Europe : No culture, no future

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 Conversation au Motif avec Stéphane Hessel

Stéphane Hessel témoigne publiquement de sa vision de la Culture comme outil indispensable à la construction de l’être, ferment politique de l’engagement et vision d’une possible société future.
Lorsqu’en 2009 nous saluions le message de résistance et d’espoir qu’il porta avec d’autres au Plateau des Glières (dont nous avions eu connaissance par le film de Gilles Perret Walter, retour en Résistance) [1], nous n’imaginions pas alors que la clarté de ses mots trouverait un écho si puissant, invitant de nombreux citoyens à se déclarer « Résistants d’hier et d’aujourd’hui ».
Son interpellation : « Indignez-vous ! », [2] fut une sorte d’annonce de l’actuel élan populaire mondial – de l’indignation à la révolte. Le phénomène qui a suivi sa parution – plus d’1,2 millions de lecteurs à ce jour, bientôt traduit en 24 langues – participe d’un mouvement de société qui dépasse l’actualité éditoriale. Le titre de son prochain ouvrage : Engagez-vous confirme la volonté de traduire cette pensée en actes. De cet heureux succès, qui redonne à la politique toute sa valeur, les médias laissent souvent de côté cet aspect fondamental qui fait de l’éducation et la culture le socle de la citoyenneté. Approfondir avec lui l’échange dans cette direction nous est apparu naturel : ces questions – celles d’un art et d’une culture concernés par la marche du monde – sont au cœur de notre aventure éditoriale depuis bientôt quinze ans. Nous avons plusieurs fois invité Stéphane Hessel comme « grand témoin » [3], publiant à l’automne dernier le dialogue mené avec Jean Lacouture à Théâtre Ouvert [4], et récemment au MOTif, l’observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France.
Voici quelques extraits de cette soirée de conversation ouverte avec Stéphane Hessel et Nicolas Roméas, Valérie de Saint-Do, rédactrice en chef, Mohamed Rouabhi, metteur en scène, et Benjamin Barou-Crossman, digne rejeton des éditeurs d’Indignez-vous. Stéphane Hessel nous y rappelle la vertu des notions de combat et de responsabilité collective qui ont permis d’ériger et de tenir, par leur ancrage en chaque homme, femme et même enfant, des remparts contre la barbarie. C’est à partir d’« expériences » culturelles singulières, parfois intimes, que se pose la question de la responsabilité, « contre l’indifférence et le découragement ».

Mercredi 16 février 2011 au MOTif
Réalisation Samuel WAHL
Stéphane Hessel, Nicolas Roméas, Mohamed Rouabhi, Valérie de Saint-Do, Benjamin Barou-Crossman
Depuis, le consensus démocratique où nous aurions pu nous croire confortablement installés et l’affaiblissement de l’esprit critique ont eu leur part de responsabilité dans la contamination progressive par l’idéologie néo-libérale de tous les espaces de la collectivité, jusqu’à mettre en danger les valeurs du symbole et de l’imaginaire ; tout ce qui, du ressort de l’idée, de l’immatériel, de l’émotion, est irréductible à une dimension comptable. La Déclaration universelle des Droits de l’Homme, à la rédaction de laquelle a participé Hessel, portait haut ces principes, au même titre que le programme du Conseil national de la Résistance, affirmant en ce domaine des droits concrets pour l’humanité.
Où en sommes-nous avec cet héritage en France, en Europe et dans le monde ? Quelle place pour les valeurs de Service Public, le sens du bien commun, la dignité des peuples ? Comment résistent et se renouvellent dans le temps l’art et la culture, ces instruments qui participent à la compréhension sensible du monde ?

 

Tirer les leçons de cette expérience, c’est la prolonger par les questions de transmission et de créativité, auxquelles sera consacrée notre prochaine publication. Qu’entendons-nous de la voix des artistes dans la société qui vient ?

 

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