Nicolas Roméas
Acteur culturel, auteur, Nicolas Roméas fait aujourd'hui partie de l'équipe de bénévoles du site L'Insatiable (www.linsatiable.org) en tant que rédacteur en chef. Il participe également à la nouvelle revue L'Insatiable papier.
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Billet de blog 16 mars 2021

Permafrost

Quelque chose est en train d'advenir qui en est aux prémices, à l'état naissant comme on le dit pour l'oxygène, incompréhensible, à peine perceptible à l'œil nu. Quelque chose qui échappe aux catégories politiques qui nous permettaient jusqu'alors d'appréhender plus ou moins clairement l'état du monde.

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Comme une plante encore fragile, il est difficile d'imaginer son déploiement futur.

Cassandre/Horschamp couverture Edward Bond © Olivier Perrot

Sous la pression des événements, des conséquences de notre mépris pour la vie en nous et hors de nous, le souci de nos environnements naturels s'est peu à peu transformé en une prise de conscience - pas toujours si consciente mais de plus en plus partagée -, que l'être humain fait fausse route.

Nous avons perdu le sens du sacré qui empêchait de nous penser propriétaires du monde, de regarder tout ce que produit la Terre comme un bien libre d'usage. Qui permettait aux groupes humains de se vivre comme partie prenante et intégrante de l’univers. Quand elles acceptent l’ordre de la domination, les religions ne peuvent plus  jouer ce rôle. Dans le meilleur des cas, nous avons provisoirement remplacé le sens du sacré par la passion de l'écologie, c'est déjà ça. Mais ça n'est qu'une partie du problème, une façon de projeter à l'extérieur de nous-mêmes notre angoisse de mort, ce n'est pas le plus important.

Comme l'arbre cache la forêt, cette passion extérieure masque l'autre face de notre drame, le domaine intérieur. Or ce drame ne peut qu'être appréhendé dans sa totalité, faute de quoi il échappe toujours et rien ne change. Le premier problème n'est pas notre relation à la planète, c'est notre relation à nous-mêmes, à l'être humain lui-même.

Le moment politique que nous traversons est le tout début d'un cheminement sans exemple, on peut y percevoir l'ébauche d’un tournant fondamental. Ce phénomène, dont on sait depuis très longtemps qu'il doit advenir, c'est, dans la guerre magnifique qui s’annonce, celui du retour de l'immatériel comme pointe de la lance. Le surgissement du symbolique qui cherche à retrouver sa place. Mais on ne peut pas comprendre ce qui advient avec les lunettes d'autrefois. Autrefois, il n'y a pas très longtemps, mais c'est un autre temps.

C’est difficile à croire, je sais, mais cette vision d’un univers dont nous ne sommes pas maîtres, dont nous sommes une partie, dont nous sommes en fait la part expressive, cette vision chamanique, c’est l’art qui a continué, plus ou moins souterrainement, plus ou moins secrètement, plus ou moins sincèrement, à la porter jusqu’à nous, jusqu'à ce monde hostile.

Non l'art dans ses résultats, sa gloire, son prix, ses différents objets condamnés à cesser de vivre pour n’être que des objets, castrés, éteints, adaptés à nos modes de vie et de relation, réduits aux critères de valeurs marchands ou en bien privé d'une "élite". Non, par le vide qu’il laisse ouvert entre nous et le monde, dans son geste ou sa trace. Le vide que nos modes de vie interdisent. Le vide qui permet à notre âme de s’évader de ses clôtures, de s’élancer comme un poisson dans le vaste océan de notre imaginaire commun.

C’est pourquoi dans le processus apocalyptique que nous traversons, le dévoilement successif des images qui occultent le réel mène à lui, jusqu’à lui. Alors, après avoir un à un arraché les voiles, grand ouvert les  rideaux de ce sombre théâtre, desquamé nos paupières mi-closes, on va pouvoir se souvenir de ce qui nous est essentiel. On ne pourra pas, comme pour l’écologie, construire de parti politique avec ça, c’est beaucoup trop important. On ne pourra que bouleverser le noyau de nos existences. Et si ça commence avec une comédienne nue devant les caméras et l’occupation des théâtres, il faut quand même essayer de comprendre ce qui a vraiment lieu en profondeur, sous l’écume du spectacle. Ce qui bouge et s’éveille sous l’étendue glacée, ce qui apparaît peu à peu dans la fonte de ce permafrost.

Nicolas Roméas

www.linsatiable.org

PS : Corinne Masiero fait une chose simple. Prenons-en la mesure exacte. Elle rappelle ce qu'est la force effective du geste artistique, un acte qui nous fait tous sortir de la passivité du spectacle pour rejoindre une dimension symbolique profonde qui bouleverse. Qui ne donne aucune solution, qui remplit simplement son rôle qui est de bouleverser en faisant voler en éclats les faux-semblants.

Un acte qui oblige à bouger, à se lever de son fauteuil de spectateur.

Et justement ce que cet acte manifeste, c'est qu'il y a des moments de notre histoire où on ne peut pas être seulement spectateur. Ce n'est pas comme le dit quelqu'un, "le spectacle qui veut exister à n'importe quel prix", c'est la vie qui fait exploser le spectacle. Sans aucune garantie de résultat, évidemment, faire surgir la vérité ne garantit rien.

Et en passant, ce que disait Cassandre/Horschamp en 2011

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