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Acteur culturel, auteur, après avoir fondé et animé Cassandre/Horschamp, Nicolas Roméas fait aujourd'hui partie de l'équipe de bénévoles du site L'Insatiable (www.linsatiable.org) en tant que rédacteur en chef. Il participe également à la nouvelle revue L'Insatiable papier.

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Billet de blog 10 décembre 2015

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Pas un mot (c'est un débat électoral, dit-on)

Sinistre, pauvre, anémique, lugubre, chétif, empoisonné, stérile. Réduit (dans une terre dont nous savons qu'elle est nourrie de mots de geste et de pensée, de la croyance en la parole le geste et la pensée, du souvenir lumineux et prégnant de certaines grandes rêveuses, de certains grands rêveurs qui nous ont faits ce que nous sommes) à sa plus misérable, sa plus triste expression.

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Illustration 1
Photogramme et collage © Olivier Perrot

 C'est un débat électoral, dit-on.
Menaces, bêtise désespérée, désespérante, bêtise et désespoir. Graves, lourdes, terribles menaces. Impensables épées de Damoclès prêtes à s'abattre sur un monde, un peuple, qui n'a au fond que le besoin, vital, de réaliser quelques-uns de ses rêves.
Oubli inexcusable, impardonnable, criminel, suicidaire, des grands, profonds, des simples enjeux de société qui fondent notre vie commune. Immense, vibrante, pétrifiante angoisse de l'avenir. Insupportable fermeture des écoutilles, obscurcissement des perspectives, terreur diffuse, générale, le jour décline et le piège se referme.

Climat savamment entretenu de peur de l'autre, de n'importe quel autre, horizon sciemment, soigneusement, méthodiquement bouché, pour tuer dans l'œuf tout l'espoir secrètement préservé par ceux, modestes, innombrables, presque invisibles, qui ne demandent qu'à travailler, à lutter, continuer à cultiver ce qui fait la beauté de ce monde, même dans le plus grand secret, même dans l'anonymat.

Noires, noires, noires désillusions, noires colères, noires humeurs, sombre dégoût qui envahit tout l'être et l'être collectif, de ne jamais être entendus. Dégoût dont la conséquence est connue, prévisible souhaitée et recherchée.

Perte de repères, fusions morbides, choix trompeurs, alliances délétères, effacement pervers du sens, pas de lumière, pas de raison, pas la moindre étincelle. Rideau. Rideau sur l'utopie fertile, rideau opaque, rideau sur le peu de lumière qui filtrait encore et qu'on ne quittait pas des yeux une seconde. Rideaux sur nos rêves d'une vie meilleure, nos désirs d'un peu de joie vraie et au moins d'éviter le pire. L'absence de pensée et de lien.

Illustration 2
Montage et collage © Olivier Perrot


 
Et pas un mot, pas un mot, pas un mot, non pas un mot qui vaille, sur le geste de l'art et son importance cruciale dans nos vies. Nos vies communes. Et pas un mot, pas un mot, pas une parole sensée pour dire, affirmer la force inégalable de ces choses immatérielles, invendables, immesurables, hors commerce, à la valeur inquantifiable, hors de tous les jeux de pouvoir, dont le poids n'est que symbolique, dont le poids est si hautement, si précieusement symbolique, portées comme et quand elle le peut par ce qu'on appelle la culture.

Pas un mot qui vaille sur l'importance fondamentale, politique au sens le plus noble possible de ce mot, des outils qui servent, précisément, oui, précisément, à fabriquer du sens à l'usage de nos vies communes. Du sens, oui, qui n'est certes pas uniquement produit de la pensée mais traverse tout le corps par le chemin de l'émotion.

Pas un mot qui vaille sur le rôle essentiel de ces outils extraordinaires qui ont la capacité unique de faire de nous des âmes nobles et des esprits elfiques, par le partage d'une émotion qui nous élève, et qui sont là, à la disposition de tous, pour nous construire intérieurement, pour faire de nous des humains dignes de ce nom. Pas un mot sur notre seule authentique, véritable puissance, notre seule et unique richesse collective, celle qui ne peut jamais se calculer, celle qui fait de nous des humains pour de vrai.

C'est un débat électoral, dit-on.

Nicolas Roméas
(www.horschamp.org www.Linsatiable.org)

Images Olivier Perrot

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