Désert et vent mauvais

Comme en 1995, secoué par la violence des financiers qui veulent absolument sa peau, le déchiquètent, le réduisent en lambeau, le pays s'arqueboute net pour bloquer le processus de destruction en cours...

Photogramme © Olivier Perrot Photogramme © Olivier Perrot
Pour que la France ne subisse pas le sort ignoble que les banquiers ont fait subir à la Grèce. Et en rêvant peut-être que la résistance d'un pays si chargé de symboles puisse déclencher dans le monde une puissante dynamique.

 

 

C'est un rêve récurrent. Mais depuis cette époque, le travail de sape insidieux des monstres obscurs de la barbarie molle a fait beaucoup de dégâts; l'individualisme et l'atomisation ont gagné énormément de terrain, encouragés par les pouvoirs. La transmission du meilleur a été partout entravée, de toutes les façons possibles. Les nouveaux venus doivent presque tout réinventer de rien. Les humains se sont refermés, réfugiés derrière leurs portables et leurs tablettes, épuisés d'être tant maltraités dès qu'ils manifestent un élan sincère et expriment des sentiments simples, las de devoir avoir peur de tout. Ils se parlent donc beaucoup moins, s'entraident moins spontanément, ils se méfient de tout, bloquent leurs élans. Dans le meilleur des cas ils deviennent des «spécialistes» d'un domaine qui les protège des dangers.

C'est une victoire de la médiocrité, de la réduction de l'humain, partout elle a gagné du terrain, y compris chez les plus engagés... Beaucoup ont renoncé à l'utopie, ils ont appris, bien obligés, à se débrouiller seuls dans une existence saturée de déceptions. Nous avons besoin de nous débarrasser de la médiocrité en nous-mêmes. Nous avons besoin de refuser d'être diminués, d'oser agir sur nous-mêmes pour transformer ce monde en profondeur et ça se fera d'abord dans le secret de nos échanges et aussi au dehors, par l'abandon de ce repli cynique, le goût de la sincérité, avec le courage d'être, chacun, porteur d'une part de ce trésor transmis qu'il nous faut aujourd'hui faire vivre…

Nicolas Roméas

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