Nicolas Roméas
Acteur culturel, auteur, Nicolas Roméas fait aujourd'hui partie de l'équipe de bénévoles du site L'Insatiable (www.linsatiable.org) en tant que rédacteur en chef. Il participe également à la nouvelle revue L'Insatiable papier.
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Billet de blog 5 déc. 2018

Comme une éternelle leçon d'histoire, en direct

Grâce à la profonde médiocrité de gouvernants issus d'une caste de plus ou moins «nouveaux» riches, mal éduqués, artificiels, arrogants, méprisants, et beaucoup trop sûrs d'eux pour comprendre ce à quoi ils font vraiment face, l'intelligence collective du peuple réapparaît.

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Elle apparaît intuitivement mais sûrement, elle se débarrasse peu à peu, laborieusement, de ses scories, de ses fausses haines, de ses antagonismes fabriqués. La méthode du «tous contre tous», la stratégie d'abêtissement général du peuple par toutes sortes de moyens et techniques n'ayant pas eu d'effets assez rapides, les colères retrouvent peu à peu leurs vraies racines, leurs causes profondes.
En gros celles dont Marx et Engels ont parlé. Et ça, ces «gouvernants» trop sûrs d'eux et mal éduqués ne pouvaient le prévoir, leur imagination n'était pas en mesure de l'envisager. Au-delà des clivages de surface et des faux antagonismes, pour la première fois depuis longtemps, on voit du vrai «commun» se dessiner, y compris entre des personnes qui ne se comprenaient pas il y a peu. On voit apparaître en filigrane un choix de civilisation qui refuse avant tout la déshumanisation promise. Un choix encore intuitif, peu réfléchi et pas encore construit, mais qui ne demande qu'à être débattu et peaufiné s'il en a le temps. Si on lui en laisse le temps. Le temps nécessaire à ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux : une éducation populaire spontanée qui fait s'échanger les savoirs, tomber les préjugés et se diffuser les meilleures idées d'un être à l'autre, d'un groupe à l'autre, parmi les groupes.

Alors, ceux qui ont mis ces gens-là au pouvoir, qui ne sont pas idiots, se rendent bien compte que leurs marionnettes ont perdu la main. Sans doute ceux-là ont-ils déjà lâché leur pantin défaillant et prévu des marionnettes de rechange. Mais les tricheries sont un peu trop dévoilées, le jeu trop éventé pour qu'il soit possible de le continuer comme avant, avec celui-ci ou un autre.

La seule arme dont ils disposent donc, en dehors de la violence brute, c'est de susciter à nouveau de fausses divisions. Tous les capitalismes, partout, prospèrent grâce aux fausses colères canalisées à l'extrême droite, dans le refus de l'autre, le racisme, le mépris du faible, de celui qui a moins que soi, etc.

C'est l'étape la plus difficile : éviter de retomber dans les pièges de la division.

On peut donc essayer une méthode qui a fait ses preuves (même si elle demande, c'est vrai, un peu de temps…), celle de Gandhi. C'est utopique, évidemment, mais peut-être pas si naïf, et c'est certainement l'unique possibilité de ne pas tomber dans le panneau.
Supposons un instant qu'Emmanuel Todd et quelques autres aient raison lorsqu'il disent qu'il y a des provocations volontaires à la violence pilotées par le pouvoir dans une «stratégie du chaos». Ce qui suppose que cette violence ne sert en définitive que le pouvoir. Supposons qu'Olivier Besancenot et quelques autres aient eux aussi raison lorsqu'il affirment que la seule bonne issue est un appel à la grève générale.
Sans aucune violence.

Alors ce weekend pourrait être, plutôt qu'un désespérant massacre de plus, le début de quelque chose de beau et de vibrant.

Supposons que nous ne fassions pas ce qu'ils attendent.
Supposons que le samedi qui vient soit totalement, absolument pacifique, que ce soit pour eux une surprise totale, un moment irrécupérable, sur lequel ils n'ont aucune prise.

Et cela pourrait se faire (ne riez pas, on peut être surpris) avec de l'art vivant, du théâtre, de la chanson, de la poésie, de la danse, des performances, des déclamations publiques… Car l'union par l'art, l'émotion partagée, est en fait une puissance inouïe, chacun le sait. Et c'est la nôtre.
Si nous voulons faire autre chose que nous contenter de répondre symétriquement, comme ils l'espèrent, à la brutalité débile qui nous est proposée.

Bien que le temps nous prenne de court, ce samedi prochain pourrait alors être autre chose que le désastre qu'ils nous préparent. Ce désastre annoncé qui est leur dernière cartouche, qu'ils veulent mettre en scène pour leurs médias afin d'imposer de futures lois «d'urgence», diviser entre casseurs et gens raisonnables pour paralyser le mouvement. Il pourrait au moins être totalement pacifique, ce qui laisserait le temps de préparer de futurs beaux moments de rencontre. 

Alors, s'il n'est pas trop tard pour y penser sérieusement, ces moments de non violence, de calme - et peut-être de joie -, face à un pouvoir qui cherche la casse, pourraient être le tout début d'une réelle et profonde victoire de ce qu'on appelle le peuple français.

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