Nicolas Roméas
Acteur culturel, auteur, Nicolas Roméas fait aujourd'hui partie de l'équipe de bénévoles du site L'Insatiable (www.linsatiable.org) en tant que rédacteur en chef. Il participe également à la nouvelle revue L'Insatiable papier.
Abonné·e de Mediapart

115 Billets

0 Édition

Billet de blog 5 févr. 2022

Champs de bataille

Une colère est une colère, elle n'est au départ ni de droite ni de gauche. Le jeu politicien consiste à récupérer ces colères, à les canaliser, et dans ce jeu, les ultralibéraux, c'est-à-dire les puissances de l'argent, les Elon Musk, Bezos et cie, ont de sérieux alliés avec les forces d'extrême-droite. C'est ce qui se passe avec les convois de camionneurs canadiens.

Nicolas Roméas
Acteur culturel, auteur, Nicolas Roméas fait aujourd'hui partie de l'équipe de bénévoles du site L'Insatiable (www.linsatiable.org) en tant que rédacteur en chef. Il participe également à la nouvelle revue L'Insatiable papier.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Convois de camions au Canada

C'est une course contre la montre et les ultralibéraux et leurs alliés ont suffisamment de pouvoir pour être vainqueurs dans cette course. Il s'agit toujours de freiner la réflexion, de tirer la colère du côté de l'intérêt personnel, de l'individualisme, pour empêcher une prise de conscience collective de ce que les ultralibéraux sont en train de faire dans le monde entier. Ils s'efforcent d'utiliser le plus vite possible l'énergie des convois canadiens pour augmenter leur pouvoir.

Quand il n'y a pas de relais fort à gauche, les colères sont toujours récupérées par l'extrême-droite au profit des ultralibéraux. S'il n'y a pas de relais fort à gauche aux USA, c'est surtout parce que les "démocrates" ont liquidé Bernie Sanders, il ne restait alors que Trump pour représenter la colère, et cette colère ne pouvait donc pas se transformer en prise de conscience collective, elle est restée une colère primaire, sans pouvoir construire de pensée. Il reste donc au mieux une grande confusion mentale et au pire une colère mal dirigée. La même chose se passe chez nous avec des thèmes de campagne qui éloignent les gens des vrais problèmes, les poussent dans les griffes de clowns sinistres ou les dégoûtent de la politique en produisant une abstention massive.

Sans dialogue approfondi, sans réflexion, sans avoir du temps devant soi pour le faire, les colères stagnent du côté de l'égoïsme, personnel, de classe, national, etc., toutes les formes possibles de l'égoïsme qui mènent à des choix autodestructeurs à la Z. Ces colères ne dépassent pas le stade de l'extrême-droite, elles cherchent des boucs-émissaires.

Mais quand les gens ont le temps de se parler et de réfléchir comme les GJ ont cherché à le faire chez nous, ils peuvent commencer à se reconnaître, ils ont le temps de comprendre leurs points communs et l'intérêt de leurs différences, ils peuvent apprendre à s'apprécier au-delà des étiquettes politiques et peu à peu développer une pensée plus intéressante et généreuse qui va inévitablement du côté de la gauche. Car être "à gauche", c'est simplement réfléchir un peu plus. C'est ce que les ultralibéraux veulent absolument empêcher partout dans le monde, pour poursuivre, en utilisant toutes les crises, leur travail de déshumanisation et de contrôle total des citoyens. C’est cela la guerre, la vraie guerre dans laquelle le monde est plongé.

Un des champs de bataille importants de cette guerre, ici, ce sont les mots que nous utilisons, c'est le champ sémantique. Les concepts grossiers importés des USA (woke, plot theory, antivax, etc.) réduisent la pensée et empêchent de formuler un certain nombre de nuances très importantes. C'est le but.

Ce vocabulaire qui ne permet d'exprimer qu'une vision partielle et réduite de la réalité et bloque tout autre développement, est spécialement toxique dans la bouche de ceux qui emploient ces mots et les diffusent sans se rendre compte de ce qu'ils véhiculent. Il faut avoir conscience que ces mots sont piégés.

C'est une stratégie lexicale façonnée par les ultralibéraux de longue date, importée des USA où elle a été rodée, et qui va de pair avec la confusion des esprits provoquée par des médias mainstream aux informations très peu fiables. L'objectif est de diviser en fabriquant une pensée binaire : "les bons" contre "les mauvais". Par exemple, si des manifestations ont lieu contre le pass, parce que celui-ci est un premier pas vers un contrôle total des citoyens, les gens qui manifestent - pour certains vaccinés et qui n'ont peut-être rien contre le principe de la vaccination -, sont appelés "antivax" par ces médias. Ce qui n'a aucun autre sens que de diviser et sera très utile à la fabrication de boucs-émissaires. Et bien sûr, beaucoup de gens répètent ces mots sans réfléchir.

Par ailleurs, tous ceux qui cherchent à comprendre la réalité dans laquelle nous sommes face à des affirmations contradictoires et confuses, ne méritent pas d'être affublés du qualificatif sommaire de "complotistes". Certains (surtout par manque d'informations fiables) affabulent, mais pas tous. Et pas tout le temps. Mais à force de répéter ce mot, tout le monde l'emploie systématiquement, etc. Pas besoin de répondre à des complotistes, on s'en débarrasse facilement.

C'est ainsi qu'il y a des nuances importantes qu'on ne peut plus exprimer et que la pensée commune devient étroite, binaire, au service du pouvoir ultralibéral, exactement comme ça a été le cas avec la langue allemande sous le 3ème Reich, ainsi que l'a parfaitement expliqué en son temps Viktor Klemperer.

Nicolas Roméas

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Le jugement consacre la liberté d’informer
Dans un jugement du 6 juillet 2022, le tribunal de Nanterre a condamné l’État pour sa tentative de perquisition des locaux de Mediapart du 4 février 2019, la jugeant « ni nécessaire dans une société démocratique ni proportionnée à l’objectif poursuivi ». Le jugement, très sévère pour le parquet de Paris, consacre aussi la protection des sources.
par Edwy Plenel
Journal — Exécutif
À l’Assemblée, Élisabeth Borne invente le « compromis » sans concession
La première ministre a prononcé, mercredi 6 juillet, sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale. Face aux députés, elle a tenté de tracer les contours d’un quinquennat du « compromis », sans rien céder sur le fond du programme d’Emmanuel Macron.
par Romaric Godin et Ilyes Ramdani
Journal
Face à la première ministre, LFI et le RN divergent sur la stratégie
Les deux forces d'opposition ont fait vivre une séance mouvementée à Élisabeth Borne qui prononçait, mercredi 6 juillet, son discours de politique générale. La gauche a déposé une motion de censure. La droite et l’extrême droite ont annoncé qu’elles ne la voteront pas.
par Pauline Graulle et Christophe Gueugneau
Journal — Santé
Au ministère de la santé, un urgentiste qui rêvait de politique
La nomination de François Braun au chevet d’un système de santé aux multiples défaillances est plus qu’un symbole. Ce médecin de terrain, formé dans les déserts médicaux, est aguerri aux crises sanitaires. Mais il laisse, à Metz, un service d’urgences en grandes difficultés.
par Caroline Coq-Chodorge et Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet de blog
Sous Macron, l'écologie chute en 10ème place mais l'homophobie se classe en 1ère
Au dernier remaniement, plusieurs homophobes rentrent définitivement au gouvernement. Le plus notable, Christophe Béchu, maire d'Angers, devient Ministre de la transition écologique, domaine où il n'a aucune compétence. Le rang protocolaire du Ministère de l’Ecologie, lui, passe du 5ème au 10ème rang.
par misterjbl
Billet de blog
Un ministère au double intitulé et à la double tutelle pour un double jeu ?
Carole Grandjean vient d'être nommée ministre déléguée en charge de l'Enseignement et de la formation professionnels auprès du ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse mais aussi du ministre du Travail. Cet intitulé et cette double tutelle n'ont pas de précédent. Serait-ce propice à un double jeu ?
par claude lelièvre
Billet de blog
Est-ce la fin du Bac Pro ?
Carole Grandjean vient d'être nommée ministre déléguée à l'enseignement professionnel. Dans un tweet daté du 17 mars, elle expliquait vouloir "une réforme du lycée professionnel sur le modèle de l'apprentissage" laissant présager d’un bouleversement de l’éducation nationale.
par Germain Filo
Billet de blog
Boone : « La pauvreté est contenue »
Quand l’économiste Laurence Boone considérait que « l’argent est très bien redistribué vers les pauvres » et quand le chef de l’État fustige les « profiteurs de guerre ». Petit retour également sur les Gilets jaunes d’avant les Gilets jaunes.
par YVES FAUCOUP