidien et innovation pédagogique pour renouveler leurs outils, leur corpus idéologique (en espérant ne pas trop troubler les vomisseurs de ce mot) et leurs modes d'actions. La difficulté est généralement de trouver du temps pour inventer. Le processus de financement, composé d'appels à projets, d'appels à candidatures et plein d'autres appels, coincent les associations d'éducation populaire dans un double jeu. Vous devez pouvoir montrer votre ADN en tant qu'association tout en limitant votre potentiel contestataire puisqu'on ne mord pas la main qui nourri pour ne pas prendre le risque de crever de faim.

C'est ainsi que les assos d'éducation populaire (le parallèle est troublant avec les grandes associations gestionnaires dans le champ du médico-social) doivent se contraindre à ne pas participer à réinventer le monde. Tout juste à le rendre plus supportable. Et ce sont les idées politiques qui sont les grandes perdantes. Comme elles n'ont plus le temps de créer, s'approprier et défendre des concepts, les associations ne peuvent absolument pas penser la prise en compte des enfants handicapés.
Mais est-ce qu'il existe des chemins pour contrer cet état de fait ?

Oui. Et en tant que professionnel de l'éducation populaire, nous les connaissons déjà.
Ce sont les idées pédagogiques. Très précisément celles que les professionnels de terrain doivent avoir en tête pour étayer leur pratique professionnelle.
Vous accueillez des gamins en situation de handicap dans votre centre ?
Okay. Oui, ça sera parfois compliqué.
Mais penser à ce que vous voulez transmettre dans vos activités et à la manière dont Freinet l'aurait tenté.
Pensez à la gestion de la colère avec Dolto.
Pensez à l'importance du groupe et la place de leader avec Anton Makarenko.
Et surtout pensez aux droits de l'enfant avec Janus Korczak.
Vous allez peut-être faire des erreurs. Et alors ?
Vous aurez une intention pédagogique à destination d'enfants en situation de handicap.
C'est déjà aller vers une société plus inclusive. Et donc empêcher les "idées" de la Réaction de pervertir le concept d'émancipation.

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